‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notesChapitre 1 sur 49 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

La Correspondance de Henri Heine forme le complément naturel et très>impatiemment attendu de ses œuvres. Cette impatience s'explique. Parmi les renommées littéraires de notre temps, il n'en est aucune qui, plus que la. sienne, ait éveillé la curiosité; parmi les poëtes étrangers à la France, aucun plus que lui, depuis les jours où Byron vint promener sur le continent ses agitations et ses ennuis, n'a su s'emparer des imaginations. Ce privilège de la

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poésie d'attirer sur ses interprètes choisis un intérêt ému, passionné, presque tendre, en dépit des inquiétudes qu'ils peuvent jeter dans Tâme, — et peut-être même à cause de ces inquiétudes, — je ne vois guère de nos Jours qu'Alfred de Musset qui Tait possédé au même degré que Henri Heine. Et Henri Heine n'a pas été seulement un poëte, ce fut encore le prosateur le plus spirituel de son pays, un humoriste sans égal qui s'est mis tout entier lui-môme dans ses écrits, avec toutes les contradictions de sa nature, toutes les passions de son âme, toutes les ivresses, tous les caprices et tous les dédains de son esprit. En faut-il davantage pour expliquer la curiosité qui s'attache à sa personne? Quel est le lecteur des Reisebilder ou du Livre des chants qui n'ait désiré connaître de plus près leur auteur, remonter aux origines de sa vie morale, distinguer le point de départ de cette façon si particulière de penser et de sentir, surpi'endre ces impressions et ces expériences premières, amertumes ou joies secrètes qui, dans Fenfance^ au foyer de famille, et plus tard dans la jeunesse, au ao* ment où le monde s'ouvre à nousi déterminent parfois à jamais l'existence tout entière, — quelque chose enfifi dé ces directions maUreases qui fixent pour chaque homme lé c6té où on le verra se ranger, la bannière sous laquelle il combattra, soldat discipliné ou volontaire ingouvernable,

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et qu'aucun cadre ne pourra jamais retenir? Cette figure où se confondent avec un charme étrange la poésie la plus sincère et Tironie la plus cruelle; la négation effrénée avec un profond sentiment de l'idéal; les plus capricieux écarts de la fantaisie et les intuitions passagères mais parfois profondes du penseur; çà et là, la sérénité éternellement jeune empreinte sur les créations parfaites de Tart, puis réclat de rire cynique de ces lèvres entr'ouvertes tout à l'heure par le douloureux sourire du scepticisme; la bonté persistant, semble-t-il, jusque dans les méchancetés du moqueur, — • cette figure dont les contrastes défient l'analyse, parce que la poésie et l'esprit les ramènent constamment à l'unité d'une nature originale et vraiment créatrice*, on voudrait la saisir et la fixer, et rien de ce qui peut la mettre en lumière ne nous reste indifférent. Tel est le privilège de ces élus des imaginations, et de là vient sans doute que, de tous leurs écrits, ce sont encore leurs confessions et leurs lettres qui sont lues avec le plus d'avidité. On espère y rencontrer l'homme môme au delà de l'auteur.

Les Confessions ou plutôt les Mémoires de Heine (c'est le nom qu'il a donné de très-bonne heure à l'histoire de sa

i. Jusque dans la manière qu'on peut à hon droit reprocher à Heine, et qui n'a pas manqué, comme toujours, de faire école.

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