Dans l'original. Hollande el BrabanL
35â OEUVRES DE HENRI HEINE
En janvier 1828, les Annales politiques paraîtront à Munich, sous la rédaction de votre ami Heine, et du docteur Lindner. C'est ainsi qu'on apprendra d'abord que je suis à Munich. J'ai accepté cette rédaction parce que j'étais persuadé que vous n'en seriez pas seulement satisfait, mais réjoui. Quant à la tendance, vous la pressentez bien. — Je pars dans quelques jours pour Munich ; je vous écrirai en route.
Cher Varnhagen, vous êtes le seul homme au monde sur la discrétion duquel je puisse compter. C'est pourquoi il faut que vous me veniez en aide jusque dans mes préoccupations les plus arides. Tous mes autres amis sont des parleurs. Il faut donc que je vous importune. Vous recevrez prochainement de MM. Treuttel et Wurtz, Treuttel jun. et Richter, de Londres, une lettre par laquelle ces messieurs vous enverront pour moi une somme d'environ huit cents thalers. Ayez la bonté d'encaisser pour-moi cette valeur, et de la garder à ma disposition. Mais, au nom du ciel, ne dites à personne que j'ai reçu et que je possède une telle somme d'argent I J'ai passablement de dettes dans cette vallée de larmes, et, jusquMci, aucun revenu fixe.Je
suis exposé à des poursuites et à des dangers, et il est nécessaire que j'aie en tout temps un viatique tout prêt. J'ai Fhabitude de gaspiller l'argent que j'ai sous la main. Il serait bon, me suis-je dit, que vous eussiez toujours pour moi un petit fonds de réserve. Seulement, motus t
J'ai quitté Londres le 8 août, jour de la mort de Canning. Grand butin intellectuel 1 La vie de Londres est trop grande et trop coûteuse. Je m'étais enfoncé jusqu'au cou dans des aventures ; par sottise et mauvaise humeur, j'ai perdu plus de trois cents guinées, et je suis heureux d'en être sorti.
Les femmes d'Angleterre sont belles, et les hommes grands et généreux.
A ma première station de voyage, je vous écrirai, et vous dirai où votre réponse me trouvera. Vous pourrez certainement me donner, sur ma nouvelle besogne de rédacteur de Revue, mainte utile direction. A qui dois-je m'adresser comme collaborateur? Seriez-vous disposé vous-même à travailler aux Annales ? Personne ne le saura. Je prends tout sur moi. Ce que je vous ai proposé au sujet de nos intimes, quand j'écrivais le second volume des Bei-
sebilder^ je le maintiens pour la Revue. Un leadin^
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article de^ Anmks sera la critique de livres axiglaia et allemands, au point de vue politique. Je ne sais point encore exactement quels honoraires seront payés aux eoUaborateurs ; en tout cas, ils ne seront pas insignifiants. — Le Livre des chants^ pour madame de Yarnhagen, sera bien arrivé. Ce n'est autre chose qu'une édition vertueuse de mes poésies. — J'ai déjà vendu à mon éditeur la seconde édition des Beisebilder ; diusû paraîtra-t-elle bientôt. Quant au troisième volume, il sera publié aussitôt que je l'aurai écrit. Je suis jeune, je n'ai pas encore une femme et des enfants affamés autour de moi : je puis donc parler librement. Madame de Yarnhagen sera satisfaite. Je voudrais écrire à cette chère amie une longue lettre, longue comme le monde, diffuse et insupportable comme ma propre vie. — Ce matin, je suis sur le point d'aller faice visite à une femme que je n'ai pas vue depuis onze ans, et à qui l'on a redit que j'ai été autrefois amoureux d'elle. C'est madame Friedlânder de Kœnigsberg, presque une cousine. Hier déjà, comme avant-goût, j'ai vu l'époux de son choix. La chère personne s'est fort
1. La première éditiûti âeâ Poèèies ccmplètes dé Heine, publiée à Hambourg» en i827<
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pressée, et est arrivée hier, juste le jour où paraissait, chez Hoffmann et Campe, la nouvelle édition de mes Souffrances de jeunesse *. — Le monde est absurde, et fade, et antirécréatif, et exhale un parfum de violettes sèches.
