‹ Correspondance inédite de Marie AntoinetteChapitre 17 sur 33 · DUCHESSE DE PARME · texte numérisé non relu

DUCHESSE DE PARME

Ma chère bonne Amélie, je vous remercie de ce que vous m'écrivez sur l'état de M*" le dauphin. Son accès de fièvre n'a plus reparu* Cette attention est d'autant plus aimable de votre part que vous êtes dans un état à songer avant tout à vous même. J'ai voulu vous en écrire, malgré ma lettre d'avant hier; nous avons été bien intéressés, M** le dauphin et moy, à regarder le beau livre que nous a remis de votre part le comte d' Argental sur les fêtes de votre mariage ; les estampes sont très bien faites. J'ouvrirai souvent ce livre là pour me retrouver avec vous. L'Italie, comme me le répétoit si souvent le bon Métastase, est toujours le pays des arts.

Notre vie icy est le mouvement perpétuel, quand il y a ce qu'on appelle appartement et '

^ Mariée, le 27 juin 1769, à Don Ferdinand, infant d*Espagne, duc de Parme, de Plaisance et de Guastalla.

CORHESPONDANCF,

jeu. Le roy continue à être très bieu pour moy ; la petite maladie de M"" le dauphin l'avoît d'abord rendu sombre, sa convalescence l'a tout ouvert, et il s'est montré très affectueux et gai. Nous partons demain avec le roy, Mad. Adélaïde, Mad. Victoire et Mad. Sophie pour Choisy d'où je vous écrirai pour avoir de vos nouvelles et vous dire combien je suis heureuse d'être tante.

Je trouve que vous n'entrez pas dans assez dé détails sur votre vie à Parme. Faites moy donc vivre avec vous.

Adieu, chère bonne, je vous embrasse de tout mou cœur ; non seulement je ne trouve pas mauvais que M' le Duc m'embrasse, je le lui rends en bonne sœur. J'ai reçu ce matin une lettre de Christine ; la grande duchesse de Toscane et son mari sont à Schœnbrunn avec le duc de Courlande et ne partiront pas avant d'avoir assisté à la fête de notre chère maman. Faites bien mes compliments à Monseigneur le duc de Parme.

Marie Antoinette.

Versailles, ce 27 décembre (1770).

MADABIE MA TRÈS CHÈRE MÈRE

Ce sera, je n'en doute pas, pour votre souvenir comme il en est pour mon cœur, mal finir Tannée que d'apprendre que les rumeurs dont je lui avois parlé depuis longtemps se sont réalisées. Le roy a remercié le duc de Ghoiseul, et le ministre s'est retiré dans la Touraine à sa terre. Même compliment a été fait au duc de Ghoiseul Praslin^ j'ai été bien émue de cet événement, car M' de Ghoiseul a toujours été un ami de notre famille et m'a toujours à l'occasion donné de bons avis, on a beau être dauphine de France on n'en est pas moins quoi qu'on fasse une étrangère; je ne sais si je me trompe, mais autour de moi on a l'air de s'en souvenir, et si le bon duc s'en souvenoit c'étoit pour m'indiquer en quelques petits mots souvent indirects mais pas équivoques, les moyens de le faire oublier; je lui suis redevable et je ne suis pas ingrate, il est si

M CORRBSPONDAVCE

difficile de contenter tout le monde. Je finis par où j'aurois dû commencer, je prierai ma chère maman d'agréer tous mes souhaits respectueux pour la nouvelle année ; c'étoit une fête bien douce pour nos cœurs, pour le mien en particulier, quand nous nous pressions à cette occasion là pour lui baiser les mains et lui demander * sa bénédiction. Donnez la moi, ma très chère mère, ne me ménagez pas vos conseils pour rae soutenir dans les pas difficiles et conservez moi vos bontés. M*" le dauphin écrit à ma chère maman.

Marie Antoi nette.

Versailles, ce 3 janvier ijyi'

A SA SŒUR MARIE CHRISTINE

Bonjour bon an, ma chère duchesse; j*ai été si fort absoibée par les cérémonies du jour de l'an que je n'ai pu vous écrire, je vous embrasse d'abord ainsi que votre bon duc et puis je vous fais mon compliment sur notre future belle

sœur^, j'en fais mes baisemains à l'auguste Ferdinand. J'anrois voulu vous avoir avec moy dans la tribune à la cérémonie de l'ordre du S* Esprit, le c*" d'Artois a été d'abord reçu chevalier de S^ Michel , le nouveau chevalier marchant devant le roy s'est rendu processionnellement à la chapelle en habit de novice ce qui lui alloit très bien ; il y a eu plusieurs réceptions^ ^-- lé roy en manteau avec le grand collier de Tord^ et celui de la Toison d'Or^ étoit tout à fail4tÉH)^^ et majestueux , M^ le dauphin a

bien repi^enté sous son grand costume, M' d'Artois a été reçu chevalier du S* Esprit par le roy, et quoiqu'il eut un peu l'air d'un page qui tient son sérieux, il s'est conduit à merveille; — après. M' le chevalier a reçu nos compliments comme un empereur romain, et nous n'avons pu venir à bout de le faire rire. — Sur un mot du roy j*ai commencé le mois dernier à donner dans mon appartement des petits bals toutes les semaines jusqu'au carême; ils sont charmants, j'en ai

^ Marie-Béatrix d'Esté, fille du duc de Modène.

