L XX XIX
Muûichrle 6 juin 1828
Cher Varnhagen,
Bien que la correspondance, en ce moment, me soit horriblement pénible, il faut pourtant m'y mettre, et cela, pour vous annoncer dûment que» j'ai bien. reçu votre dernière lettre âTec la lettre de changé sur Francfort. Je vous pemercie de toutes vos peines. La lettre^pour Fr. Baader a été tout d» suite envoyée. — La nouvelle de votre indispositioai m'inquiète ; mais je pense que le beaai temps vous aura bientôt rétabli. Ma santé va passaMement. Je resterai encore huit jours ici; puis j'irai courir pendant trois semaines dans lès montagnes, pour revenir passer ici quelques jours encore; donc, si vous voulez me dire comment v)0us altez, vm letCres me trouveront toujours d^îci à un i»ais. D'ailleurs^ même quand je ferais un plus long voyage, mon adresse chez Cotta est toujours sûre : ferai-je réellement le voyage d'Italie?
Gomment remercier madame de Varnhagen de sa chère et jolie lettre ? Elle m'a pénétré jusqu'au fond de l'âme. Ce qu'elle dit sur Napoléon est tout à fait juste. Il n'aurait jamais pu se livrer aux plaisirs de la société; le rire amical de la société aspire toute la force du cœur de l'homme, comme une montagne d'aimant attire tout le fer du vaisseau qui s'en approche. Mais que veut de moi madame de Yarnhagen? Assurément, je ne suis pas un Napoléon. Je ne pense pas même à conquérir Pankow, et le monde moins encore. Toutes mes ambitions de conquêtes se limitent peut-être à dix ou onze cœurs. Je ne suis qu'un homme qui vit pour son plaisir. Une comparaison avec Napoléon risquerait de me tuer; je ne puis déjà plus dormir comme autrefois depuis que je sais qu'un jeune peintre m'a placé au milieu d'une bataille terrible. Me voilà maintenant sur la toile en danger de mort, — et qui me garantit qu'un de ces fusils en peinture ne partira tout à coup, et que la sympathie ne fera pas éprouver à mon corps réel la blessure que reçoit mon portrait? Et cependant madame de Varnhagen a raison ; dans ma critique du livre, the Life of Napoléon S on
i. La Kte de Napoléon, par Waller Scoll.
reconnaît les inspirations d'amis bonapartistes. Maintenant, je veux m'amender ; je suis déjà meilleur, et, dans un compte rendu de la Littérature de Menzel, j'ai parlé de Gœthe avec autant de franchise que si je ne <;omptais pas un seul gœthien parmi mes amis. Avec toute franchise? Non! Dans huit jours, vous recevrez ce morceau. — Que la miséricorde passe avant la justice, — ne me mettez pas à la retraite.
FIN bU TOME PREUIER.