Pour moi, je suis éditeur des Annales politiques^ en outre, je suis fermement persuadé que les ânes, quand ils s'insultent entre eux, n'ont pas de plus sanglante injure que de s'appeler hommes.
Si ton œil te scandalise, arrache-le; si ta main droite te scandalise, coupe-la ; si ta langue te scandalise, retranche-la; et, si ta raison te scandalise, fais-toi catholique.
, J'aî causé à Londres, dans le New-Bedlam, avec un politique devenu fou, qui m'a confié mystérieusèment que le bon Dieu était proprement un espion russe. — Je veux que ce gaillard soit collaborateur aux Annales politiques,
1. Littéralement Jeiifie» Souffrances. C'est la première série du Livre des chants.
A M. MOSER
Hambourg, le i9 octobre 1837.
Cher Moser,
Si tu ne veux pas m'écrire longuement, dis-moi au moins le plus tôt possible si tu as reçu de Londres, en même temps que ma lettre, la traite de vingt-deux louis qu'elle contenait, sur les frères Veit (tirée par B.-A. Goldschmidt et G^«). — Je suis sur le point de quitter Hambourg, et j'attends ta réponse sous l'adresse de S. Heine, à Lunebourg. Écris-moi seulement /ow^ de suite ^ quand ce ne serait qu'une ligne. Ton silence et ma négligence 91e sont brusquement revenus au cœur, et m'inquiètent.
Ton ami.
P. -S. — Je suis à la veille de partir pour Munich. De là, ou pendant le voyage, je t'écrirai des choses intéressantes.
AU HËllE
Lunebourg, le 30 octobre 1827.
Cher Moser,
Je pars ce soir, j'ai encore ma malle à faire, ainsi peu de paroles. De Cassel, je répondrai posément à ta chère lettre. Je vais à Munich, où Ton me fait de grandes promesses, et mieux encore que des promesses. Ma santé, de nouveau compromise, ne me permet aucun travail considérable. Il est dur avec cela, dans cette rude saison, de se mettre en route. Les Annales politiques universelles^ qui paraîtront sous une forme, nouvelle, dès 1828, et dont je suis le rédacteur, t'apprennent en quelle qualité je vais à Munich. Je demande ta collaboration pour cette Revue importante, et même quelque peu solennelle et diplomatique. Indique toi-même une rubrique courante sous laquelle tu donneras tes observations sur les livres et les choses. Mets-toi tout de suite à Tœuvre, afin que j'aie de toi quelque chose, ne fôt-ce qu'une couple de pages, pour la li-
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vraison de janvier. Je commence à espérer qu'on pourra t'extorquer enfin quelque chose d'imprimable. Tu peux compter sur ma discrétion. Ne dis rien à Gans. Que je déplaise au valet d' aristocratie Gœthe, c'est chose naturelle. Son blâme honore, depuis qu'il patronne tout ce qui est débile. Il craint les titans grandissants. C'est maintenant un dieu faible et décrépit, tout chagrin de ne pouvoir rien produire. Ràumer pourra te dire que déjà, il y a trois ans, je ne l'aimais plus, — et ta dernière lettre m'a trouvé incorruptible.
Le Livre des chants n'est rien qu'une édition complète de mes poésies déjà connues. Je te l'ai envoyé de Hambourg par une occasion de librairie. Le volume est admirablement gréé et équipé, et, comme un pacifique vaisseau marchand, il voguera doucement vers la mer de l'oubli, sous l'escorte du second volume des Reisebilder. Celui-ci est un vaisseau de guerre qui porte trop de canons à bord, et cela a terriblement déplu. Le troisième volume sera armé plus formidablement encore, son artillerie d'un plus fort calibre, et j'ai inventé exprès une poudre tout à fait nouvelle. U ne portera pas non plus autant de lest que le précédent.
