‹ Correspondance inédite de Henri Heine: avec une préface et des notesChapitre 2 sur 49 · IV PREFACE · texte numérisé non relu

IV PREFACE

vie) existent. Sa famille en possède le manuscrit, ainsi que tous les fragments inédits qu'il a laissés. Ces Mémoires seront-ils publiés, et à quelle époque? Le seront-ils dans leur intégrité, et Henri Heine, après sa mort, sera-t-il plus heureux que Byron? Je l'ignore. Mais ce que je crois pouvoir dire, c'est qu'ils ne répondront pas dans une plus grande mesure que sa Correspondance à ce sentiment de curiosité et d'intérêt vraiment humain, vraiment personnel, dont je parlais il y a un instant. On peut juger, par bien des parties des ouvrages de Heine, de ce que doivent être ses Mémoires. Peut-être même (et certains détails de sa Correspondance nous autorisent à le penser) des passages plus ou moins considérables de cet écrit se trouvent-ils çà et là dans ses œuvres : ainsi le fragment étendu, intitulé Aveux de l'auteur, et qui termine les dernières éditions françaises du livre de r Allemagne, D'ailleurs, les Mémoires de Heine ont été écrits en vue du public. Il était encore, il est vrai, jeune étudiant à l'université de Gœttingue, qu'il en fait déjà mention dans ses lettres à Mosès Moser; mais, à cette heure matinale de sa vie, les premiers rayons de la gloire étaient déjà tombés sur lui; il avait publié quelques-unes de ses poésies, et ces deux tragédies sin- ' gulières^ Almansor et Ratcliff, toutes débordantes du lyrisme de la jeunesse. Le poëte de vingt-deux ans apparte-

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nail déjà en quelque mesure au public; son gënie poétique était vanté par les uns, contesté par d'autres; il avait des enthousiastes, des détracteOts, et sans doute des eavieux. Ses Mémoires, dès le début, devaient donc se ressentir de cette situation militante qui fut la sienne de si bonne heure, et qui dura jusqu'à la (in. Ceci ne veut pas dire assurément que cet ouvrage ne doive renfermer, à des points de vue très-divers, les plus précieux renseignements sur la personnalité de Henri Heine. Et pourtant, plus encore que dans ses Mémoires, nous irions le chercher dans ses Lettres, écrites évidemment, à toutes les époques de sa vie, sans préoccupation aucune de la publicité. C'est là, croyons- nous, que ses lecteurs auront le plus de chance de le rencontrer lui-môme, et de le prendre sur le vif.

Il est toutefois une portion de la vie de Heine sur laquelle sa Correspondance ne jette aucun jour, et que les Mémoires seuls nous feront connaître ; ce sont ses vingt premières années^ son enfance à Dusseldorf, et ses premiers jours de jeunesse à Hambourg et à Bonn. N'est-il pas permis de supposer que cette partie de" ses Mémoires sera celle qui aura le plus de prix et de charme? Les premières lettres du recueil que nous publions sont datées de Gœttingue, où Heine continuait ses études de droit, com-

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mencëes Tannée prëcëdenle à Bonn : nous ne savons presque rien de la période antérieure, dont ses poésies seules, et certains passages de ses autres écrits, nous font connaître quelque chose. Au sortir du collège, il dut entrer dans le commerce, et ce ne fut pas sans de longues luttes ' qu'il put obtenir de continuer ses études. Cette période douloureuse semble avoir eu une influence décisive sur sa jeunesse, ainsi que son premier séjour à Berlin, sur lequel, malheureusement aussi, ses Lettres ne nous apprennent que peu de chose. •

A part les vides que nous venons de signaler, et quelque regrettable que soit Tabsence de bien des lettres de Heine que ses éditeurs, malgré tous leurs efforts, n*ont pu parvenir à rassembler, on trouvera, dans les deux volumes que nous publions, des informations aussi amples que curieuses sur les principaux événements de la vie du poëte, de ^4820 à 4843. Sa vie universitaire à Gœttingue; les épreuves de sa jeunesse, et les souffrances que lui infligèrent la dépendance et la pauvreté ; ses relations avec la famille opulente à laquelle il tenait de près; son passage à la confession chrétienne; ses débuts dans la vie littéraire et ses tentatives pour parvenir à d*autres carrières; son voyage à Londre.^ et ses séjours successifs à Hambourg, à Munich et en Italie, — voilà ce qui remplit surtout la pre-

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mière partie de cette Correspondance de 48S0 à 4829. Les lettres à Immermann et à Moser forment ici les séries essentielles du recueil. Sa correspondance avec Immermann nous montre Henri Heine sous le charme d'une de ces admirations de jeunesse qui durent trop peu, mais qui pour lui ne devait pas subir l'atteinte du temps ; elle révèle chez le satirique et le railleur des facultés d'affection, je dirai presque de tendresse, que beaucoup de ses lecteurs n'avaient guère soupçonnées en lui, et une modestie sans affectation qui va jusqu'à grandir démesurément l'objet de son culte. Les lettres à Mosès Moser, l'ami le plus cher de sa jeunesse, et dont rattachement pour Heine eut quelque chose de tout particulièrement désintéressé et de fraternel, sont de toutes^ si je ne me trompe, celles qui mettent le mieux en plein jour son caractère et son existence intime; c'est sans doute la portion la plus précieuse du recueil *,

1. Ces lettres, avant de prendre place dans la collection complète, furent pnfiliées, il y a qliatre ans, à Leipzig, par le fait d^une indiscrétion. Après la mort de Moser, en 1838, Heine avait prié M. de Varnliagen de rtîclamer cette correspondance, ainsi que ses lettres à Oans, mort vers le même temps. Co vœu ne put être rempli, et nous devons nous en fiiliciler, car il est probable que, si elle fût revenue dans les mains de Heine, la correspondance avec Moser serait encore inédite aujourd'hui. — •

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ne fût-ce que parce qu'elle prouve, ndn moins que la correspondance avec Immermann, combien Heine sut rester fidèle à ses attachements, à travers les luttes et les fautes de sa vie.

La seconde portion du recueil embrasse les derniers temps que Heine passa en Allemagne, et les douze premières années de son séjour en France, depuis le moment où il vint se fixer à Paris en 4834, jusqu'au voyage qu'il fit à Hambourg, dans l'automne de 4843^. Les causes qui amenèrent la rupture de Heine avec le pays de sa naissance, à la suite de la révolution de 4830, et surtout du déplorable effet que produisirent se^ injustifiables attaques contre le comte Platen, se trouvent indiquées dans une série de lettres, fort importantes à d'autres points de vue encore, adressées à M. et à madame Yarnhagen, ainsi

Quant aux lettres à Gans, elles ont disparu, et, lorsqu'on songe à la valeur de rhomme à qui elles étaient adressées, on ne peut que le regretter.

1 . Ce voyage fut, on le sait, Toccasion du ^las mordant de ses poëmes, lo Conte d'une nuit dhiver^ qui acheva de le brouiller avec rAllemagne, au moment môme où il se sentait repris d'un accès incura&2«, disait-il, d'affection pour son pays. Ces contradictions sont habituelles chez Heine. — Ce fut le seul voyage quil fit en Allemagne, pendant les vingt-cinq ans qu'il vécut à Paris.

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