‹ Correspondance inédite de Marie AntoinetteChapitre 14 sur 33 · A M. LE DAUPHIN · texte numérisé non relu

A M. LE DAUPHIN

Monsieur le dauphin et cher frère, je votis remercie des expressions si pleines de bienveillance que vous employez envers moy, j*en suis bien profondément touchée et honorée et je sens tout ce que tant de bontés de votre part m'impose d'obligations ; l'exemple et les leçons de ma glorieuse et tendre mère m'ont élevée à

l'accomplissement de tous mes devoirs, et avec

i COHniCsI'OSUA.NCE

l'aide de Dieu j'espère par tous mes efTorts rendre digne de la nouvelle destinée qui m'est faite. — Vous voulez bien demander que mon consentement à voire choix accompagne celui de l'impératrice reine et vous avez besoin, dites-vous, de me tenir aussi de moy même; je peux vous répondre, puisqu'elle m'y autorise, que j'ai reçu avec autant de plaisir que de respect les ordres de ma mère, vous ti-ouverez en moy une épouse fidelle et dévouée n'ayant d'autres pensées que de mettre en pratique les moyens de vous plaire, de mériter votre attachement et de me montrer la digne fille de votre auguste ayeul. C'est dans ces sentiments bien sincères que je me plais à me dire, monsië^^ le dauphin et cher frère,

Votre bien afiectionnée et dévouée sœur,

Marie ANTomETTK.

Vienne, ce 27 mars 1770 '.

' A cette époque Mnne-Antuii:t'Uc n'avait que quinze «ot.

DE MAKIE ANTOINETTE. U

• (Fin avril 1770)

MADAME MA CHÈRE MÈRE

Je ne quitte pas sans une vive émotion et un serrement de cœur la dernière ville frontière de votre empire; avant de traverser les derniers états qui me séparent de ma nouvelle patrie je demande à couvrir vos mains de mes baisers et v<^us remercier comme je le sens pour toutes les bontés maternelles dont vous m'avez entouré.. L'image de ma bonne mè,*, de toute m. famille, de mes bonheurs d'enfance me sera toujours présente en même temps que vos conseils seront toujours devant mes yeux ; — j'arriverai sans expérience dans un pays nouveau qui m'a adoptée sur votre nom , je tremble à l'idée que jç ne répondrai pas à l'attente; le peu que je pourrois valoir c'est à vous que je le devrois, mais maintenant je sens que je n'ai pas assez profité de vos leçons si tendres ; que vos bontés me suivent, je vous en conjure, je les mérite par le respect profond et l'amour sans bornes que je vous porte. —

Adieu, mes frères et sœurs, pensez à la jeune Françoise et aimez la, — j'offre tous mes baisemains et respects fidelles à ma bonne maman.

Marie Antoinette.

(Commencement de mai 1770} A SA SOEUR MARIE CHRISTINE •.

Ma chère Christine, la seule à qui j'osç parler à cœur ouvert, je suis arrivée à Augsbourg aussi navrée que la dernière fois que je vous ai écrit. Adieu, bonne sœur, adieu! je suis trempée de larmes, je ne les ai essuyées que pour écrire à notre bonne mère en quittant les frontières de l'empire; pourquoi l'affliger, que diroit elle si elle me sçavoit plustôt disposée à rebrousser chemin qu'à courir à l'exil? Oui, l'exil ; destinée cruelle que celle des filles du trône, qui ne peu- \entguèresse marier qu'aux extrémités de la

* Mariée au duc de Saxc-Tesclicii, gouverneur des Pays- Bas nutrichiens.

DE NABIE ANTOINETTE. 5

terre; elle avoit bien raison, notre sœur de Naples, quand elle disoit qu'on la jetoit à la mer. J'étois entourée de soins, de tendresses d'une famille que j'adorois, et je vais à Tinconnu ; enfin il faut me taire, car notre mère ne peut avoir consenti à ce qui seroit mon malheur : elle m'a dit tant de bien de M' le dauphin. Pardonnez moy, aimez moy, et laissez moy pleurer et vous embrasser en même temps.

Marie Antoinette.

Versailles, ce i6 may (i^yo)*.

MADAME MA TRÈS CHÈRE MÈRE

Je me suis échappée du grand cercle dans ma grande toilette de mariée pour m'acquitter de la promesse formelle que j'avois faite à ma chère maman de lui écrire ce mot tout de suite après que la messe de mariage auroit été célébrée.

