‹ Correspondance inédite de Marie Antoinette (volume 2)Chapitre 21 sur 34 · MARIE DE WURTEMBERG · texte numérisé non relu

MARIE DE WURTEMBERG

Madame ma sœur, j'ai reçu avec une bien

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particulière satisfaction la lettre que vous m'a- . vez adressée, le roy a été aussi fort touché de celle de monsieur mon frèrele grand duc; vous avez laissé icy un souvenir ineffaçable et nous félicitons l’empire de Russie de l'espoir de vous posséder un jour comme souverains, j’aimerois à avoir une occasion de vous le prouver. — Il y a dans vos personnes une grâce et une amabilitc qui feront le bien général dans votre pays, et les lumières du grand duc en feront un prince accompli. — Jouissez de la vie, madame ma sœur, puisque vous êtes entourée de tous ses charmes, et rappelez vous que vous n'avez laissé icy que des amis. Je prie Dieu qu'il me fournisse de nombreuses circonstances de me rappeler à votre souvenir et à celui de monsieur le grand duc et de vous exprimer tous mes sentiments de haute estime et d'inaltérable amitié. Votre

bonne sœur et amie,

Versailles, le 21 juillet (1782).

A SA SŒUR MARIE CHRISTINE

Vous avez su, ma chère Christine, le départ du comte et de la comtesse du Nord; le roy a voulu leur dire adieu une nouvelle fois, et toute la famille royale est allée les rencontrer à Choisy. Après avoir visité la Bretagne et la Normandie, ils se rendront dans votre gouvernement par Ostende. Nos adieux ont été fort affectueux et ils se sont montrés tous les deux très sensibles à l'accueil qu’ils ont reçu. La cour a été enchantée du grand duc qui est très affable, instruit, bien renseigné, et qui avoit toujours quelque chose d’aimable à dire. Il étoit fort entouré des gens de lettres à cause des goûts de l’impératrice qui avoit icy des relations si assidues avec eux. Le roy n’a pas remarqué cependant qu'il eût adopté des opinions exagérées, du moins il s’est montré fort réservé à cet égard. Au fond, il a l'air d’un homme ardent et impétueux qui se

contient et il s’est trahi par quelques paroles. Je

n'ai su que bien imparfaitement l'effet qu'il a produit à Vienne. Pour la grande duchesse, c’est une belle personne qui a aussi une affabilité infinie; comme son mari, elle n’est étrangère à rien, elle est remplie de connoissances, mais je vous avoue tout bas qu’elle paroît trop vouloir en faire montre. Cependant, elle a laissé généralement une excellente impression, et si Je ne me trompe, elle a le cœur bon.

Ils ont vu Paris dans les plus petits détails et comme né l’ont jamais vu les gens du pays qui remettent toujours au lendemain. Depuis qu'ils sont partis, il nous revient de tous côtés sur eux des traits qui leur font honneur et des anecdotes sans nombre ; c'est à qui rapportera un de leurs mots. Du reste, vous jugerez vous même de ces voyageurs dans peu, et je serai curieuse d'en avoir votre opinion. |

Adieu, ma sœur chérie, est-ce que votre mari

n'est point à Bruxelles ?

Ce 20 avril 1783.

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