‹ Correspondance inédite de Marie Antoinette (volume 2)Chapitre 16 sur 34 · MA CIÈRE MÈRE VÉNÉRÉE · texte numérisé non relu

MA CIÈRE MÈRE VÉNÉRÉE

Hier de très bon matin le roy a demandé le viatique qui lui a été apporté par le cardinal grand aumônier, toute la famille royale, les princes et princesses du sang, toute la cour et les ministres accompagnoient le saint sacrement; après cette émouvante cérémonie tout le monde fondoit en larmes et ne trouvoit pas une parole, les émotions de la matinée n’ont pas eu un mauvais effet sur le malade, et la journée a été assez calme, le redoublement de la fièvre est revenu le soir et s’est prolongé dans la nuit, ce matin il est plus grand encore et le délire a recom- |

mencé ; à l'heure où j'écris les accidents sont un

(DE MARIE ANTOINETTE. 6 peu calmés. J'embrasse avec tendresse ma chère maman ; le roy a deffendu à N' le dauphin de l'approcher, 1l a fait la même deffense pour moy et toute la famille royale, on se regarde

les uns les autres sans se voir.

| Ce 10 may (1774).

MADAME MA TRÈS CHÈRE MÈRE

Que Dieu veille sur nous! le roy a cessé d’exister dans le milieu du jour, depuis la matinée du 8 son état n’avoit fait qu’empirer, hier il a demandé l'extrême onction qu'il a reçue dans des sentiments de piété admirable; il avoit conservé toute sa connoissance et sa présence d’es- . prit pendant toute sa maladie avec un courage inoui. Mon Dieu, qu'’allons nous devenir, M le . dauphin et moy nous sommes épouvantés de reigner si jeunes. O ma bonne mère, ne ménagez

pas vos conseils à vos malheureux enfants.

| Bb

Choisy, ce 11 may 1774.

A SON FRÈRE JOSEPH

‘Je comipte beaucoup sur votre tendresse, mon cher frère, dans la grave circonstance où je me trouve; je ferai toujours mon devoir, mais J'ai besoin de le bien connoître, le roy est trop occupe du sien pour entrer dans les détails et je prévois qu’il sera conduit à me laisser à moy même. — Si notre bonne mère veut bien me donner des conseils et si vous y joignez les vôtres, ce secours de votre expérience me servira de guide, je vous le demande à mains jointes ; je n'aspire qu’à être digne de ma famille et du pays qui m'a adoptée avec tant d'indulgence; je viens de passer quatre années bien heureuses, mais un avenir nouveau s'ouvre tout rempli d’écueils, priez pour moy et aidez-moy. Je vous embrasse comme je vous aime, de tout mon

CŒUr,

MariE ANTOINETTÉ.

DE MARIE ANTOINETTE. et

Choisy, ce 11 may (1774). ,

MADAME MA TRÈS CHÈRE MÈRE

Dans la première hâte de l'événement je vous ai écrit un mot bien rapide, j'avois à peine une minute avant de partir pour icy; aujourd'hui nous sommes abîmés de fatigue sans avoir bcugés et plus émus que le jour mème, la mort du roy nous lègue une tâche d’autant plus effrayante que M" le dauphin est resté tout à fait étranger aux affaires, le roy ne lui en parlant jamais. — Nous avions beau nous attendre à l'événement devenu inévitable depuis deux jours, le premier moment a étéattérant, et nous n'avions pas plus l’un que l’autre de parole. Quelque chose me serroit à la gorge comme un étau ; — vous dire combien nous avons été bouleversés seroit impossible, le roy est tout à fait remis et fait bonne contenance par devoir, mais toute cette fermeté là ne tient pas, et après avoir écrit des lettres et donné des ordres, il ne peut s'empêcher de venir de temps en temps pleurer

