‹ Correspondance inédite de Marie Antoinette (volume 2)Chapitre 24 sur 34 · CS CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

CS CORRESPONDANCE

des de nos adieux, je veux vous embrasser de nouveau. Écrivez moi tout de suite comment vous avez fait votre voyage et comment vous êtes arrivés à Bruxelles; le bon duc n'étoit pas à son aise en partant, et je lui en veux un peu d’avoir voulu se mettre en route dans cet état malgré nos vœux. Je vais m’asseoir sur ce banc où nous allions vous et moi causer, ma bonne chère Christine, et renouveJer autant qu'il est en moi ce bonheur, en y rêvant; ma fille veut arroser elle même le petit parterre de vos fleurs préférées, ce sera pour elle vous respirer, et je donnerai votre nom au premier beau chrysanthème qui réussira. Je n'ai point, comme vous vous y étiez attendue, recu ce matin de nouvelles de l’empereur; je le crois maintenant revenu de Hongrie. Encore une fois donnez moi de vos nouvelles; le roy n'a pas’tari sur vous depuis votre départ, et votre nièce qui est si peu parlante tarit moins encore. Je vous em-

brasse du fond du cœur.

Ce 1° septembre (1786)

A SA SŒUR MARIE CHRISTINE

Je n'ai pas besoin de vous dire, ma chère sœur, quelle est toute mon indignation du jugement que vient de prononcer le parlement pour qui la loy du respect est trop lourde ; c’est une insulte affreuse, et je suis noyée dans des larmes de désespoir. Quoi, un homme qui a pu avoir l'audace de se prêter à cette sotte et in. fime scène du bosquet, qui a supposé qu'il avoit eu un rendez-vous de la reine de France, de la femme de son roy, que la reine avoit reçu de lui une rose et avoit souffert qu'il se jetât à ses pieds, ne seroit pas, quand il y a un trône, un criminel de lése majesté, ce seroit seulement un homme qui s'est trompé ! C’est odieux et révoltant ; plaignez moi, ma bonne sœur, je ne méritois pas cette injure; moi qui ai cherché à faire tant de bien, qui ne me suis souvenue que J étois fille de Marie T'hérèse, que pour me mon-

trer ce qu'ellem'a r en m'em- | v

154 CORRESPONDANCE brassant à mon départ, francoise jusqu’au fond du cœur, être sacrifiée à un prêtre parjure, à un intrigant impudique! quelle douleur! mais ne croyez pas que je me laisse aller à rien d’indigne de moi, j'ai déclaré que je ne me vengerois jamais qu’en redoublant le bien que j'ai fait. Je n'ai pas besoin de vous dire que le roy est indigné, il exile le cardinal à la Chaise Dieu, et Cagliostro est chassé de France. Adieu, mes enfants se portent bien, nous vous embrassons

tous et vous serrons sur notre cœur.

Ge 24 mars 1787.

A SON FRÈRE JOSEPH

On m’annonce, mon cher frère, que par exception un courrier va partir tout à l’heure venant de Londres, je n’ai que le temps de vous

embrasser et de vous remercier de votre der-

DE MARIE ANTOINETTE. 155 nière lettre à laquelle je répondrai bien longuement par une occasion très prochaine.

Que vous dire de notre assemb : des notables? Je n’en augure rien de bon, cela agite les esprits et peut mener beaucoup trop loin. On est à peu de chose près au même point que les premiers jours, on a mis sur le tapis une foule de questions auxquelles je ne comprends rien et personne pas grand chose; après bien des débats l’impôt sur la terre a été renvoyé pour les dernières ass : les gabelles, les aides, les barrières de l’intérieur, que sais-je ? mais l’ass : a perdu infiniment de temps à épiloguer le dernier discours de M. de Calonne à qui on n’accorde pas grande confiance, mais méfiance à part on s'occupe plus de diriger contre lui des batteries que de faire le bien de l’état. Le roy est décidé à laisser aux . notables le temps et la liberté de tout peser et de tout dire, bien entendu qu'il se conduira ensuite d’après sa volonté et son cœur à qui Je me fie plus qu'aux discours des parleurs qui font le diable sur les priviléges. Je ne crois pas que l’assemb : puisse finir à la Pentecôte et je ne

sais ce que cela produira ; rien de bon, je le

156 | CORRESPONDANCE crains, voila la vérité. Adieu, mon cher frère, conservez moi votre amitié que je mérite par la

tendresse que je vous porterai toute la vie.