30 CÛBRESPONDANCE

donné la direction à madame de Noaille* qui est d'une sévérité exemplaire sur les détaiU à être ennuyante ; toute la famille royale, les princes du sang et les principaux de la cour y figurent. Adieu , chère bonne sœur, je vous embrasse bien tendrement.

Versailles, ce 7 janvier ( A SA S(£UR MARIE CHRISTINE.

C'est avant hier seulement, ma chère Christine, que j'ai reçu votre lettre. J'ai sur le champ ordonné à une de mes femmes qui est très intelli;;ente, de faire exécuter votre double commande. Vous aurez une poupée avec les étoffes de Lyon, et le joaillier sera bientôt à l'oeuvre pour les dessins que je me ferai montrer. Je pressei'ai la besogne quoique le mariage ne soit

pas prochain. Je commanderai aussi un présent pour mon compte.

Donnez moy des détails sur cette petite Modène, notre future belle sœur. Il me tarde de voir apparoître l'étoile Joséphine. Monsieur de Provence tient la tête encore plus haute depuis qu'il sait que son mariage a été déclaré par le roy de Sardaigne et que sa fiancée en a reçu les compliments officiels. Il glisse sur ses pointes, mais sans se dérider davantage. Monsieur d'Artois, toujours monté en gaieté, et qui a un mot sur tout, a déclaré qu'il veut aussi enlever une Sabine ; or, on attend icy la bonne princesse Christine de Saxe, dont vous connoissez la figure; Monsieur de Provence lui a dit que c'étoit son fait et lui a conseillé de l'enlever, ce qui a redoublé les rires ; le roy lui même n'a pu s'empêcher de faire comme nous.

Madame d'Helmstadt ne m'a pas encore fait demander à me présenter la comtesse d'Hunolstein que vous me nommez; je la recevrai bien par amour pour vous et pour sa famille.

I COKPIilSPONDANCE

Adieu, adieu, chérissime sœur, je vous aime

' bien tendrement.

MADAME MA TRÈS CHÈRE MÈRE

Vous devez être en ce moment dans les plus fortes gelées et la cour peut se donner le plaisir du traîneau ; on a pris icy ce plaisir de temps en temps, et les repas qui ont suivi ont été fort agréables, M^ le dauphin s'y est montré plus gai qu'à l'ordinaire. Les comtes de Gothland * et d'Enland sont icy de tout, depuis plusieurs jours ils soupent chez le roy et ils ont

' Ltt prince royal de Suéde, qui devint roi le même mois, sous le nom ^e Gustave III.

rx

assisté à mon bal ; ils ont encore soupe chez le roy à Marly et on leur prépare une chasse ; la princesse de Saxe Christine \ arrive aujourd'hui. — C'est le duc de S^ Mégrin qui a été désigné pour aller recevoir à la frontière ma nouvelle belle* sœur ^ et qui la conduira à Fontainebleau ; nous avons encore du temps, car rien n'est prêt de part ni d'autre et la maison de madame de Provence n'est pas encore désignée ; ce sera pour le mois de may. J'ai lu encore plusieurs mémoires sur les familles, mais en ce moment je n'ai guère de temps pour faire aucune lecture. Je n'ai que très peu de livres allemands, et mes seuls ouvrages italiens sont ceux de mon cher abbé Metastasio, celui de tous mes maîtres qui prenoit le plus de zèle et de plaisir à m'apprendre quelque chose ; il y a icy beaucoup trop d'étiquette pour que Ton vive de la vie de famille, le roy est toujours ce que je l'ai trouvé à mon arrivée, très bon pour moy, mais il reste en son particulier et il a rarement grand couvert; tous les membres de la fa-

' Tante maternelle de Louis XYI, abbesse de Remiremont.

* Louise de Savoie. •>

font de même, et quoiqu'on habite dans le mêni' palais on est loin de se réunir tous les jours; ma tante Adélaïde m'intimide un peu, heureusement que je suis favorite de ma tante ■Victoire qui est plus simple ; on voit le roy an moment on il sort, un éclair; — pour la tante Sophie elle n'a pas cha , au fond, j'en suis sûre,

uneàmed a toujours l'airdetom-

ber des nues, elle res a quelquefois des mois sans ouvrir la boncl je ne l'ai pas encore pu

voir en face ; je t ide elque bonne espérancf sur l'arrivée de rai eProvence, ceserauiie

compagnie de mon i ) ma bonne mère, coi»-' bien vous me manquez ! je vous demande pardon de cette lettre et je termine vite pour que l'abbé la puisse porter à M'' de Mercy qui a un courrier, et je prie ma chère maman de me permettre de lui baiser icy les mains avec bien de la tendresse.

Il paroît que M"" de Buffou dont on me faisoil lire le beau livre sous vos yeux est au plus mal.

Versailles, ce i5 may 1771.

