CORRE<%PONDA\CE INÉDITE
prise, que notre comète est maintenant visible à Londres. S'il y est anglisé,.. Mais le temps presse^ Adieu ; aime-moi toujours. Ma santé s'améliore. Si tu peux faire parvenir mes salutations à Varnha-
tons les juifs dispersés dans le monde qn'an asile leur est préparé, où ils trouveront la paix, l'aisance et le bonheur, où lears personnes, leurs propriétés et leurs droits religieux seront sauvegardés, où ils pourront se préparer pour le grand rétablissement final dans leur antique héritage, qu'annoncent avec Unt do force les signes du temps; — et cela, dans un pays découlant de lait et de miel, où Israël pourra se reposer sous sa vigne et son figuier. Cet asile est dans l'Étal de New- York, le plus grand et le mieux cultivé de la Confédération. Le lieu où doit être fondé le point central de cet asile, la ville d'Ararat, est la Grandè-lle (Grand- Island), sur le Niagara; à quelques milles des lacs Onlario et Erié. Celte île, d'une longueur de douze milles, et de trois à sept de largeur, contient 17,000 acres d'un sol extraordinairement riche et fertile, est admirablement située pour le commerce et le trafic, et deviendra un jour le centre de l'activité commerciale la plus considérable dans le nouveau et meilleur monde. M. Noah espère surtout que ses coreligionnaires apprendront avec bonheur qu'ils pourront devenir, dans cetle contrée, propriétaires fonciers, droit dont ils sont dépouillés depuis tant de siècles. Au nom de Dieu, qui a conduit autrefois leurs aïeux hors du pajs d'Egypte, il renouvelle, en vertu de cette proclamation, le gouvernement de la nation juive sous les auspices et la protection de la constitution des États-Unis, et somme tous les rabbins, présidents, anciens des synagogues, etc., de faire accueillir et exécuter cette proclamation. La première mesure prise par M. Noah est d'ordonner un dénombrement du peuple, avec l'indication de l'âge et des occupations de tous, et spécialement de ceux qui se distinguent en quelque manière. Ceux qui, pour un motif quelconque, préféreront rester au lieu où ils se trouvent, sont libres de le faire. Mais l'on attend d'eux qu'ils favorisent
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gen, n*y manque pas. Ne manque pas non plus de saluer pour moi le conseiller Hitzig. Dis-lui que j'ai été fort occupé de lui à Norderney; car, parmi le peu de livres que j'y ai trouvés, était la Biographie
rëtnigratioti des individus jeunes et entreprenants, et surtout de ceux qui peuvent faire honneur au caractère national par leur industrie, leur loyauté et leur patriotisme. Les juifs qui sont au service militaire des différents souverains d'Europe, doivent y rester jusqu'à nouvel ordre, et se conduire bravement et fidèlement. Dans la lutte entre les Grecs et les Turcs, Mardochée Noah ordoiine de garder une stricte neutralité ; car, autrement, il pourrait mésavenir aux nombreux juifs qui vivent sous le sceptre du sultan.^ Les dons annuels qui sont envoyés depuis des siècles aux frères, de Jérusalem ne doivent point être suspendus ; tes établissements d'éducation et de bienfaisance existant partout doivent être augmentés, afin que la vertu et la sagesse régnent constamment parmi le peuple élu. En outre, la polygamie^ qui règne encore chez les juifs d*Asie et d'Afrique, est interdite pour toujours, et le mariage ne peut se conclure que lorsque le fiancé et la fiatacée onl atteint l^âge requis, et savent lire et écrire dans la langue du pays où ils vivent. — Les prières seront toujours prononcées en langue hébraïque ; mais les discours de circonslan- CQs etc., pourront l'être dans la langue d'autres pays. Les juifs caraïtes (c'est-à-dire, les sectateurs des livres de l'Ancien Testamint, à l'exclusion du Talmud, etc.) et samaritains, ainsi que les juifs noirs de la Cocbinchine, de ilnde et de l'Afrique, et les sectaires de la côie de Malabar, doivent participer également aux droits et aux privilèges religieux de la nation. Les Indiens du continent américain, en tant qu'originaires d'Asie, doivent peu à peu être réunis au peuple élu. £n outre, une capitation annuelle de trois sicles, soit un écu d*Ëspagne, est établie pour couvrir les frais de la réorganisation du gouvernement, de subsides aux émigrants, d'achats d'outils de labourage, etc. Le Ck)nsistoire de Paris doit élire, tous les quatre ans, un juge en
