‹ Correspondance inédite de l'empereur Napoléon avec le commandant en chef de l'artillerie de la grande armée. Pendant les campagnes de 1809 en Autriche, 1810-1811 en Espagne et 1812 en Russie. Avec un fac similé autographe de Napoléon, et des notes historiques et topographiquesChapitre 7 sur 13 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

L'influence que la guerre de {Russie a eue sur les destinées du monde donne un puissant intérêt à tout ce qui a rapport à ce grand événement. Une question d'ailleurs toute du domaine de Thistoire , demande encore une solution. Cette campagne assurait-eiie des chances suffisantes de succès, ou, comme on Fa souvent soutenu, renfermait-elle en elle-même des causes certaines de revers? en un mot, était-il possible de fournir à une armée , agissant à d'aussi grandes distances de ses points d'appuis , ce que les besoins de la guerre réclament aujourd'hui.

La réponse aux doutes qui se sont élevés à ce sujet ne peut sortir que de l'examen approfondi de faits dont l'étude a été négligée jusqu'ici.

Le principe de Gaton, la guerre doit nourrir la guerre, mis en pratique par l'empereur, dans le sens que lui donnaient les anciens, ne peut plus être contesté, quand il s' afi;it surtout de guerre en Europe; en effets en Russie

Diême le pays a fourni tout ce qui était nécessaire à la vie des hommes et des chevaux, el si nous avons éprouvé des privations^ elles n'ont jamais assez pesé sur l'armée pour qu*on puisse leur attribuer nos revers. Il ne peut donc ici être question que des approvisionnemens de guerre, c'est-à-dire de Talimentation de Tarmée en munitions à Tusage de la nombreuse artillerie et des armes à feu dont se servent maintenant tous les soldats.

La correspondance de l'empereur avec son général en chef d'artillerie le comte de La Riboisière^ répondra aux doutes qui se sont élevés au sujet de la possibilité de fournir aux immenses consommations de celte nature que devait faire l'armée.

Ainsi, dans les lettres écrites avant la campagne^ on trouvera la preuve que rien n'avait été négligé pour assurer un service sur l'exactitude duquel allaient plus que jamais reposer toutes les combinaisons de la guerre.

Celles écrites pendant la campagne même y prouvent que Tarlilierie est arrivée partout et que partout^ et k tpus les instans, elle a satisfait aux besoins et aux consommations de l'armée.

Enfin^ celles qui portent la date deMoscou, établissent sans réplique, qu'arrivé là l'empereur avait encore toute l'artillerie et tous les moyens matériels nécessaires pour la continuation de la guerre.

Je crois que pour être vrai et conserver aux événemens militaires de notre époque leur caractère et leur physionomie, on ne doit plus prétendre les raconter en se contentant de parler de ce que l'infanterie et la cavalerie ont fait. Dans l'organisation de nos armées, et dans toutes les combinaisons de la guerre^ dans les combats et dans

les grandes batailles, rarliilerie occupe mainteDant une trop grande place et joue un rôle trop décisif pour qu'on ne mentionne pas aussi ce qu'elle prépare et ce qu'elle fait. Prétendre, encore écrire l'histoire comme au temps où Ton gagnait la bataille deFontenoy avec 4 petits canons oubliés dans un coin, c'est montrer une ignorance de ce qui se passe aujourd'hui dans les armées, que l'on ne saurait pardonner aux écrivains qui ont jusqu'ici raconté la campagne de Russie.

Au commencement de la campagne, à Wilna, dans une seule nuit, l'artillerie perdit plusieurs milliers de chevaux : pour parer à ce désastre , on compléta l'attelage des batteries en ligne , par des chevaux du grand parc et des bœufs traînèrent, a la suite de l'armée/les approvisionnemens de réserve jusqu'au moment où des remontes, que Ton fit en Pologne, les remplacèrent; de cette manière la marche de l'armée ne fut point arrêtée, et plus tard nos soldats trouvèrent dans ces bœufs des moyens d'alimentation.

^Le double d'une situation , faite pour l'empereur, porte les énonciations suivantes :

Matériel d'artillerie en ligne devant Smolensk ou près d'y arriver, à l'époque du 17 août 1812.

Bouches à feu : 638. Caissons , portant les approvisionnemens; en coups de canoUf et cartouches d'infanterie, 2,477.

A la bataille de la Moscowa il fut brûlé :

Coups de canon. • . • 43,578

Cartouches d'infanterie 2,144,000

Après la bataille il restait en munitions :

Coups de canoo. . . • 71,974

Cartouches d'infanterie 6»056,000

Le premier de ces faits donnera une idée des difficultés qu a éprouvées Tartillerie dans la campagne de Russie.

Les deux autres donneront la mesure des résultats obtenus par elle.

La correspondance de l'Empereur avec le général La Riboisière pendant la campagne de Russie se compose de vingt-trois lettres : la première porte la date du 14 avril 1811, et la dernière celle du 18 octobre

«Monsieur legénéral comtede La Riboisière, je vousenvoie deux rapports du ministre de la guerre sur lorganisalion de larlillerie, telle que je l'ai demandée*. Je suppose trois corps d'armée chacun de 16 régimens, ce qui forme 48 régimens chacun à 4 bataillons. Je sup^. pose quatre divisions de cuirassiers^ ayant chacune 12 pièces d'artillerie à cheval. Faites-moi vos observations sur le plan proposé, tant pour les bouches à feu, que pour le personnel et les attelages d artillerie.