A SA SCIEUR MARIE CHRISTINE

Enfin, ma chère Christine, le mariage du comte de Provence est accompli d'hier, tout s'est passé à peu près comme pour moy, la maison Françoise de la princesse est allée la recevoir à la frontière, le marquis de Chauvelin s'est rendu jusqu'à Briare pour la complimenter; dès que le roy eut été instruit de la marche de madame de Provence il s'est mià en route avec nous tous pour Fontainebleau, ïe lendemain on est parti en grand cortège pour l'entrevue, on a rencontré la comtesse assez loin de Fontainebleau, le roy l'a reçue avec une tendresse toute paternelle e^ tout de suite il l'a présentée à M' de Provence qui Ta saluée à la joue, puis M** le dauphin, moy et mes tantes en avons fait autant; elle paroissoit ravie et très émue de notre accueil, elle a eu pour moy une attention* toute particulière et elle m*a embrassée deux fois ; la terrible épreuve de la première vue ne paroit pas lui avoir été défavorable du côté de

H CUllHË^^l'O.NDANCK

Provence^ c'est l'essentiel, il n'en est pas de me du côté de M'' le dauphin qui ne la trouve point bien du tout et lui reproche d'avoir desntoustaches; elle a de bien beaux yeux, mais avec des sourcils très épais et uu front bas chargé d'une forêt de cheveux qui lui donnent un air dur dont elle n'a pas le caractère, elle est au coi ice et timide ; décidé-

ment ftK de Provence en a l'air très épris; — on est rentré à Fontainebleau et les présentations ont commencé. Je plains la pauvre enfant car je me rappelle l'année dernière, en arrivant elle m'a dît à part qu'elle comptoit beaucoup | sur mon amitié et sur mes conseils, du reste elle se tire à merveille des difficultés. On a été après cela à Choisy où elle a reçu les parures, — noos sommes repartis tout de suite pour Versailles avec le roy, excepté madame de Provence qui n'est arrivée icy qu'hier matin pour la célébration du mariage ; je continuois à la plaindre, il y avoit cercle des ambassadeurs et des compliments interminables. Demain elle aura le corps de ville de Paris, elle n'échappera rien; nous aurons le matin une conversation qu'elle m'a

DE MARJB ANTOINETTE. 87

demandée. Adieu, chère duchesse, dites à votre mari que je ne l'oublie pas, je le charge de vous embrasser pour moy.

Marie Antoinette.

A propos, les princes de Suède dont vous me parlez sont déjà de l'histoire ancienne, le prince royal passoit icy pour un homme de grande intelligence qui avoit beaucoup étudié ; tous deux jouissoient pleinement de leur incognito, ils circuloient sans gêne et visitoient les académies, les savants et les artistes.

Versailles, ce 8 juillet 1771.

A SA SCEUR MARIE CHRISTINE

J'ai appris avec bien de la peine, ma chère sœur, que mon protégé est au nombre des personnes blessées par l'éclat d'une bombe ou

d'un tonneau de poudre au camp de Laxenbourg, c'est aussi celui de TRuipereur, et je vais lui en écrire avant son départ pour la Hongrie.

Notre premier séjour sera à Compiègne;Ia sœur du pauvre Hackenberg y est dans un emploi, ce sera pour raoy une occasion de lui faire du bien.

Monsieur le dauphin a eu hier un petit mouvement de sang qui m'a alarmée beaucoup, comme nous entrions dans le bois de Satory. 11 avoit défendu d'en parier, je l'ai fait savoir en particulier par un exprès au médecin de service qui m'a rassurée; il n'y paroit pas aujourd'hui, mais je crains que M** le dauphin ne soit trop dur pour lui même. Notre TÎe est icy fort monotone, je n'ai nul goût pour le jeu et on joue beaucoup. Ma correspondance doit se ressentir de cette monotonie. Je ne veux pas cejjendant laisser partir les courriers sans vous dire un petit bonjour.

A ce moment entrent Clotilde et Elisabeth que je vais emmener à la promenade ; je suis unt^ uiêre de famille. Je vous embrasse de tout mon

cœur. Donnez moy de bonnes nouvelles de Tlmpératrice-reine dont je baise respectueusement les mains.

Marie Antoinette.

Ce 7 décembre 1771.

MADAME MA TRÈS CHÈRE MÈRE

Je VOUS remercie du fond du cœur de votre si

bonne lettre et de vos bons conseils, je n'ai pas oublié ceux que vous m'avez donnés avant mon départ, je les ai mis en écrit pour ne les point perdre de vue. — Je crois avoir réussi auprès du roy, il est pour moy d'une bonté dont je suis toute heureuse. Je ne me suis pas encore bien rendu compte des vrais sentiments des tantes qui sont tantôt démonstratives, tantôt froides et piquantes, peut être je les juge mal; — pour les sœurs de M^ le dauphin elles sont toujours

u corup-spo.vdanciî

les : Clotilde ' est la douceur inêrae, raison L>.e, avenante et un sourire de bonté sur les lèvres; Elisabeth n'est pas un caractère méchant, mais plutôt entier et rebelle, elle a sept ans et gagne beaucoup, et l'on surprend chez elle des traits de sensibilité qui sont charmants. Monsieur est lomme qui se livre peu et se tient dans ravate, je n'ose pas parler devant lui depuis que je l'ai entendu à un cercle reprendre pour une petite faute de langue la pauvre ( itilde qui ne savoit où se cacher. Le i e d'Artois est léger comme un page et s'inquiète moins de la grammaire ni de quoi que ce soit ; — reste madame du B.* dont je ne vous ai jamais parlé, je me suis tenue devant la /otblesse avec toute la réserve que vous m'aviez recommandée; on m'a fait souper avec elle et elle a pris avec

' Blarie-Adclaïde-Clotilde-Xavière, née le a3 septem* bre 1759, mariée le 37 août 1776 au prince <le Piémont, depuis roi de Sardaigne sous le aoni de Charlea^Eamia- Quel IV, morte en 1802.