Dans le cas où lu n'aurais pas encore remis les cinq louis à Sethe, je désire que tu me les envoies (avec les quatre louis que j*ai chez toi à mon actif), en une petite lettre sur Francfort. Adresse -moi ta lettre poste restante à Gassel (Hesse). Je compte y rester quelques jours, et y trouver ta lettre. Si tu avais déjà rendu les cinq louis à Sethe, selon mon ordre, il faut que tu m*en prêtes autant pour un mois. Je crains de manquer d'argent en voyage, et ce n'est qu*à mon arrivée à Munich que j'en recevrai. Je sais que tu me viens volontiers en aide, et c'est pourquoi je te harcelle. Dans un mois, pafûle d'honneur^ tu recevras les cinq louis, si tu me le» prêtes. Grâce à Dieu, mes finances sont en meilleur état; seulement, je ne m'entends pas encorda tirer des lettres de change.
Adieu; salue nos amis et viens à mon aide pour les Animles. Je reste pour la vie ton immuable ami.
A VARNHAGEN
Lunebourg, le 30 octobre 18â7.
Cher monsieur de Yarnhâgen,
Si le contenu de ma dernière lettre n'est pas en désaccord avec vos travaux actuels, notre correspondance deviendra sans doute assez active. Nous nous pardonnerons réciproquement alors d'être brefs. Après ce préambule, j'ose vous prier en deux mots, de m'annoncer aussi vite que possible (H. H. poste restante^ à Gassel) si Treuttel et Wûrtz vous ont adressé pour moi la remise en question.
Je vais partir de Lunebourg (je ne me fie pas singulièrement aux Hanovriens), et je m'arrêterai quelques jours à Cassel. Je passerai par Francfort en allant à Munich. — Ma santé se gâte de nouveau. Je n'ai quitté Hambourg que samedi, m' arrachant brusquement à des circonstances drolatiques. On dit là-bas que je suis amoureux, amoureux à en mourir, de mademoiselle Pèche, l'actrice. Deux personnes savent que c'est impossible, — moi et
CORftESPONDANCE INÉDITE 361
madame de Varnhagen. Je baise les mains de cette dernière; je voudrais pouvoir le faire de bouche. — Ahl Dieul il me serait si facile maintenant de passer par Garlsruhe, et voilà que les Robert sont à Berlin! — On prétend à Berlin que Gœthe parle défavorablement de moi : cela ferait de la peine à madame de Varnhagen. — Je me brouillerai davantage encore avec les aristocrates. Wolfgang Gœthe peut continuer à violer le droit public des esprits; il- ne peut empêcher que son grand nom ne soit souvent, un jour, nommé avec celui de Henri Heine.
AU MÊME
Enfin Munich, à peu près le 28 novembre 1827.
Cher monsieur de Varnhagen,
J'ai bien reçu à Cassel la bonne lettre que vous
m'y aviez adressée poste restante, et je vous remercie
d'avoir si vite répondu à ma question. Je viens vous
la faire une seconde fois^ et vous prier instamment
de me dire, ne fût-ce que par une ligne, si Treuttel
et Wurtz n'ont rien envoyé? Mon Dieu I il y a si peu I. 21
d'hommes sur qui l'on puisse compter, et la négligence de ces messieurs de Londres me montre une fois de plus combien il faut être prudent. — Je suis arrivé ici depuis quelques jours^ Gotta, qui y était resté un Jour de plus pour m'attendre, est déjà reparti peur Stuttgart. Sa femme est une aimable personne, qui lit mes vers avec plaisir, et àxfui je parais plaire. Dans six. semaines, les Gotta reviendront ici. Gomme je m'y attendais, Munich est cordialement triste. Les gens craignent que je ne m'y plaise pas, et ignorent qu'en définitive je ne cherche autre chose dans le monde qu'une chambre trànquille. Je veux me retirer en moi-même, et beaucoup écrire. Si le climat ne me convient pas, je ferai ma malle : aussi je ne veux prendre aucun engagement définitif. Gotta veut m'atteler à son Ausland^, Ainsi soit-il! Les Annales ne me donneront pas grand'pêinc; quant à faire des visites pour chercher, des collaborateurs, j^ai la tête et «le cœur IrQp^ malades. Gotta m'a offert deux mille florinsrpar .année; mais j lai arrangé diilléremmeatla chose. Je
a J^h^iJmtrntilde VHrtMger, *pn 'ùes impoManis jouvnaiix non ! poUùqii^s créés par Cotta, en même temps que le Morgenblait, 'la Feuille litléràire et le Journal artistique. — Tcus ces journaux
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veux d'aboixi t^utexaiiainerde sang^-frokl; — l^ docteur Lindttere&t un liomme facile «t bon, avec qui jejai'acconâebieu.— 'Je languis-ap^stun pays qui n'est pas découvert encope. Surfais aussi après Berlin, surloat qusnd je. reçois :de ^^os? lettres, et que j'entends pai\ier ée «cnadjUiie de Yambag^i. J' apprends avec- surprise <q«e nous avons déménagé ; j'avais toujoiiFs cru, juaqui'itcivtiiiie ima patrie éuût Fr(ma6sisohiitr(me^:3û. — . Je veux écrire au roi de Prasseipour kii> demander, qaçmd'iFosster naourra. la&urvtvance djjifxosée de 'deniiigague.de cxMir.