avec moy, j'ai des moments de frisson, j'ai

68 CORRESPONDANCE | comme peur et lui me disoit tout à l'heure qu'il etoit comme un homme tombé d’un clocher. — Nous perdons un père qui étoit naturellement bon et à qui pour ma part je suis bien redevable, car il n’est pas de douceurs que je n’en aie reçue, seulement je ne dirois qu’à vous, ma chère maman, qu'il étoit très défiant et nous traitoit un peu trop en enfants; il étoit personnellement très bien pour moy, mais on s’apercevoit trop dans les fêtes de la cour que ce n'étoit pas pour nous qu’elles se donnoient. — Il paroît que dès sa première attaque il avoit senti qu'il étoit perdu, et s’il a eu de temps à autre des espérances c’étoient des éclairs, aussi a-t-il pris bien vite des dispositions pour ne pas être gèné dans ses derniers devoirs religieux, on l'a vu par la disparition de la comtesse du Barry, il l’avoit vue à ce qu’on dit une dernière fois dans la soirée du 4 ; — toujours est il qu’on ne la revit plus depuis et qu'elle s’étoit retirée dans une «maison de M d’Aiguillon. — Le 7 à trois heures du matin le roy demanda son confesseur qui resta longtemps avec lui et montra

en cela beaucoup de courage et de dévouement.

DE MARIE ANTOINETTE. 69 — La petite vérole du roy était d’un très mauvais caractère et très contagieuse, — il en avoit parlé avec les médecins et sans attendre leur réponse il avoit expressément interdit à M" le dauphin et à ses frères l'entrée de sa chambre; — il s'étoit fâché au premier abord contre mes tantes en les voyant insister pour rester auprès de lui, mais elles continuèrent sans mot dire avec une telle fermeté à remplir les fonctions de gardes malade qu'il finit par se laisser faire; — le délire qu'il a eu à plusieurs reprises a très peu duré et il a rendu son dernier soupir en pleine connoissance, ce qui est horrible à penser car il avoit une peur affreuse de la mort et il a dû souffrir plus qu'un autre; — il paroît que la veille du dernier jour il se voyoit tomber en lambeaux, jugez! De l'avis de tout le monde notre départ avoit été fixé aussitôt que le roy auroit cessé d'exister, et vers quatre heures nous étions tous partis pour icy. — Comme on s’attend à ce qu'il ait inévitablement donné sa maladie à mes tantes, on a pris la précaution de les installer dans le petit château

à part de nous, si le mal éclate leur âge donne-

roit à craindre pour elles ; — j'ai une telle appréhension de ce mal que je presse beaucoup le roy de se faire inoculer avec ses frères, ce sera un bien bon exemple qui sauvera bien du monde. —

Le roy qui ne parle pas n’a point dit un mot sur le choix d’un ministère, il ne me semble point disposé à garder M' d’Aiguillon, l’âme damnée de la comtesse du Barry et qui a trop de penchant pour la Prusse ; — j'ai mis en avant le nom de M' de Choiseul qui seroit bien pris du pays, mais on ne m'a pas répondu, on ne paroît pas lui être favorable et je ne sais qui sera désigné si ce n’est pas lui, je reviendrai à la charge dans un moment plus opportun; je présume que le roy attend le rétablissement de ma tante Adélaide avec laquelle peut être il s’est déjà entendu, s’il en étoit ainsi c’en seroit fait pour M" de Choiseul et ça seroit M° de Machaut.

Le roy a fait enfermer la comtesse du B. avec injonction de ne lui laisser voir personne jusqu’à nouvel ordre, il arrive d'étranges rapports sur la famille de cette femme. |

Je prie ma chère maman de me permettre de

| DE MARIE ANTOINETTE. 71 lui baiser les mains avec toute l'affection que je

lui porte et tout mon respect.

Choisy, ce 13 inay (17974).

A SA SŒUR MARIE CHRISTINE

Ma chèresœur, j'ai écrit avant hier à l'imperatrice reine pour lui donner quelques détails que j'avois appris autour de moi. — Le dévouement de mes tantes a été vraiment exemplaire, et elles auront infailliblement pris la petite vérole du roy qui étoit mortelle, je crains beaucoup pour elles et mon mari est très inquiet, — nous | avons très fréquemment de leurs nouvelles car elles sont dans le même palais où elles occupent un pavillon séparé, — mes belles sœurs et les enfantes se portent parfaitement et sont hors de toute portée du mal comme nous. Nous vivons en famille et on commence à se rasseoir un peu.