' Madame du Ban-y.

mqy un ton demi respectueux et embarrassé et demi protection, je ne me départirai pas de vos conseils dont je n'ai pas même parlé à M' le dauphin qui ne peut la souffrir mais n'en marque rien par respect pour le roy ; — elle a une cour assidue, les ambassadeurs y vont et toute personne étrangère de distinction demande à être présentée; j'ai sans faire semblant d'écouter entendu dire sur cette. cour des choses curieuse^, on fait, foule comme chez une princesse, elle fait cercle, on se précipite, et elle dit un petit mot à chacun, elle règne; il pleut dans le moment où je vous écris, c'est probablement qu'elle l'aura permis; au fond c'est une bonne personne. — La cour icy, quoi qu'on en ait, est plutôt triste que gaie, il y a des étiquettes très ennuyantes ; je vis heureuse du reste et M** le dauphin est fort poli pour moy et fort attentif. Il a écrit ces jours derniers à ma bonne maman, il me parloit l'autre jour, malheureusement un peu en l'air, de vous aller voir avec moy à Vienne, mais je crois que le roy ne nous laisseroit pîis partir, il me dit sans cesse qu'il a besoin de sa fille pour l'aider à vivre. — Adieu,

H CORRRSI'ONDAXCK

madame ma chère mère, soun'i'ez que je vous baise bien respectueusement les mains et que je me recommande à vos bontés,

Versaijlus, c< 8 mars 177a.

A SA SŒUR MARIE CHRISTINE

Oui, ma chère Christine, ma vie est toujours la même; mes petits bals continuent, j'en ai eu un le 3, la veille j'avois été avec M' le dauphin, ma belle sœur Provence et mes beaux frères,' chez ma dame d'honneur qui avoit fait danser Jusqu'au matin. Les invitations à mes bals sont très restreintes ; c'est toujours pour moy une bonne occasion de voir M"" de Mercy et de parler de Vienne, et j'en profite. I^ dernière lettre ■ que j'ai reçue de l' Impératrice-reine étoit d'une bonté qui m'a beaucoup touchée ; je crains bien que les occupations multipliées qu'elle s'impose

ne prennent sur sa santé. La dernière indisposition qu'elle a éprouvée ne pouvoit venir que delà.

H est difficile de bien s'entendre sur des choses en dehors de l'étiquette avec Mad. de Noailles, et j'ai trouvé moyen d'organiser autrement un petit service de renseignements sur d'honnêtes familles. J'ai marié dernièrement deux jeunes filles sur lesquelles j'avois des informations bien touchantes. On ne se fait pas d'idée comme le menu peuple renferme des qualités et des vertus cachées, et il y a de ces pauvres bonnes gens auxquels il ne manque que le grand jour pour en faire des exemples, tant il y a de traits qui les honorent.

Donnez moy beaucoup de détails sur vous, ma chère bonne sœur, et sur votre mari ; vous savez combien je vous aime tous les deux.

J'ai appris avec bien du chagrin la mort de la princesse liechtenstein ; le prince François va devenir un bien riche héritier.

Marie Antoinetti..

Compiègne, ce a aoust 177a-

A SA SCEUR MARIE CHRISTINE

Je n'ai qu'un instant lur vous écrire avant le courrier; je me ré ■ à penser, ma chère ■sœur, que cette lettre v surprendra à Schlosstroff au milieu du boni ir qu'y porte la présence de notre bonne mi ? l'Impératrioe- reine; que vous êtes heureuse et combien je voiidrois être avec vous! Dites à ma chère maman que je lui baise les mains et que je suis devenue françoise comme elle m'a dit qu'il étoit de mon devoir de le devenir, mais que pourtant j'ai un bon petit coin éternel pour ma famille et mon pays de naissance; je me transporte bien souvent à votre cercle, je converse avec mes frères et sœurs , je m'incline devant les belles maximes et les gronderies de l'Empereur, et je dispute le prix de la course dans les grandes allées à monseigneur le coadjuteur ; je le battois joliment à ce jeu là ;

aujourd'hui madame ne fait plus de folies, madame est grave et ne rit plus; — et Tétiquette donc, si je ne la respectois pas je me ferois des affaires. Laissez moy ma petite place à votre couvert et souffrez que je m'installe bien pour écouter avec délices notre bonne mère et vous dévorer tous des yeux. Adieu, chère sœur, chargez vous de dire à chacun tout ce que mon cœur contient pour vous tous de tendresse qui ne finira qu'avec ma vie ; bonsoir, M' le duc, je vous aime comme un bon frère.

Marie ANTOiNErrE.

Compiëgne, ce aôaoust 1772.