Je suis dauphine de France; déjà, à genoux en présence de celui qui dispose de tout, j'ai

l Cette lettre a été reproduite par M. Feuillet dans les Causeries (fun Curieux.

A SA SOEUR MARIE CHRlSTiNE.

Comment voulez VOUS, chère bonne Christine, que je tous donne des détails ? J'ai commis une imprudence en vous en promettant. — Je suis tellement étourdie et bouleversée que je ne sçais à quoi entendre. Il se fait autour de moy un bruit et une agitation que je ne dois pas apercevtur pour ne pas paroitre comme vous le dites empruntée; — je me tiens de mon mieux et je me laisse faire , ce qui me gêne c'est que tout le monde me regarde comme une bête curieuse et ne me quitte pas des yeux.

Les grandes scènes ont commencé au Rhin,

on m'a conduite dans une île où j'aurpi^ été bien heureuse d'être un peu seule comme Robinson pour me recueillir, mais on ne m'en a pas laissé la liberté ; on m'a comme emportée ' dans une maisonnette dont un côté étoit censé l'Allemagne, l'autre la France, à peine m'a-t-on laissé le temps de faire une prière et de penser à notre bonne chère maman et à vous tous mes bien aimés du petit cabinet ; les femmes se sont emparées de moy — m'ont changée des pieds à la tête. — Après cela sans me laisser respirer on a passé dans une grande salle, on a ouvert le côté de France, et l'on a lu des papiers; c'étoit le moment où mes pauvres dames dévoient se retirer, elles m'ont baisé les mains et ont disparu en pleurant. Dieu! que j'avois envie de les embrasser ! -^^

Alors on m'a présenté ma maison françoise, et j'ai quitté mon île pour entrer dans Strasbourg — du canon, des cloches, plus de bruit que n'en mérite votre petite sœur. J'ai logé à la cathédrale, et les présentations, avec des compliments à perte de vue ont commencé. Je m'en suis tirée en dauphine un peu novice, m

8 CORRBSPONDANCB

n'a pas mal fait. Après le grand couvert il y a eu une fête très folle à Bacchus qui étoit dansée par des vignerons ou des tonneliers qui prenoient toutes sortes d'attitudes avec leurs «erpettes et leurs cerceaux, et puis après comédie, illuminations, concerts, bals et encore des compliments. J'aurois donné tout cela pour un peo de paix et de repos ; il y avoit cependant des moments bien agréables, c'est quand des processions de jeunes filles venoient m'apporter des bouquets, il y auroit eu de quoi paver toutes les cours de la burg '. —

A Nancy, je n'ai pas manqué d'aller voir nos sépultures de famille et je me suis rappelé que nous répétions ensemble ce vers d'Esther : — J'irai pleurer au tombeau de mes pères. C'est à un endroit qu'on appelle le Pont de Berne dans la forêt de Compièg^ie, que j'ai vu le roy et M** le dauphin mon seigneur et maître, qui étoient venus à ma rencontre, — notre chère bonne mère vous aura dit comme j'ai été reçue. — IM** le dauphin ressemble beaucoup

Du cliAtcau.

à son portrait, et pour vous faire endèver je vous dirai que le roy a dit que je suis mieux que le mien.

Au château de la Muette où Ton s'est rendu après avoir couché à Compiègne, le roy m'a remis une magnifique parure, et puis il est parti pour Versailles avec toute la famille royale et m'a laissée à la Muette où j'ai couché. C'est le seul moment où j'ai pu penser à moy même et me donner le plaisir de causer en idée avec vous tous, que je vous ai embrassée et serrée bien fort.

Enfin le 1 6 je suis arrivée à Versailles à i o heures, et le roy qui est venu tout de suite me voir m'a entretenue bien longtemps avec une tendresse extrême, il est très bon et c'est impossible de ne pas l'aimer.

Je pense bien, chère bonne sœur, que vous ne vous attendez pas à ce que je vous raconte de point en point la cérémonie du mariage, j'étois si émue que tout s'est passé comme un éclair et que j'ai regardé sans le voir ce qu'on m'a apporté de belles choses en cérémonie ; il s'agit bien de parures pour moy, trop de sentiments

me serrent le cœur, j'ai trop de souvenirs qui se combattent ; mes nouveaux devoirs me donnent trop à penser pour que je songe à autre chose. Adieu, chère bonne sœur, je vous embrasse comme autrefois, vous et votre mari ; priez pour moy et embrassez vous à mon intention.