— La comtesse du B. a été renfermée dans une

abbaye pour un certain temps, comme elle étoit dans la confidence de toutes les affaires, le roy veut qu’elle en perde la suite en restant à l'écart et soit hors d'état de commettre des indiscrétions nuisibles. — Il paroît que si c’étoit une vilaine femme ce n’étoit pas au fond une femme méchante, et le roy se propose de la traiter doucement quand il sera temps qu’elle sorte. Sa famille est pire qu'elle, elle a pour beau frère un franc fripon qui spéculoit sur elle et continue à faire des siennes et a profité de l’absence de la comtesse pour la dévaliser, il est en fuite. — Je ne sais qui m'a fait remettre sans se nommer un mémoire très singulier qui semble un vrai roman très vilain sur toutes les intrigues de cette . famille, on eût mieux fait de garder cela ou de l'envoyer au roy plutôt qu'à moy; je le lui ai remis sur le champ. — Vous verrez, me dit-il, que ce sera de quelqu'un de ses courtisans, du reste cela m'étoit en partie connu et ne me fera pas changer de conduite par respect pour mon grand père, la maltraiter quand elle est dans la peur et par terre auroit un air de vengeance qui seroit indigne de la royauté. — Il n’y a que trois

DE MARIE ANTOINETTE. 1 jours qué Île roy est mort, et il pleut déjà chez le roy des mémoires de grands politiques qui indiquent des réformes toutes indispensables sous peine de la chute de la monarchie. — Adieu, chère Christine, je voudrois bien vous embrasser autrement que sur ce froid papier, pourquoi ne feriez-vous pas un petit voyage icy. J’embrasse le bon duc. — Mon Dieu, moy reine si jeune,

j'en suis toute effrayée.

La Muette, ce 18 may 1774. |

A SA SOŒUR MARIE CHRISTINE

Que je vous dise un petit bonsoir avant de me coucher, ma chère sœur. La petite vérole s’étant déclarée très vivement chez mes tantes Adélaide et Sophie, le roy nous a fait tout de suite quitter Choisy et nous venons de nous installer icy, ma tante Victoire qui est restée avec elles

n’a pas encore été atteinte, mais elle ne peut y

WU . CORRESPONDANCE

échapper, il est même extraordinaire qu’elle n'ait pas été la première atteinte car elle prend ce genre, de maux très fortement et l'année dernière à pareille époque elle a eu une rougeole terrible, — La princesse Christine de Saxe vient de m'écrire de son abbaye de Remiremont une lettre fort touchante, c'estencore celle qui a fait du roy défunt le plus bel éloge entre tout ce que j'ai lu et entendu, — comme il y a des ingrats! — Le roy a donné l’ordre de dresser un édit par lequel il fait remise du droit de joyeux avénement et Je renonce pour ma partau droit de ceinture de la reine, voilà j'espère de quoi nous faire aimer, il est impossible d’être animé de meilleures intentions que mon mari, il tâche de faire pour le mieux, il est préoccupé à faire peur, étudie sans cesse ce qu’il doit faire pour être digne de sa tâche et améliorer, il travaille tant qu'à peine si je le vois. Adieu, ma chère Christine, je vous embrasse du fond du

cœur ainsi que le bon duc, priez pour nous.

ManiE ANTOINETTE.

La Muette, ce 31 may 1974.

A SA SŒUR MARIE CHRISTINF

Ma chère sœur, la maladie de mes tantes apres avoir traversé toutes les phases dangereuses, est arrivée à son terme, elles sont tout à fait sau- . vées, encore quelques jours et leur rétablissement sera complet. — Le roy est très joyeux de l'issue de cet incident menaçant.— L'édit qui fait remise du droit de joyeux avénement paroit, le roy a voulu se donner le plaisir d'en rédiger luimême le préambule, je vous l'envoye. Adieu du

cœur.

Marly, ce 24 juin (1954).

A SA SŒCR NARIE CHRISTINE.

Ma chère sœur, le 18 de ce mois le roy, ses frères et madame la comtesse d'Artois ont été inoculés de la petite vérole sur un enfant trés beau

16 CORRESPONDANCF choisi par les médecins, la fièvre s’est déclarée, tous les symptômes sont heureux, tout va au mieux, succès complet. — Cette courageuse détermination a produit sur la cour et sur le peuple un effet immense. — En hâte, le courrier

part, Je vous embrasse en courant.

MariE ANTOINETTE.

Ce 27 juin 1774.