he roi ée .Bavière (idoit ijaverr .laaal . reçu ' Gdrres. Oken «aidOiUduiveaii voufai partie ;ial«ps, on sl résolu de Irtti âoDKRcr i »n tnaifteflaent > use. • Le ; pfais ^rnad poêÉedu BBOcid&'eât.Édoaard: Sobenk.
^èe OMS Testéhoit jours à Gasaèl. Saoob Grivum à (fuî jes^nMefdatre {mi6enàbikf).iv«m^e à l'histotre du (droit aètomaiidlîLouis^ Grimm^^ ^a dessiné mon portrait : jong vi6age>aHc9nand,^<)6syeEcslangi»s8ain- Rumt tofltmés vers ieciel. — AvFranefort,: j'ai passé trois jours avec Boerne. Beauca»p'fmplé4©iii»darac
j 1. hcms fi^rimm, : Irère rdcs'dsttx > âlhstres.' fibiMojg^es, iaeob ct.GfiiUuume-rJLouis/ étoU<poiolrG'et>cario&t!fniveDr : à\ iol long* temps prof.'ssiur à l'académia^e peâatnreidojGMsel.
de Varnhagen. Il s'occupe à recueillir en trois volumes ses morceaux détjachés. Le premier contiendra ses critiques théâtrales. Je n'aurais jamais cru que Boerne fit aussi grand cas de moi; nous avons été inséparables jusqu'au moment où il m'a accompagné à la poste. D'ailleurs^ pendant tout mon voyage, je n'ai vu personne autre, si ce n'est Menzel, à Stuttgart. Je n'ai point vu les nobles bardes du lieu. Le livre de Menzel sur la littérature ^ a beaucoup de belles pages. Je n'ai pu lire sans douleur les passages sur Gœthe. A aucun prix je ne voudrais les avoir écrits. A quoi pensez-vous, cher Varnhagen ? moi écrire contre Gœthe, moi? Si les étoiles du ciel me devenaient hostiles, devrais-je pour cela dire que ce sont des feux follets t En général, c'est sottise, même quand on dirait vrai, de parler contre des hommes qui sont réellement grands. L'antithèse actuelle de Gœthe, c'est-à-dire le petit nationalisme allemand et le piétisme plat, sont, après tout, ce que je déteste lé plus au monde. Aussi je resterai fidèle quand même au grand païen.
i. L* Histoire de la littérature allemande, écrite d'une manière vive et mordante, fit beaucoup de bruit en AUemiagne. Meniel y iJoiiua hardiment le signal d'une réaction contre Gœthe, qu'il fut le prrmier, je crois, à appeler le grand paien.
Je puis appartenir aux indifférents, mais je ne passerai jamais aux rebelles.
Adieu; répondez-moi aussi vite que possible:
secondez-moi un peu pour les Annales^ et, quand vous parlez de moi avec madame de Varnhagen, ne dites que du bien. — Beaucoup de salutations aux Robert. Grand merci à Louis Robert pour son compte rendu des Reisebilber dans la Feuille littéraire. On dit qu'il doit y avoir là beaucoup d'ironie. A Hambourg, on croyait fort et ferme qu'elle était de moi.