A SA SOEUR MARIE CHRISTINE

J'ai reçu la précieuse lettre, ma chère sœur, je l'ai lue et relue ; à la bonne heure voilà une

COBIIESPONDANCE

3n charmante, tout le monde qui signe 1 ss bonnes paroles de notre chère maman ;

j'en avois une joie qui me rendoil folle, votre petit mot à part m'a beaucoup plu, vous êtes une ange; j'ai appins avec bonheur les détails du séjour de notre honne mère à Schlosstroff

et j'ai été bien i venu de m reçu en même tei Naples qui me dit d je TOUS fais copier sa cueillie pour ntioy par

Il on se soit ainsi sou* ible de surprise j'«i : lettre de la reine de I <ses très réjouissantes, :re; j'ai tjAisé la fleur nan et j'en ni fait po-

ser tout de suite de pa les sous mes fenêtres; vous me dites que c'est un emblème, mais hélas! il n'y a pas d'apparence du tout.

La lettre m'est arrivée au milieu de la fête de S'. Louisj les ambassadeurs et les ministres étrangers ont eu cercle poui- rendre leurs respects au roy et j'ai entretenu M"" de Mercy que j'ai remercié de ni'a\oii' si \ite eiivoyé la lettre; les receptions ont été ce tpi'elles sont et seront à jamais. T.e roy i)iul (leniainpourallercoucherà la Aluette, nous l'accompagnerons jusqu'à Saint Denis et nous nous rendrons directement à

Versailles ; je ne sais à quoi cela tient, le roy est triste et a Tair ennuyé, il avoit cependant très bonne mine ; M*" le dauphin se porte très bien , il a chassé beaucoup et j'ai assisté à des massacres affreux dans la cour du château à la lueur des flambeaux, on me riroit au nez si je disois tout haut que ces plaisirs sont d'indignes cruautés, les chiens acharnés m'ont fait penser à ce morceau de Jésabel que vous déclamiez si bien. Adieu, chère Christine, je vous embrasse tendrement et j'envoye mon cœur à tout le monde.

Marie Antoinette.

Versailles, ce 8 septenibre 1772.

A SA SŒUR MARIE CHRISTINE

Vous me reprochez, ma chère Christine, de ne plus vous parler de mes jeunes belles sœurs Clotilde et Elisabeth, il est vrai que je n'en ai pas eu l'occasion; leur éducation n'étant pas encore finie, elles sont confiées à une dame, madame de Marsan, et comme elles ne sont ni

«8 COIIHKSPLINUANCE

itainebleau ni desCompiègne je les vois moins lans la belle saison, je les vois beaucoup quand je suis à Versailles ; madame, c'est à dire Clotilde, est toujours ce qu'elle a été, une très aimable enfant, souriante, ouverte qui veut plaire il tous et réussit à se faire ehérir de tout le monde, à treize ans elle est aussi raisonnable que si elle en avoit 20 lisabeth se forme, elle a huit ans et demande eaucoup de ménagements et d'adresse pour son éducation ; .M*" de Provence qui voit des gens de lettres et qui trouve moyen de savoir tout a su en détail ce qui s'est passé à une grande fête que le ■ prince de Soubise a donnée le mois dernier aux deux enfantes à son château de S*. Ouen, on a joué à des petits jeux, et enfin ^on a introduit celui des grâces et celui du gage touché, il y avoit là un abbé qui a fait des vers pour la petite madame; M' de Provence a réussi à s'en procurer une copie et me les a donnés, je vous les envoyé, il n'a pas manqué de s'amuser à en faire rougir la pauvre petite qui rougitpour un rien; on fait beaucoup pratiquer à toutes deux les exercices religieux, elles vont à Saiut

Cyr, Saint Denis, elles YOi\t dans les couvents, il y en a un où Elisabeth vouloit assister à Tof- ^ fîce avec le costume de novice, mais on n*a rien trouvé à sa taille, ce qui Ta fort mortifiée ; elles m'ont raconté qu'elles ont eu le mois dernier une petite fête à la communauté de Fenfant Jésus fondée hors Paris par cet ancien curé de S*. Sulpice * qui étoît si singulier, on n'y élève que des personnes de condition, les dames sont nobles avec des filles du commun pour le service, les élèves ont chanté le salut et ont donné ensuite aux princesses le divertissement d'un concert ; une chose m'a frappée dans leur récit, c'est un détail de caractère^ Clotilde enchantée de la fête a baisé toutes ces dames à la joue Tune après l'autre, tandis qu'Elisabeth ne leur a donné que sa main à baiser. — Adieu, chère sœur, je vous baise sur les deux joues.

Marie Antoinettb.

un jour ne sçachant que faire le jeune époux de Psyché, les risy les jeux, et leur mère jouoient au gage touché.

* L*abbé Languet.

Amour faillit, pour son gage on hiy fit dicrcliiT lonj'tcnips olijet qui (ùl r»sscmLlage des grAccs cl des talents; toute la troupe cèles crut faire peine à l'enfant, il est, (lit elle, un peu leste pour clioisrr bien sensément, mais le dieu content dans l'âme, parcourant tous les humains, jeta les yeux sur madame et clincun battit des mains.

Fontainebleau, ce a6 oMobre i A SA SŒUR MARIE CHRISTINE.