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d'Hoffmann^ que j'ai relue encore. Je le remercie de son intérêt persévérant, lui qui entend si peu parler de moi. Tu pourrais bien lui communiquer (mais à personne autre) VIdylle du Hartz,
Israël ; toutes les congrégations ont une voix dans cette élection. Sont nommés commissaires de M ardochée Noab : 1« grand rabbin Abrabam de Gologna, chevalier de la couropne de fer, et président, du Consistoire israélite de Paris; le grand rabbin Andrade^ à Bordeaux; les rabbins Hersphell et Mendoza, 4 Londres; Aaroa Nunez Gardoja, à Gibraltar; Abraham Busaac, àLivourne; Benjamin Gradis, à Bordeaux; le docteur E. Gans et le professeur Zunz, 6 Berlin.; le docteur Léo Wolf, à Hambourg. Us sont tenus de travailler à atteindre le but indiqu*^ dans la proclamation, de nommer des agents dans les diverses parties du monde, de fonder des sociétés d'émigration, afin que les juifs soient centralisés davantage, et forment un corps distinct à la tête duquel, dans les différents royaumes et républiques, seront placés des fonctionnaires nommés par Mardochée, sur la proposition des commissaires susnommés. Geux-ci recevront incessamment des instructions sur ce point. Le Gonsistofre de Paris enverra trois délégués aux États-Unis, pour faire un rapport sur Tétat actuel de la confédération. Rheshodes Adar, ou le 7 février 182Ô, sera célébré comme un jour d'actions de grâces et de prières. Enfin, la proclamation recommande aux juifs la paix et la concorde entre eux, la douceur et la bienveillance, la tolérance et la libéralité envers ceux qui appartiennent à une autre foi, la fidélité, la modération, l'épargne et le travail. — La proclamation est datée de Buffalo, dans l'État de New-York, le 2 tisri de l'an du monde 5585, qui est le 15 septembre 1825, dans la cinquantième année de i'indépendaitce aiBéricaine, et «ignée par le juge et son seor^laim ad intérim^ A.-B. Seixas. — On lit dans le Nêu>-Y4irk commer' cial Adverliser une relation détaillée de la journée du 15 septembre à Buffalo, où le gouvernement juif fut élu en la personne de M. Noab. »
i'6i UËUVRKS DE HENRI HEINE
As-tu ouï dire que mon cousin Scliift* entreprenait la continuation du Chai Murr d'Hoffmann? Cette terrible nouvelle a failli me tuer^ — Salue Lehmann, ainsi que les Veit, et dis-leur que je preçidrai la liberté de faire visite à madame Veit. Mais coniment trouver l'adresse de cette dame, car il y a sûrement beaucoup de Veit à Hambourg? Excuse-moi, cher Moser, d'écrire si confusément; j'ai beaucoup écrit aujourd'hui; aussi ne me demande pas de bien construire, ni de relire ma lettre, ô grand latiniste !
A propos, si j'oublie parfois de saluer les Hillmar, salue-les tout de même. Ne va pas me décrier non plus comme un mauvais juriste. Sois tranquille, assez de gens le feront qui, pour cela, n'ont pas besoin d'êtr<^ mes amis. Mais c'est pure envie de ta part : tu es jaloux de ce que je suis docteur, et tu épilogues sur ma science juridique, sans laquelle je suis ton fidèle ami.
1. Malgré répouvante de Heine, on as&uro que Schiff était nn homme d'esprit. Cet écrivain satirique est mort dans la pauvreté, à HamiK)urg.
CORRESPONDANCE liNÉDITE 253
LU
AU MEME
Maudit Hambourg, le 14 décembre 1825.
- Cher Moser, homme excellent et enviable î
Tu es bien injuste pour moi. Je ne veux pas de grandes lettres, quelques lignes me suffisent, et pourtant je ne les reçois pas. Et jamais je n'en ai plus senti le besoin que maintenaflt; car de nouveau la guerre civile a éclaté en moi, et tous mes sentiments se révoltent — pour moi, contre moi, contre le monde entier. Je te dis que c'est une
mauvaise plaisanterie. — N'en demande pas davantage.
Me voici maintenant logé rue de l'A B G, fatigué de courses, de sentiments et de pensées sans objet; au dehors, nuit et brouillards, un spectacle infernal, et grands et petits courant déjà les boutiques pour acheter les cadeaux de Noël. Au fond, c'est gentil aux Hambourgeois de songer six mois d'avance aux étrennes qu'ils feront à Noël. Et toi
aussi, cher Moser, je ne veux pas que tu puisses te I. 15
plaindre de ma lésine, et, comme précisément aujourd'hui je ne suis pas en fonds, et que je ne veux pourtant pas t' acheter une bagatelle ordinaire, je vais te donner pour Noël quelque chose de tout à fait à part, c'est-à-dire la promesse de ne pas me brûler immédiatement la cervelle.