» L'expérience des deux campagnes d'Autriche et de la campagne de Pologne doit vous avoir fait connaître ce qui est nécessaire. Je crois qu'il faut avoir à Dantzick et dans les autres places, confectionné et non tonfeclionné; de quoi faire cinq approvisionnemens. Ne parlez de ce travail à personne, pas même au ministre de

la guerre. Aussilôt que vous Taurez fait^ venez me l'apporter afin que j'arrête mes idées là-dessus. » Sur ce, je prie Dieu, etc.

» Paris, ce 1 4 avril 1 81 1 .

c( Monsieur le général comte de LaRiboisière , je désire que vous preniezdesrenseignemenset que vous me remettiez directement sans confier à personne mon secret , un projet d'équipage de siège suffisant pour assiéger et prendre Spandau (1) tiré de la place de Magdebourg, un projet d'équipage pour prendre Golberg, en le tirant de Slettin et de Gustrin, enfin, un projet d'équipage pour faire le siège de Neiss (2), ne le composant que de l'artillerie que fournira la place de Glogau et de Tarlillerie que peut avoir la Saxe. Faites-moi connaître quelle devrait être la composition de ces équipages pour mener de

(1) Spandau, sur la Sprèe, à 2 lieues de Berlin , à 4 lieues de Postdam, est forte par sa situation au milieu des eaux. La forteresse forme un superbe ouvrage que les Français améliorèrent encore lors de la campagne de i 806.

(2) Neiss est située sur la riTière de ce nom, dans la basse Si* lésie. Ses fortifications consistent en une première enceinte bastionnée avec une fausse braye; une deuxième enceinte est formée par un système de contre-gardes et de demi-lunes unies entre elles par des flancs rentrans; cette deuxième enceinte a son escarpe et sa contre-escarpe revêtues. Ces deuk enceintes se trouvent défendues par une ligne de terre qui règne sur tout le développement des ouvrages, et qui est précédée d*un avantfossé. Neiss fut assiégée et prise par les Français. Celte place peut être considérée comme susceptible d^l ne longue défense.

front ces trois sièges , ce qui existe dans les places que je viens de nommer , le personnel et les attelages d'artillerie qui seraient nécessaires.

» Sur ce, je prie Dieu, etc.

» A Saint-Cloud, ce ^ I mai 1811.

x> Napoléon, x»

«(Monsieur le général comtedeLaRiboisière, je vous envoie une lettre du prince d'£ckmûlh t j'y joins un rapport qui m est fait par le tnajor-général. Il est nécessaire que vous vous mettiez au fait de tout cela, afin que désormais vous en ordonniez en votre qualité de commandant efi chef de l'artillerie de Tarmée.

« Je remarque d'abord que si les voitures de la 6« division arrivent à Munster attelées , cela est bien ; mais si elles n'y arrivent pas attelées, ce mouvement 6st impraticable , car avant le 20 février les 6^, 8* et 9* divisions feront un mouvement. Il est donc nécessaire que lënr artillerie soit attelée.

x> H est nécessaire qu'au i^^ mars l'éqnipagé dé siège de Magdebourg qui pourrait être destiné eohtre Spandau ou Golberg(l) soit en état, qu'à la même époque l'équipage de siège de Dantzick qui pourrait être destiné contre Graudenz soit en état; cela dans la supposition que j'aie affaire à la t^russe. Je n'ai pas besoin de

(1) Colbeig, belle et forte ville de la Haute-Saxe, est située ^ Tembouchure de la Perraute, dans la Baltique. Elle fut assiégée par une division de rarmée française commandée par le général Tenlié. Serrée de près elle était sur le point de se rendre^ quand la paix fut signée à Tilsit.

vous faire connaître que le mnislère doit ignorer cesdis^ positions. Le major-général n'en est point instruit ; vous êtes seul dans le secret.. Jugeant inutile de rien dire de cela au génie ni à Tartillerie y il faut que vous vous fassiez remettre Tétat des parcs de siège de Magdebourg et de Dantzick » afin de savoir s'ils peuvent remplir mon but. Vous me rendrez compte de cela confi-» dentiellement; je vous recommande que cette lettre ne soit lue de qui que ce soit, et que les noms de Spandau, de Colberget Graudenz ne sortent pas de vos mains, car dans ce moment je suis très bien avec la Prusse. Il serait nécessaire que dans les premiers jours de mars les charrettes d'artillerie pussent partir de Mayence. Elles porteraient à Magdebourg (l)ce qui serait nécessaire à l'équipage de lartillerie et du génie. Ainsi, si dans les premiers jours de mars je voulais marcher sur Spandau ou Golberg» tout se trouverait en étal.

D 11 y a à Magdebourg un équipage de pont dont je n'ai pas parlé. Il faudrait le mettre en état afin de pou^ voir s'en servir sur TOder et sur les petites rivières de de la Prusse» si le cas arrivait. Faites-moi un rapport sur cela. Sur ce » etc.

» Paris, le 6 février 1812.

» Napoléon. »

(1) Magdebourg, sur l'Elbe, une des villes les plus fortes de FÀllemague, fut assi%ée et prise par le maréchal Ney, pendant la campagne de Prusse. La garnison était forte de 22,000 hommes , parmi lesquels 20 généraux. On y trouva 54 drapeaux et 5 étendards, 800 pièces de canon , un approvisionnement considérable de poudre, un équipage de pont et une immense artillerie.

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