A SON FRÈRE JOSEPH

Je recois à l’mstant votre lettre, ion cher frère, et je la lis et relis, je vous remercie de ce que vous m'écrivez de fraternel, déjà je m'étois dit ce que vous me dites sur la conduite à tenir, mais vos conseils sont trop courts, J'ai besoin de choses plus développées; vous voulez pour m'en dire davantage que j’entre dans des détails particuliers et confidentiels et à cœur ouvert sur le caractère du roy. C’est quelque chose de

bien délicat à écrire, je ne sais pas s’il est possi-

DE MARIE ANTOINETTE. 11 ble d'être meilleur que lui et d’avoir en tout une conscience plus sévère. Il n’a pas d'autre pensée, j'en suis sûre, que de faire du bien, mais par quels moyens? je ne sais ce qui lui roule dans l'esprit, 1l ne s’en ouvre pas tout à fait et il est très agité. Je ne peux pas dire qu’il me traite en dessous et en enfant, et qu'il aie de la défiance pour moy, au contraire, il lui échappoit l’autre jour un long discours devant moy et coname s’il parloit à lui même, sur les améliorations à introduire dans les finances et dans la justice, il disoit que je devois l'aider, que je devois être la bienfaisance du trône et le faire aimer, qu'il vouloit être aimé. Mais il n'a pas énuméré ses moyens d'action, soit qu'il ne les aie pas encore combinés, soit qu’il les garde pour ses ministres; il leur écrit beaucoup ; c’est au vrai un homme qui est tout en lui, qui a l’air d'être fort inquiet de la tâche qui lui est tombée tout à coup sur la tête, qui veut gouverner en père. Comme je . ne veux pas le blesser, je ne le questionne pas trop. Il fait tout aussi bien de ne pas me consulter, je suis plus embarrassée que lui ét je suis

déterminée à suivre le conseil de notre bonne

:4 CORRESPONDANCE maman, c’est à dire d’aller tout droit devant mon chemin et de profiter de toutes les occasions de faire bien. — Vous me parlez des obstacles et de ce que vons appelez des eccueils, eh! mon Dieu! je le sais bien, il v en a, maïs je suis trop jeune pour les ronnoitre; c’est ce que je vous ai dermandé de me dire; je n’étois pas tout à fait à mon aise dans la famille royale, je crois avoir remarqué qu'on voyoit trop en moi une étrangère qui avoit contrarié des projets de domination, j'ai fait mon possible pour me tirer d’affaire, mais je ne suis pas sûre qu’on m'aie su gré de mes efforts. Je me suis faite cependant francoise le plus que j'ai pu, je n'ai soutenu que des francois. Écrivez moi, écrivez moi, vous le dercers à votre sœur et à mon amitié; je vousemhrsas du plus sincère et profond de mon cœur #1 sipplinnte qui veut être satisfaite dans ce

qu'elle demande.

Versailles, ce 25 janvier (1775).

A SA SŒUR MARIE CHRISTINE

"Sœur chérie, vous devez être depuis bien des jours loin de Presbourg et vous être tous réunis à Vienne, autour de l'Impératrice-reine, dans le salon de famille. Je m’y transporte en. idée et je vous arrive en surprise, Je vous embrasse avec toute sorte de tendresse et je prie Monseigneur Albert, qui ne m'a pas écrit depuis si longtemps, de me permettre de lui faire une belle révérence après avoir baisé la main de ma bonne maman et salué avec respect Sa Majesté l'Empereur.

Je ne demanderoïis pas mieux que de recevoir les compliments que depuis le commencement de ce mois la reine de Naples a si bien mérités, mais il n'y a pas d'apparence, et j'aime mieux qu'on ne m'en parle pas. | | On s'amuse icy beaucoup, on danse, on joue sans craindre les loups, comme vous me dites qu'on en est infesté en Hongrie. Je ne lis rien,

je ne fais rien de mes dix doigts et cependant

au CORRESPONDANCE je suis occupée au point de ne savoir où prendre une minute.

Adieu, chère Christine, chargez vous de rendre à chacun ce qui lui revient et surtout baisez la main à notre chère maman pour moy. Mon Dieu, comme je vous sérre tous en idée sur mon

cœur! Bonjour, M' le duc.

ManiE ANTOINETTE.

Choisy, ce 8 octobre 1775.