Si tu savais, ce qui se passe en moi, tu jugerais que cette promesse est vraiment un présent de grand prix, et tu ne rirais pas comme tu le fais sans doute, mais tu deviendrais aussi sérieux que je le suis moi-même.
J'ai lu dernièrement Werther, C'est un vrai bonheur pour moi.
Dernièrement aussi, j'ai lu le Kohlkaas * d'Henri Kleist; je suis plein d'admiration pour l'écrivain, je ne puis assez regretter qu'il .se soit tué, mais je comprends très-bien pourquoi il l'a fait.
1. Récit célèbre, le plus populaire des oayrages de Kleist. — . Oq sait que Kleist, jeuoe encore (il n'avait que trente-quatre ans), après avoir sollicité plusieurs de ses amis de se tuer avec lui, finit par se suicider près de Potsdam, avec madame Yogel, son amie et non pas sa maîtresse, atteinte déjà d'un mal incurable. Le patriotisme de Kleist, i^rofondément blessé par l'abaissement de son pays sous les armes de la France^ fut une des causes de cette mort précoce, qui priva l'Alleriiagne d*un écrivain dont le beau génie n'eut pas le temps de mûrir.
Pour ce qui regarde ma vie extérieure, il ne vaut pas la peine d'en parler. Tu verras Gohn ces joursci, et il pourra te raconter-comment je suis venu à Hambourg, comment j'ai voulu me faire avocat, et ne le suis point devenu. Il est probable que Gohn ne pourra t'en dire la raison; moi non plus. J'aide tout autres choses dans la tête, ou, pour mieux dire, dans le cœur; et je ne veux pas me tourmenter à découvrir tels motifs de mes actions.
Je compte rester ici jusqu'au printemps, à m'occuper de moi-même, et aussi, je pense, à me préparer pour les cours que je veux donner à Berlin. Puis-je attendre, pour te rendre les dix louis, mon arrivée à Berlin ? Dis-le-moi franchement. Je suis profondément vexé de garder cet argent plus longtemps que je ne croyais. L'Almanach, au moyen du duquel je comptais te rembourser, n'a pas paru cette année. Dépenses sur dépenses, anéantissement de mes plans pour Hambourg, et d'autres choses encore» sont cause que je ne sais aujourd'hui où donner de la tête-
Nous parlons beaucoup de toi, et Wohlwill prétendait dernièrement que^ quand un ami te vole, tu lui conserves pourtant ton amitié, et dis seule-
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ment : < Il a ne défaut, c'est vrai, mais il faut le lui , passer à cause de ses qualités. » — L'épaisse monade ne sait pas lui-même avec quelle frappante justesse il t'a caractérisé, toi et cette hauteur morale à laquelle il a fallu s'élever, tête et cœur, pour être capable d'une semblable tolérance. J'y suis bien arrivé moi-même, non pas, il est vrai, parce que je regarde du haut en bas, mais du bas en haut.
Je ne sais que penser : Gohn m'assure que Gans prêche le christianisme, et cherche à convertir les enfants d'Israël. Si c'est par conviction, Gans est un sot; si c'est par hypocrisie, un gredin. Je ne cesserai pas, c'est vrai, de l'aimer; j'avoue pourtant qu'il m'aurait été beaucoup plus agréable d'apprendre qu'il avait volé des cuillers d'argent.
Que toi, cher Moser, tu penses comme Gans, je ne puis le croire, bien que Gohn l'affirme et prétende le tenir de toi-même. — 11 me serait trèspénible que mon propre baptême pût t'apparaitre sous un jour favorable. Je t'assure que, si les lois avaient permis de voler des cuillers d'argent, je ne me serais pas fait baptiser. Je t'en dirai davantage plus tard.
Samedi dernier, j'ai été au temple, et j'ai eu la
joie d'entendre de mes propres oreilles les sorties du.docteur Salomon contre les juifs baptisés, contre € ces gens, disait-il avec une intention mordante toute particulière, qui, par le seul espoir d'arriver à une place (ipsissima verbà)^ se laissent entraîner jusqu'à devenir infidèles à la foi de lelirs pères. »
Je t'assure que la prédication était bonne, et que je compte faire visite, ces jours-ci, au docteur Salomon. — Cohn se montre grand pour moi. Je dîne chez lui 1^ Schabbes^; il assemble des boulettes brûlantes sur ma tête 2, et je mange avec contrition ce mets national sa«ré, qui a plus fait pour la conservation du judaïsme que les trois livraisons de la Revue,
Vendredi.
Pendant que je t'écrivais hier, j'ai reçu ta chère lettre du 13 décembre. J'aurais beaucoup de choses à t'en dire; mais il faut me borner à ce qui, dans ce moment, me semble le plus important.
Donc, j'ai envie, à Pâques prochain, de faire