Ma chère sœur, toute la famille royale s'est réunie pour fêter hier le roy et célébrer le cinquantième anniversaire de son sacre à Reims, il a été d'une gaieté charmante et il se sentoit, disoit il, si rajeuni de vingt ans qu'il voulut danser avec moy un pas de menuet, gaieté bien inaccoutumée chez lui; il a pris occasion de là pour nous raconter des anecdotes de sa jeunesse

qui nous ont fort divertis. Puisse notre bonne mère qui fait si glorieusement le bonheur de Tempire nous appeler autour d'elle en une circonstance pareille. Sauf cet incident qui a niis tout le monde en joie, notre vie est très monotone, dites moy donc ce que c'est que les changements qui s'opèrent dans l'organisation du chapitre des chanoinesses de la princesse de Savoie Liechtenstein. Adieu, chère bonne soeur, il faut vous habituer à mes petits billets comme je m'habitue à vos dix lignes, je vous embrasse bien tendrement.

Marie Antoinette.

Grande nouvelle, voilà qu'il me pousse deux dents de sagesse, elles n ont d'autre mérite que d'exercer ma patience en me faisant beaucoup souffrir. —

Versailles, ce 27 juillet (xjyî).

A SA SŒUR MARIE CHRISTINE

Je pars pogr Cbiupiègne, ma chère Cbristiat^

COllKESPONDANCE

lent dans trois jours, je m'attendois à avwr ' is une lettre, je n'en ai point et j'en suis :hagrine, on m'avoit tant promis de m'êcrii 3utes les semaines ; il me faut du temps pour me faire à mon changement de position, on m'accable de bons traitements, on me dit toutes sortes de douceu s c'est cela qui me fait

peur par demande comment je

pourrai répon à de bonne opinion. Il

n'est point bien c ne pas m'écrire quand vous avez à me soutenir, à s donner des nouvelli^i de vous, de votre mari, de notre bonne mère, de toute la famille; je ne suis pas tout à fait une enfant abandopnée, on a bien des attentions pour moy et il y a tant de fêtes, d'ailers et de venues, que j'en suis étourdie, /mais cela ne me suffit pas, j'ai besoin d6 savoir qu'on ne m'a pas jetée àla mer, comme disoit Charlotte, et qu'on pense un peu à moy. M*^ le dauphin a eu un très gros rhume avec de la fièvre, je suis restée icy pour lui tenir compagnie, et sans être .ihquiette j'ai été troublée de cela. Quand mon seigneur a été mieux, il y a huit jours, le roy est parti avec mes tantes pour Compiègne, mes beaux frères les y

DES MABIE ANTOINETTE. 89

avoient devancés ; les deux enfants ne seront pas du voyage ; pour moy je n'ai pas le temps de me mal porter, je vous embrasse en grondant, raa sœur Elisabeth est une paresseuse, elle ne m'a pas écrit une seule fois, promettre et tenir sont deux.

Marie Antoinette.

Versailles, ce 17 novembve 1773.

A SA SOEUK MARIE CHRISTINE

Ma chère sœur, nous sommes en possession de madame la cofntesse d'Artois * ; tout s'est passé comme pour madame de Provence, le roy nous a emmenés au devant d'elle jusqu'au même endroit, c'est à dire au bas de la montagne de Buron, aune certaine distance de Fontainebleau; le comte et la comtesse de Provence avoient été à sa rencontre beaucoup plus loin. On est revenu de conserve à Fontainebleau, et le mariage a été célébré hier icy, c'est le vieux maréchal deRiche-

* Marie-Thérèse de Savoie.

H COnriESPONOANCE

i étoit de service comme premier gentilde la chambre du roy en exercice. Ma ;lle belle sœur est toute petite de taille, ave Ee de figure et fraîche comme une rose, avec un nez qui n'en finit pas, mais tout cela compose un ensemble agréable, souciant, qui platt. Je ne scnîs me trompe, mais il me

semble que bien avec elle comme

je m'entends avec Provence ; elle m'avoit écrit de Lyon une petite lettre très affectueuse qui m'a gagné le cœur. — A mesure que le temps marche je cherche à me rendre mieux compte de ma situation, et j'ai suivi le conseil de notre bonne mère de montrer de l'ouverture toujours etpoint de susceptibilité; les usages établis et Tétiqnette sont venus bien souvent ruiner tout cela, je n'ai malheureusement personne à qui je puisse m'ouvrir sur une foule de détails qui par le nombre et le retbur continuel des ennuis deviennent des affaires; le grand mal c'est que le roy dont lu présence adoucïroit et concilierait bien des choses, vit tout à fait en son particulier, il est toujours le même pour moy quand je le vois ; M' le dauphin n'est pas moins bon, il est religieux,

attaché comme personne à ses devoirs, mais il est ferme par nature et il n'est pas de ces caractères qui consentiroient à entrer dans ce genre de détails pour se faire une règle de conduite, il va droit son chemin sans s'inquietter du reste ; la confiance ne se commande pas, il faut qu'elle lui vienne.

Ne parlez point de cela à notre bonne chère maman, elle mecroiroit malheureuse et s'affligeroit à tort. — Je voudrois effacer ce que je viens d'écrire, mais ce qui est dit est dit. Adieu, ma chère Christine, je vous embrasse avec bien de la tendresse.

Marie Antoinette.