M^ le dauphin vient de me faire cadeau d'un livre d'heures qu'on lui a présenté et qui est tout rempli de superbes vignettes dessinées à la main par un peintre de Lyon ; je ne sors pas du brouhaha des fêtes, on m'en annonce encore une. Adieu encore.

Marie Antoinette.

Versailles, ce a juin 1770 K MADAME MA TRÈS CHÈRE MÈRE.

La journée de mon inaiîage avoit bien commencé, je n'avois pas oublié ce que ma chère maman nous disoit si souvent en famille que la joie du peuple fait les vraies fêtes des princes,

* ^vproduiieihnslvs Causeries d UN Curieux.

je me réjouissois de voir se préparer une vraie fête publique, quand tout à coup, au moment de la cérémonie, il a éclaté un orage si affreux qu'il a chassé tout le monde des jardins. Le soir les illuminations ont été noyées et cela a empêché toutes les réjouissances. Nous avons été bien plus malheureux encore à Paris le 3o, au feu d'artifice des fêtes de la ville ; la foule étoit si grande qu'il y a eu des accidents horribles, des centaines de personnes écrasées. Nous demandons coup sur coup des rapports, mais je crains bien qu'on ne nous dise pas tout, nous

aurons beaucoup à faire pour faire oublier ces

affreux malheurs, et j'aurois besoin des conseils de ma chère maman pour m'affermir et me rendre digne de cette tâche difficile. M' le dauphin est désespéré et n'a pas été en arrière de son devoir, moy je n'en dors plus et j'ai toujours devant les yeux cette foule de victimes dont nous avons été l'occasion ; le roy et toute la famille royale redoublent de bonté pour moy, mais je suis inconsolable, je redoute beaucoup le jour où M*" le dauphin et moy ferons notre entrée publique dans Paris.

IS C0RRE8P0KDANC8

Je demande pardon à ma chère maman du ton si triste de cette lettre, mais ces malheurs sont mon unique pensée ; j'ai besoin de m'appuyer sur le cœur de ma chère maman et d'être assurée qu'elle me permet de lui dire tout et que personne ne l'aime avec plus de respect et de tendresse que moy.

Marie Antoinette.

L'abbé * m'a été très utile dans toute la calas* trophe.

Versailles, ce i3 juîn 1770.

A SA SOEUR MARIE CHRISTINE

J'ai reçu ce matin votre lettre de Presboui^, ma clière bonne sœur, et j'en ai été bien heureuse, il m'a seml)lé un instant être au milieu de \ous. Je sens eneore vos joues sur les miennes, e*t si je n'étois étourdie par le tourl)il]on et le s()uv(*nir toujours présent des malheurs de Paris, je ne pouirois ni'empêeher de rire des plaisanteries et saillies de l'eniperenr que vous

' L'ablu' (le Vermond.

me rappelez, il se moquoit de la dauphine en biscuit de pâte tendre, la voilà déjà en or et en bronze ; les médailles que vous a envoyées M"^ le dauphin, vont vous arriver. — Nous n'avions plus rien à donner aux pauvres familles victimes, M*^ le dauphin et mpy nous avions donné tout ce que nous devions avoir de longtemps ; le roy est venu à notre secours; j'apprends tous les jours quelque malheur nouveau, on nous avoit beaucoup caché.

Voi|jBi||f^^ si j'ai déjà vu rétablisse-

iaea%ié0&Sds nobles de Saint-Cyr, c'est une des.Bp|ppières choses dont j'avois parlé, j'étois tres^eurieuse de voir cette maison si célèbre, elle ne me paroît pas très favorite aujourd'hui; je l'ai visitée en détail il y a une . huitaine de jours avec M' le dauphin, ses frères et la petite farouche Elisabeth qui deviendra très gentille et ne quitte pas ma main. On ne jure là que par Louis XIV et par madame de Maintenon, la supérieure nous a montré Tendroit où les pen sionnaires jouaient les pièces de Racine devant le roy, et les élèves nous ont donné le divertissement d'une petite pièce en musique; si je

