‹ Correspondance inédite de Marie Antoinette (volume 2)Chapitre 10 sur 34 · XXIV INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXIV INTRODUCTION

ordre de choses apparaissaient plus graves même qu'ils n'étaient en réalité, et toutes les classes de la société, sans s’en rendre compte, appelaient un chanpement. |

L'état des finances préoccupait aussi beaucoup les esprits, et l’assemblée des notables, où vinrent aboutir les vœux de tout le pays, n’était plus à même de résoudre le problème social. |

Avec quel intérêt la reine ne suit-elle pas les travaux de ce premier essai du gouvernement populaire, tout en en prévoyant les suites et les conséquences!

Nous n'avons pas la prétention de suivre la reine dans les détails de la vie nouvelle qui s'ouvre pour elle, ni de mettre en évidence la haute intelligence avec laquelle elle traite les questions arides de gouvernement qui lui étaient inconnues jusqu'alors.

Mais à l'assemblée des notables ont succédé les États généraux, qui s’appelèrent bientôt Constituante, Législative, Convention.

Dès cette époque déjà, bien des réformateurs songeaient au renouvellement total de la société, et les scènes sanglantes de la Bastille, les assassinats qui se commettaient impunément à Paris et dans les provinces, tous les actes de l'autorité méconnus, n'étaient qu'un prélude à une attaque directe et personnelle contre Ja royauté, surtout contre la reine qui était l'objet de toutes les haines aveugles. |

Les 5 et 6 octobre 89, ce premier drame joué à

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Versailles, où la faiblesse des uns et l'audace des autres prouvérent aux meneurs qu ils pouvaient tout oser contre un roi faible; ce premier attentat contre la Majesté royale, où la reine courut personnelle. ment les plus grands dangers, et fut l’objet des plus hideuses insultes, fut virtuellement la chute de la monarchie. ,

la reine le jugea bien ainsi, et c’est avec une sublime résignation aux décrets de la Providence qu'elle dit : « J'ai vu la mort de près. On s’y fait, « monsieur le comte. Le roi a une grâce d'état; il « se porte aussi bien que si rien n'était arrivé. » ‘

Désormais, elle est résignée à tout; mais, toute préparée qu'elle est à subir le plus triste sort, elle n'en conserve pas moins sa fermeté, on pourrait dire son intrépidité, au milieu des dangers sans cesse croissants qui l'entourent, et elle multiplie ses ressources pour conjurer l'orage prèt à éclater. Elle sait que tous ses efforts sont inutiles, mais elle veut avant tout rester avec le roi, défendre Île roi, lui faire un rempart de son corps, et mourir près de lui.

Fille de Marie-Thérèse, elle a du sang des héros dans les veines.

Les horribles scènes des 17 et 18 avril 1791, à l’occasion d’une promenade que la famille royale voulut faire à Saint-Cloud, mais qu’une populace furieuse lui interdit, en l'accablant pendant deux heures de menaces et d'injures, vinrent mettre le

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comble à sa douloureuse situation, et lui firent prendre la résolution de quitter Paris et de chercher un: lieu de sûreté vers les frontières.

« Tout ce qu'on nous à dit d’injures et de gros- « siéretés, écrit-elle à son frère Léopold, pendant « ce temps-là, est inimaginable. Il a bien fallu, de « guerre lasse, remonter au palais... Nous nous « sommes rencontrés, le roi et moi, dans la même « pensée, qu'il fallait en finir avec un pareil état de « choses et prendre le parti dont nous vous avons « parlé. Attendez-vous donc à quelque soudain « voyage. »

Ce voyage, comme on sait, eut lieu le 20 juin suivant, et l’on sait aussi par quel fatal enchaînement de circonstances malheureuses, de mesures bien combinées, mais mal exécutées, au lieu de tourner à la délivrance, il tourna à l’emprisonnement rigoureux et bientôt à la mort de la famille royale.

Après ce voyage, qui fut un long supplice, et le retour à Paris, la famille royale fut gardée plus éttoitement que jamais, et l'on peut dire qu'elle fut tenue dans une étroite prison ‘.

‘ On lit dans un ouvrage biographique :

« La Fayette fit placer deux sentinelles pendant la nuit, dans l’ap- « partement de la reine ; une simple cloison vitrée les séparait de son «lit. Un soir qu’elle ne pouvait pas dormir et qu’elle avait conservé « de la lumière pour lire, un de ces factionnaires vint s'asseoir sur «son lit avee la plus indécente fomiliarité. Cette princesse eut assez : « de force pour contenir son indignation. » (Michaud.)

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