Brûlez ma lettre.

Versailles, ce ii décembre 1773.

A SA SOEUR MARIE CHRISTINE

Un petit rhume me relient à la chambre, ma chèreChristine,j'en profite pour causeravec vous

U aiRRESPONDANCE

et VOUS envoyer un correctif » ce que je vous"' écrit l'autre jour. J'ai imaginé avec les femmes de mes deux beaux frères de faire table commime quand nous ne mangeons pas en public, j'en ai fait la proposition à M"" le dauphin qui a troiivé la chose a son gré, et ainsi noussotnmes toujours six à tableau dîner et au souper, l'appartement du comte de Provence étant plus commode, on s'y réunit d'ordinaire, j'ai voulu avoir aussi ma part pour le souper et madame d'Artois nous a beaucoup amusés en demandant aussi d'avoir le tour des honneurs. Cela répand entre nous une confiance et une gaieté dont tout le monde se ressent, le comte d'Artois hazarde pendant les repas des folies cjue le comte de Provence appelle des entremets; quand nous avons quitté la table, il y a des jours qu'il redouble de gaieté et fait éclater d'un si gros rire IM*" le dauphin qu'il nous en fait tous éclater en larmes, M' de Provence dit que mon maria le rire homérique; nous faisons des invitations, ma tante Victoire a bien voulu accepter avant hier, et le souper a été charmant. Je m'applaudis beaucoup de mon idée qui a eu le mérite dt- lundre M*" le dauphin plua^

DE MARIE-ANTOIiœriE. 57

tentif pour moy et d'amener une intimité plus grande entre mon ménage et celui de mes belles sœurs, nous formons vraiment une famille, ce qui nous permettra de nous mieux entendre pour éviter les inconvénients vis à vis du père commun.— Je suis enchantée d'apprendre que notre frère Maximilien va venir en France.

Je n'ai point entendu dire qii'il y eût dans ce pays une quantité de ces bohémiens dont vous me parlez, comme il y en a en Hongrie et dans le reste de l'Allemagne, qui mettent le pays à contribution, on seroit icy très sévère pour eux s'ils commettoient des désordres; il y a sur ces gens là des histoires abominables, je suis heureuse de savoir qu'on prend des mesures contre eux, il me semble me souvenir d'avoir entendu dire à l'impératrice reine qu'elle songeoit à faire prendre les enfants pour les faire élever et à donner des cantonnements aux parents , c'étoit à l'époque où on a appris que sous prétexte de représenter des mystères de la Genèse ils avoient commis des horreurs dans une gorge de montagne contre un de vos courriers; Eve lui donnoit sa bénédic* tion pendant qu'Adam et le diable le dévali-

sa CORRESPONDANCE

soient. Adieu , je vous embrasse avec bonheori et tendresse.

Marie Antoinette.

Ver les, ce aS féyriep 1774- A SA SCEUR MARIE CHRISTINE. I

tissez, j'ai pris intérêt à votre Lammerfest ponr laquelle Noverre a fait des merveilles ; j'ai continué à donner mes bals du mardi, de temps à autre la comtesse de Noailles en a aussi le lundi, j'y danse avec mes beaux frères et belles sœurs, très peu de monde est invité aux miens, j'ai, bien entendu, le comte de Mercy, le comte et la comtesse de Viry et autres premiers dans les ambassades; la princesse de Saxe Christine — un joli nom — n'a fait qu'un très court séjour; j'ai en plusieurs personnes que j'avois vues à

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Vienne, il y a même eu des foilSt qu'il se trouvoit tant de mes anciennes connoissances de Vienne que je me suis cru encore avec vous. Nos repas en commun ont continué toujours aussi agréables, c'est maintenant une fondation réglée. — Il nous étoit venu aussi une idée folle bien amusante, qu'il avoit été convenu de tenir très secrète de peur que le roy n'y mît opposition, tout innocent que c'étoit : c'étoit de jouer rien qu'entre nous des comédies toutes portes closes, ceci convenu il nous falloit un auditoire, M' le dauphin qui étoit enrhumé ou plustôt qui ne vouloit pas être du nombre des acteurs^ s'est proposé et on a décidé à l'unanimité que le rôle d'auditeur . seroit pour les enrhumés; non, il est impossible de s'amuser davantage et de reprendre plus drôlement son sérieux que notre auditoire qui tenoit sur une chaise, les trois quarts du plaisir poup nous étoient dans le travestissement ; la comtesse de Provence avoit des inventions uniques, son mari qui savoit toujours ses rôles par cœur savoit aussi ceux des autres et nous servoit de souffleur quand nous bronchions; tout %, à coup nous avons eu des raisons de craindre

CORHESPONOANCC

découverts et nous avons cru prudent de ' ren< cer à nos plaisirs de pensionnaires, je croîs que nous aurons demain notre dernière représentation, c'est bien dommage, dit M''ledauphin car mon frère d'Artois auroît fini par devenir capable de bien gagner sa vie dans les amoureux à la Comédie t'rant se et à la foire. Gardez tout cela pour vous, iourroit nous prendre pour des foux quand ni as sommes des sages. Adieu, chère Christine, je vous embrasse comme je vous aime, ne m'o z pas auprès de M' le ' duc. I

Marie Antoinette.