pouvois oublier que je suis dauphine de Fiance, j'aurois lieu de m'en souvenir, car la 'pièce étoit encore sur mon mariage, il y a voit de jolies voix et ça été vraiment très charmant, — toutes ces jeunes filles avec Ieut*s ceintures avoient Tair d'oiseaux de toutes couleurs qui ne demandoient qu'à s'envoler, il y en avoit une qui vous ressembloit, et notez que c'est elle qui chantoit le mieux. — Au retour, le roy a eu la complaisance de me demander le récit de toiit^oe que j'avois vu, et il m'a parlé à ce prâ||p|^||irei^ the grande bonté ; il s'est informé de riS|f établissements d'éducation de jeunes filles, je lui ai dit tout ce que je sa vois, et ça été une occasion pour lui de dire toutes sortes de bien sur notre bonne mère, j'ai appris alors que les filles du roy n'ont pas été élevées à Saint-Cyr mais dans un couvent très loin en province oii elles faisoient le plus souNent tout ce qui leur plaisoit et n'avoient rien appris, elles savent cependant beaucoup de choses, mais elles l'ont appris depuis.

Hier a été un grand jour, la fête Dieu, la procession a-t-elle été tj es belle à l^resbourg?

Depuis le grand bal du comte de Mercy et ses distributions de pain et de vin au peuple en rhonneur de mon mariage, il y a eu encore une grande fête chez l'ambassadeur d'Espagne; heureusement que Ton commence à en sortir, ça m'excède et j'ai besoin de respirer et de parler d'autre chose. 11 pleut des poésies, et mon bibliothécaire, car le roy m'a donné un bibliothécaire, auroit fort à faire s'il ramassoit tous les vers françois et italiens qu'on fait sur mon mariage. Ma vie est sans autres incidents, M** le dauphin parle très peu, il est timide, très peu démonstratif, mais il est bon pour tout le monde ; il n'y a pas cercle régulier chez le roy, je SUIS très souvent avec ma tante Victoire, c'est moy qui me suis donné la charge d'arroser les fleurs de sa fenêtre, quand il y a cercle de famille on est plutôt sérieux et triste que gai, il y a cependant des jours que le roy dit des choses aussi agréables que j'en ai jamais entendu, mais en général il ne parle pas.

Il y a quinze jours que l'on doit avoir à Vienne M' de Stainville qui aura parlé de moy. Adieu, ma chère Christine, je vous embrasse sur vos

joues vous coadjuteur ^

Marie A.ytoinette.

Marly, ce 28 juin 1770.

\ SA SCKUR MARIE CHRISTINE

Ma chère bonne sœur, si je suis une dauphine en pâte tendre je suis aussi une Diane chasseresse, et sa majesté l'empereur et M' le coadjuteur sauront que j'ai chassé le daim ces jours derniers, il est vrai que je n'ai pas sur la conscience de lui avoir fait aucune blessure ; M' le dauphin chasse comme un ancien de l'ordre teutonique. Sachez aussi qu'on me dédie des Hvres, mon bibUothécaire va être occupé. — Il y a icy assez de quoi lire, et comme les afTaires sont très peu nombreuses je lis, ou M** le dauphin me fait la lecture, ou je fais de la musique;

' L'archiduc Maximilien, soa frère, né le 8 décembre i y56, ilepuis élecleur et arcbe\èque de Cologne et évêque-prioM de MuasUT.

DE MARIE ANTOINËITI::. 17

j'ai là sur la table un abrégé de l'histoire d'An-

gleterre par un abbé Millot, j'en ai lu et cela m'a intéressée, j avois vu auparavant quelques parties de l'histoire de France par le même qui ne m'ont pas plu, tant le commencement surtout est obscur et ennuyeux; pour bien connoître l'histoire de ce pays j'ai demandé un livre sur les familles.

Je n'aime pas beaucoup la musique Françoise, elle a quelque chose de vuide qui m'étonne; avant de quitter Versailles j'ai entendu un petit garçon de 9 ans qui a composé des sonates assez jolies et les a jouées très habilement sur le clavecin, il a joué aussi bien plusieurs morceaux d'autres auteurs, je me suis amusée à lui donner des morceaux allemands, et il en a essayé un à livre ouvert et s'en est très bien tiré; si quelque bon musicien d'Allemagne protégé par l'impératrice reine vient icy adressez le moy.

