A FRÉDÉRIQUE ROBERT
Gœttingue, le 27 mai 1824.
Madame,
J'ai bien reçu votre lettre du 22 courant, qui m'apprend que mon ami Moser n'a pas encore fait la commission dont je l'avais chargé : je lui avais envoyé pour vous la remettre une « guirlande de sonnets*, » que j'ai écrits conanwre, et qui, peut-être,
1. Je donne ici ces sonnets; qui forment le pendant hindou de la Chanson de Mignon :
Quitte Berlin avec ses sables épais« et son thë clair, et ses gens d'esprit qui, dès longtemps, à l'aide de la logique de Hëgcl,
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préciséipent pour cela, ne valent nen. — Vraiment, vous méritiez -un meilleur sort! Moser devait vous dire, en outre, que je vous écrirais bientôt, et enfin, que je n'avais pu voir Immerman à Magdjebqurg, parce que la malle-poste, où je ne voulais pas inaï|quer ma place, est partie très-brusqpemjBnt, mais que, aussitôt après mon arrivée, ie lui avais écrit
ont compris ce que veut dire Dieu, le monde, et leur propre moi.
Viens avec mèi dans l'Inde, le pays di; soleil, où les fleurs d'Amra répandent leur parfum, où les caravanes de pèlerins cheminent vers le Gange, pieusement et en blancs habits de fête.
Là où les palmiers s'inclinent au vent, où étincellent les vagues du fleuve, sur le rivage sacré pp les fleurs du lofijs s'élancent jusqu'à la forteresse d'Indra, éternellement bleue ;
Là, je veux dévotement tomber à tes genoux, et presser tes pieds et tç flire : « Madame I vous êtes la^lus belle de toutes les femmes! »
Le Gange murmure, les paons fièrement se pro^^pent ^n fléployant leur arc-en-ciel.» les antilopes bondissent (j^ns j|?s galops verts, les hyacinthes tintent leur chanson, et, comme une rQsée, des milliers de diamants brillent à terre.
Du sein profond des prairies rayonnantes sortent, par multitudes, de nouvelles familles de fleurs; enivré de lMg»çji|", le chant de Kokilas résonne : oui, tu es bel|e^ foi ja çliis bçlle ()e
toutes les femmes t
COURESPQNDANCE INÉQITE 463
pour la chose que vous désirez. Comnfe je craignais qu'une lettre de lui ne vpus trouvât plus à Berlin, je lui disais q^'au pas OÙ il voulût envoyer quelque chose, spn nianuscrit devait .être prêt pour la fin de ,ce mois, et qu'il aurait à l'adresser direptemept à votre frèrp, à C^rlsruhe, ^n indiquant que cet envoi se faisait selon vptre dé§îr. Pour ce qui me concerne.
Sous chacun de tes traits est caché Kama, le dieu d'amour; il fait ^a demeure ijans les blanches tentes de ton sein, et c'est lai qui soupire dans ta voix les chapts les plus doux.
Je vois Wassant reposer sur tes lèvres; daps tes yej^x je ^é' couvre de nouveaux mondes, et je me sens à Fétroit dans celui-ci.
Le Gapge nQurmore,le yaste Gange enfle ces eaux, l'Hioialaya rayonne aux rougeurs du soir, et, de l'obscurilé nocturpe des forêts de bananiers, les troupes d'éléphants se précipitent en DQpgissant.
Une image t une image} Mon cheval pour une belle im^ge; ^ une im^ge à laquelle JQ te compare, toi rincomparable, toj )3e|le et ^acieuse, toi bonne et pure, qui remplis inon cœur d'une joie soignante!
Tu me fegarjJes faisant la chasse aux images, tu me vois luttant avec le sentiment et la rinje, — hélas I et fu ris de mo^ tourment 1
Mais ris seulement!... Quand tu ris, les anges là-haut saisissent leurs harpes, et chantent le choral retentissant de VAltelum,
je VOUS ai déjà dit à Berlin que, sauf quelques morceaux appartenant à mes Mémoires^ et qui, par conséquent, ne peuvent être publiés, je n'avais pas la moindre bribe de manuscrits d'une certaine valeur, et que je ne pouvais vous donner que quelques poésies insignifiantes, signées simplement d'un chiffre. Celui qui donne plus qu'il n'a est un coquin, et celui-là est un fou qui donne tout sous son nom. Je ne veux être ni l'un ni l'autre, et je vous envoie encore, pour les Fleurs du Rhin, les poésies ci-jointes, signées seulement d'une H., et pour lesquelles, précisément parce que je ne les signe pas de mon nom, je ne réclame pas d'honoraires. Ne me faites pas le chagrin d'écrire, de votre chef, mon nom au pied de ces poésies ; j'ai eu déjà trop à souffrir de l'arbitraire de mes amis pour que vous ne me pardonniez pas cette recommandation. Je vous envoie aussi la promesse écrite de donner quelque chose de vraiment bon et important pour YAlfnanach de l'an prochain, et je suis homme à tenir parole. Le départ de la poste est trop proche pour que je puisse beaucoup écrire aujourd'hui; d'ailleurs, comme vous le verrez par ma lettre, je suis de très-sombre humeur, forcé de me tourmenter à des travaux re-
butants et pénibles; la mort de mon cousin à Missolonghi * m'a profondément affligé; le temps est si mauvais, que je suis tenté de croire qu'il est de Glauren ^; j'ai des accès assoupissants de piétisme; nuit et jour, les souris trottent dans ma chambre; mon mal de tête ne veut pas céder, et, dans tout Gœttingue, il n'^ a pas un visage qui me plaise. — Adieu, et soyez bien persuadée que je vous aime, ^ Quand j'emploie cette expression, figurez-vous en même temps une pieuse chapelle dans les bois d'où sortent, comme des flots d'harmonie, les accords émouvants de l'orgue.
Saluez très-cordialement pour moi les Yarnhagea ; restez bonne, priez souvent, et n'oubliez pas votre valet.
P.-S. — Cordial merci, cher Robert, pour vos excellentes lignes. Je vous écrirai incessamment une longue lettre; aujourd'hui, la poste presse. Je suis, d'ailleurs, très-chagrin ; — je voudrais pouvoir me tuer de rire.
1. Il s'agit évidemment de Byron, mort à Missolonghi le i9 avril 1824.