Versailles, ce 36 avril 1774- K SA SCEUH MARIE CHRISTINE.

Enfin, ma chère Christine, voilà un grand triomphe, nous avons eu le 19 la première représentation de l'Iphigénie de Gluck, j'en ai été transportée, on ne peut plus parler d'autre chose, il reigne dans toutes les têtes une fermen-

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talion aussi extraordinaire sur cet événement que vous le puissiez imaginer, c'est incroyable ; on se divise, on s'attaque comme s'il s'agissoit d'une affaire de religion; à la cour, quoique je me sois prononcée publiquement en faveur de cette œuvre de génie, il y a des partis et des discussions d'une vivacité singulière, il paroit que c'est bien pire encore à la ville; j 'a vois voulu voir M' Gluck avant 1 épreuve de la représentation et il m'avoit développé lui même le plan de ses idées pour fixer comme il l'appelle le vrai cairdAère de la musique théâtrale et le faire rentrer dans le naturel : si j'en juge par l'effet que j'ai éprouvé il a réussi au delà de ses désirs, M^ le dauphin étoit sorti de son calme et il a trouvé partout à applaudir, mais comme je m'y attendois, à la représentation s'il y a eu des morceaux qui ont transporté, on avoit l'air en général d'hésiter, on a besoin de se faire à ce nouveau système après avoir eu tant l'habitude du contraire; aujourd'hui tout le monde veut entendre la pièce, ce qui est un bon signe, et Gluck se montre très satisfait, je suis certaine que vous serez heureuse comme moy de cet événement.

a coanEËPONDANCE

I, chère sœur, je n'ai pas besoin de n dî; smtiien je vous aîrae, il y a trop longtemps que je n'ai eu de vos nouvelles et vous savez (jueje ne peuxm'en passer. Gluckm'a éerit quck qties morceaux de sa musique que je chante sar le clavecin. Adieu encore.

E Antoinette.

Ce ^o avril (i774)'

MADAME MA Tl ÏRE MÈHE.

Le roy a été pris à Trianon d'une grande indisposition avant hier, il avoit une fièvre continue, un mal de tête insupportable avec des envies de vomir très fréquentes, on Ta ramené hier Jcy et le mal n'a fait qu'augmenter, plusieui's saignées n'ont amené que peu de calme, et la petite vérole s'est déclarée, il l'a déjà eue une fois ; toute la famille royale est dans l'émoi ft dans le frisson, j'en suis malade et M' le dauphin est immobile de crainte. Je vous demande

DE Bf ARIË ANTOINETTE. 01

pardon de ne pas en écrire plus long ; ô ma chère maman, je devrois écrire des volumes, mais je suis trop émue, je la tiendrai au courant chaque jour et je me recommande à ses bontés en lui baisant les mains.

Ce 5 may (>774)« MADAME MA TRÈS CHÈRE MAMAN,

Le mal a fait encore des progrès, au mieux du 30 après l'application desvésicatoires, avoit succédé un accroissement du mal auquel on s'attendoit, la marche de l'éruption, à ce qu'on nous dit, a été régulière, mais les nuits n'ont pas été bonnes, la dernière surtout a été mauvaise, iPy a eu redoublement de fièvre et même un peu de délire, on est attéré; mes tantes montrent un dévouement admirable, et malgré tout ce qu'on a pu leur dire sur la contagion inévitable, elles {l'ont pas voulu quitter d'un instant le lit du

UiHHKSI>uM)A.NCE

le Dieu nous \ienne en aidel je V<im__ s mains avec respect et nous recorotous aux prières de ma chère maman.

Marie Antoinette:

Ce 8 may (iJ74)-

MA cnÈllK MlïtlE VÉ :RÉE.

Hier de très bon matin le roy a demandé le viatique qui lui a porté par le cardinal

grand aumônier, toute la famille royale, les princes et princesses du sang, toute la cour et tes ministres accompagnoient le saint sacremoit; après cette émouvante cérémonie tout le monde fondoit en larmes et ne trouvoit pas une parole^ Itfs émotions de la matinée n'ont pas eu un mauvais effet sur le malade, et la journée a été assez calme, le redoublement de la fièvre est revenu le soir et s'est prolongé dans la nuit, ce matin il est plus grand encore et le délire a recommencé; à l'heure oii j'écris les accidents sont un

peu calmés. J'embrasse avec tendresse ma chère maman ; le roy a deffendu à M** le dauphin de l'approcher, il a fait la même deffense pour moy et toute la famille royale, on se regarde les uns les autres sans se voir.

Marie Antoinbttb.

Ce lo may (1774)* MADAME MA TRÈS CHÈRE MËRE,

Que Dieu veille sur nous ! le roy a cessé ^'exister dans le milieu du jour, depuis la matinée du 8 son état n'avoit fait qu'empirer, hier il a demandé l'extrême onction qu'il a reçue dans des sentiments de piété admirable ; il avoit conservé toute sa connoissance et sa présence d'esprit pendant toute sa maladie avec un courage inouï. Mon Dieu, qu'allons nous devenir. M' le dauphin et moy nous sommes épouvantés de reigner si jeunes. O ma bonne mère, ne ménagez pas vos conseils à vos malheureux enfants.

Marie Antoinette.

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