A SON FRÈRE JOSEPH

Jaissez moy vous dire, mon cher frère, que vous êtes bien cruel avec vos lettres de reproches, elles me causent trop de chagrin au milieu de toutes les difficultés qui m’entourent. Avant de quitter ce château pour nous établir à Fontainebleau avec toute la famille royale, y compris Monsieur et.Madame de retour de leur voyage du mariage de Clotilde, je veux causer avec vous une bonne fois sur cela. — Il faut

être loin comme vous l’êtes pour vous arrêter

| DE MARIE ANTOINETTE. Ai un instant à des propos tels que ceux dont vous me parlez; quel crédit, mon Dieu, accorder à des chansons? Icy tout se chante et si on se préoccupoit de pareilles sottises, ce seroit prendre au sérieux ce dont les auteurs eux mêmes ne se soucient guères et dont ils ne se souviennent même plus le lendemain : on ne vivroit pas; — il y a des choses plus graves que cela. — L’année dernière le roy et moy nous avons été mis sur la voie d’abominables libelles préparés contre moy et encore mouillés de la presse.— On a découvert que c’étoit une spéculation de fripon qui nous donnoit à nous mêmes ce dont il étoit l'auteur; — la chose qui me frappe le plus c'est l'obstination de certaines gens à me représenter comme une étrangère toujours préoccupée de sa patrie et françoise à contre cœur; c’est indigne, toutes mes actions prouvent que je fais mon devoir et que mon devoir est mon plaisir. C'est égal, les mauvais propos courent et les choses les plus simples deviennent de gros péchés. — L'autre jour n'y a-t-il pas un insensé qui m'a fait demander pour lui et une dame la

pertuission de visiter mon petit Vienne? il appe- ‘ 6

ge CORRESPONDANCE loit ainsi mon Trianon, ce qui m’a fait décou-

vrir que j'avois contre moi une coterie dont la malveillance accréditoit le bruit que Jj'avois ainsi débaptisé le présent que m'a fait le roy; — des escrocs et des intrigantes tournent autour des avenues du château, — pouvons nous être responsables de leurs menées? — T/indignation du roy quand il apprend des choses de cette nature par les ministres et par le lieutenant de police dépasse la mienne, mais la plupart du temps comment y remédier? en faire du bruit seroit ajouter au scandale. — Soyez de loin, mon cher frère, aussi indulgent et juste que le roy est bon pour moy; son estime est ma protection ; mais enfin quelque chose que vous ayez à m’écrire, écrivez toujours, j'aime mieux des reproches que lé silence. — J'ai besoin de bons conseils et d'avis, ne me les ménagez pas, car je sais qu'après tout ils partent de votre amitié et tendresse. Je vous embrasse quoique vous

m'ayez fait bien pleurer. —

PJ

Ce 26 novembre (1775).

A SON FRÈRE JOSEPH

Je vous l'ai déjà dit, mon cher frère, il n’y a rien de bien exact dans ce qui vous a été rapporté; notre position avec le duc d'Orléans est toujours la même et on a eu bien tort de vous nommer comme on l’a fait M'le duc de Chartres qui n’est nullement un mauvais joueur. Tout ce qui se fait de contes à Paris sur les Fontainebleau est inimaginable; la cour y est fort grosse, cela est vrai, et l'usage en France est en outre de laisser entrer tout le monde pour la table ronde, mais-ce que l'on vous a mandé n'en est pas.

moins déraisonnable. Depuis 8 jours je n’ai vu personne étant indisposée. |

Vous savez combien le roy est parfait pour moy, et 1l n’agit que d’après son cœur quand il est question de vous; je ne fais des vœux si ardents pour personne que pour vous, mais vous comprendrez que je ne sois pas libre aujourd’hui sur les affaires qui concernent la France;

vraisemblablement je serois fort mal venue à

8 | CORRESPONDANCE m'en mêler, surtout sur une chose qui n’est pas acceptée au Conseil. On y verroit foiblesse ou ambition. Enfin, mon cher frère, je suis maintenant francoise avant d’être autrichienne, et en cela je ne fais que me conformer aux conseils que vous m'avez laissés par écrit ; c'est le moyen de conserver l'estime et l’amitié du roy. Quant " à l'affaire de votre protégé elle est faite. J'apprends à l'instant que vous avez reçu ma lettre du 20 du mois dernier, j'en suis charmée, je voudrois multiplier les occasions de vous écrire et surtout de recevoir de vos lettres, je n'en aurai Jamais assez pour vous exprimer les sentiments d'amitié et d’attachement que je vous porte pour la vie. Je vous embrasse de tout mon

cœur en sœur deévouée.

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