(Fin juillet 1787.)

Vous avez pris la peine de faire mes commissions, monsieur, il est bien juste au moins que je vous dise où nous en sommes ; le lit de justice est pour lundi, le g : d : s' : est convenu de donner sa démission tout de suite après, vous connoissez mes sentiments sur cette démission qui quoique fâcheuse devenoit nécessaire. Adieu, monsieur, comptez toujours sur l'estime et la

confiance que je vous ai vouée pour la vie.

! Garde des sceaux.

(1787.) A M. LE COMTE DE MERCY

La reine prie M" de Mercy de dire à Salieri‘ qu'il fasse copier quelques morceaux de son opéra, nommément le duo, et qu'il les lui porte samedi à midy, elle sera bien aise de faire de la musique avec lui. La reine prie M" de Mercy, en même temps, de lui donner de ses nouvelles, elle espère qu'il ne se ressent plus de son incom-

moditc.

Jusqu'à présent, M" de M : n’a parlé à M" N?: que comme de lui même. Par sa lettre d’hier il marque que ce sera aujourd'hui qu'il recevra une réponse définitive, que M' N : s'occupe pourtant de l’état actuel des finances, apparem-

* Salieri vint à Paris en 1784 et 1787, et fit représenter successivement ses opéras des Danaides et de Tarare.

? Necker, lorsqu'il fut chargé pour la seconde fois du

ministère des finances.

158 CORRESPONDANCE ment pour voir ce qu'il pourra faire. M' de M: avant de recevoir la réponse définitive pourroit dire que jusqu’à présent 1l n’a parlé que comme de lui même, mais qu’à présent il sait que le roy est informé de la négociation et qu'il l’approuve, qu’il désire remettre M" N : à la tête des finances, que celui cy entrera au conseil et sera absolument libre dans sa partie, que le roy pense qu'après une opération fâcheuse, mais qui étoit nécessaire dans les circonstances, quelque chose que M N : propose, elle ne pourra qu'être ap- | prouvée dans le public et qu'il fera renaître la confiance; que le roy est fermement résolu de tenir les états à l’époque indiquée, et de concerter avec eux les moyens de remplir le déficit et d'empêcher qu'il ne se renouvelle; que le roy ne pourroit pas s'engager préalablement à la rentrée des parlements, mais qu’il s’occupe de cet objet pour la fin des vacances en conservant le bienfait au peuple par le rapprochement de la justice; si M° N : pensoit qu'on peut faire encore des retranchements, 1l peut être sür que rien ne coûtera au roy de ce qui le regarde per-

sonnellement. .

Ce 3 aoust 1788.

AU COMTE DE MERCY

Pour des nouvelles je ne peux vous en mander de nouvelles, tout est toujours dans le même état. Les états généraux paroissent sûrs pour le courant de l’année prochaine; le roy vient de faire publier une loterie de douze millions pour aller au secours des malheureux ruinés par les orages affreux qui ont dévaste 50 lieues de Pays ; le roy se montre toujours le meilleur des pères, mais parmi ses enfants il y a toujours bien des fous ; voilà tout ce que je peux vous dire. J'ai été fort inquiète réellement de la santé de ma fille, sa fièvre tierce a été opiniâtre, et J'ai veillé deux nuits auprès de son lit, le roy étoit avec moi toute une nuit, la pauvre petite nous a dit des choses si tendres qu’elle nous en a fait pleurer; elle est mieux maintenant, elle a été un peu à l'air qui lui a fait du bien. Adieu, monsieur le comte, vous savez quels sont mes sentiments pour vous. |

Voilà un brouillon de lettre à écrire à l’assemblée pour l'affaire: des domaines, je vous prie de me mander si vous croyez que le roy doive écrire lui même ou par-un de ses ministres, il me semble aussi que si le roy écrit lui même, il faut que ce soit d'une manière plus concise, qu'il dise une phrase de plus sur le lieu de naissance d’Henry quatre et un mot de respect pour les biens de l’église dont il ne vouloit faire qu’une fondation pieuse; enfin je vous prie de m’arranger quelques idées, il seroit pressant d'envoyer le papier ce soir d’une manière ou d'autre.

Ce 24 juillet 1789".

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