Adieu, vous allez , trouver que ma lettre est bien vuide comme je trouve la musique françoise, mais je vous ai promis de vous faire vivre avec moy, et quand il n'y a pas d'événements je

MADAME MA TRÈS GHÈKE MÈHE,

Je suis icy depuis la fin du mois demiflt| comme je l'ai dit à ma chère maman, et je me] reproche de ne pas avoir été assez respectueuse pour lui écrire plus d'une fois ce mois cj' ; vie, quoique je n'aie rien à faire, est cependant très affairée, elle ne ressemble en rien à ce qu'elle étoit à Vienne ou à Schœnbninn, la vie de famille icy est encore une représentation, et on ne peut pas se laisser aller et s'écouter vivre, mais je suis décidée à me faire à tout. J'ai voulu suivre le conseil de l'empereur et j'ai chargé l'abbé de me procurer des notes sur les familles du pays atin de parler à chacun comme il convient; j'ai eu la preuve de l'avantage d'un pareil soin il y a deux, jours, je devois recevoir le com*

pliment du duc de Villequier, je me suis fait donner de bons mémoires sur sa famille et je lui ai parlé en conséquence, il a été flatté au dernier point et en avoit les larmes dans les yeux, — le roy en a été satisfait parce qu'il a du goût pour le duc. — Du reste, ma chère maman sait qu'on n'a pas icy des plaisirs bien variés , la soirée quand il y a jeu. est très fatigante, je m'observe le plus que je peux pour ne froisser personne et je de suis pas certaine qu'il en soit toujours de même envers moy, mais je me méfie de mon jugement, le roy est si bon. M** le dauphin est si poli à mon égard que je suis heureuse ; notis avons de temps en temps la comédie qui est quelquefois assez amusante, ce qui m'a le plus divertie jusqu'icy a été une pièce appelée Rose et Colas que je voudrois voir représenter devant ma chère maman pour la distraire de ses grandes affaires, c'est très gai, très réjouissant, — j'entre dans ces détails d'enfant puisque votre bonté m'y a engagée à mon départ. ^ Il y a une surintendance de la musique du roy qui passe pour habile mais qui amuse peu , — avant hier à la fête du roy qui est aussi celle de M"* le dauphin

coure:î^punuani.e on a fait exécuter sur le violon des symphonies qui ne m'ont pas beaucoup charmée. Je voudrois un peu de musique allemande, mais je a'ose pas i trop vanter notre Gluck de peur de contrarier, J el j'attends une occasion pour en glisser. |

11 y a eu cercle des ambassadeurs et j'ai entretenu M. de Mercy; je suis fâchée de n'avoir pas l'occasion de le voir plus souvent, un homnw ^ aussi sensé et dévoué qui connoit si bien la coar,fl seroit d'un bon conseil, des mots qu'il ni'at m'ont beaucoup appris. — Que ma bonne mèroj me pardonne si je lui avoue que j'ai des i tants de noir que j'ai de la peine à secouer, je m'en veux et je prends le dessus — cela tient sans doute au changement d'existence et à moo éloignement de mes anciennes tendresses, je me reporte sans cesse au temps où vous daigniez nous admettre près de vous et me dire de ces mots qui sont aujourd'hui comme mon évangile. Je demande à ma chère maman la permission de lui baiser bien respectueusement les mains, j'embrasse mes sœurs et frères.

Mabie Antoinette.

DB MARIE Al^OINSTTE. si

Le 17 j'ai assisté particulièrement à une messe des morts en commémoration de mon boli père, ma tante Victoire étoit avec moi.

Versailles, ce 1 3 septembre 1770.

MADAME MA TBËS CHÈRE MËRE,

Je suis retournée à Saint-Cyr il y a quelques jours pour donner le voile à une demoiselle pensionnaire très intéressante, la cérémonie a été aussi touchante que possible; j'ai toujours été effrayée de cette vie qui sépare à jamais du monde, il faut pour s'y résigner une grâce bien grande, et en prenant part à la cérémonie je me demandois si c'étoit une morte dont je clouois la bière, elle avoit bien une autre pensée et elle avoit l'air d'une ange qui épouse J. C. Je suis sortie de là très émue et très édifiée. Je n'ai pas été quitte des émotions de ce genre, j'en ai eu une autre plus forte encore, car quelques jours après je suis allée au couvent des carmélites de Saint-Denis pour donner le voile à ma tante

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