‹ Correspondance inédite de Marie AntoinetteChapitre 18 sur 33 · CORRESPOND ANC K · texte numérisé non relu

CORRESPOND ANC K

Choisv, ce II may 1774-

A SON FRÈriE JOSEPH.

' Je compte beaucoup sur votre tendresse, mon cher frère, dans la î^rave circonstance où je me trouve; je ferai toujours mon devoir, mais j'ai besoin de le bien connoître, le roy est trop occupé du sien pour entrer dans les détails et je prévois qu'il sera conduit à me laisser à raoy même. — Si notre bonne mère veut bien nw donnçr des conseils et si vous y joignez les vôtres, ce secours de votre expérience me serrini de guide, je vous le demande à mains jointes; je n'aspire qu'à être digne de ma famille et du pays qui m'a adoptée avec tant d'indulgence; je viens de passer quatre années bien heureuses, mais un avenir nouveau s'ouvre tout rempli d'écueils, priez pour moy et aidez-moy. Je vous embrasse comme je vous aime, de tout moii cœur.

Marie ANTOiNiiiTE.

Choisy, ce II may (1774)- MADAME MA TRÈS CHÈRE MÈRE,

Dans la première hâte de révénement je vous ai écrit un mot bien rapide, j'avois à peine une minute avant de partir pour icy ; aujourd'hui nous sommes abîmés de fatigue sans avoir bougés et plus émus que le jour même, la mort du roy nous lègue une tâche d'autant plus effrayante que M^ le dauphin est resté tout à fait étranger aux affaires, le roy ne lui en parlant jamais. — Nous avions beau nous attendre à l'événement devenu inévitable depuis deux jours, le premier moment a été attérant, et nous n'avions pas plus l'un que l'autre de parole. Quelque chose me serroit à la gorge comme un étau ; — vous dire combien nous avons été bouleversés seroit impossible, le roy est tout à fait remis et fait bonne contenance par devoir, mais toute cette fermeté là ne tient pas, et après avoir écrit des lettres et donné des ordres, il ne peut s'empêcher de venir de temps en temps pleurer avec moy, j'ai des moments de frisson, j'ai

m CUmiESPONDANCE

comme peur et lui me disoit toat à l'heure qu'il étoit comme un homme tombé d'un clocher. — Nous perdons un père qui étoit natui'^llement bon et à qui pour ma part je suis bien redevable, car il n'est pas de douceurs que je n'en aie reçue, seulement je ne dirois qu'à vous, ma chère maman, qu'il étoit très défiant et nous traitoit un peu trop en enfants; il étoit personnellement très bien pour moy, mais on s'aper^ cevoit trop dans les fêtes de la cour que ce n'étoit pas pour nous qu'elles se donnoient. — n paroit que dès sa première attaque il avoit senti qu'il étoit perdu, et s'il a eu de temps a autre des espérances c'étoient des éclairs, aussi a-t-il pris bien vite des dispositions pour ne pas être gêné dans ses derniers devoirs religieux, on l'a vu par la disparition de la comtesse dn Barry, il l'avoit vue à ce qu'on dit une dernière fois dans la soirée du 4 ; — toujours est il qu'on ne la revit plus depuis et qu'elle s' étoit retirée dans une maison de M' d'Aiguillon. — Le 7 à trois heures du matin le roy demanda son coh' fesseur qui resta longtemps avec lui et montra en cela beaucoup de courage et de dévouement.

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— La petite vérole du roy était d'un très mauvais caractère et très contagieuse, — il en avoit parlé avec Içs médecins et sans attendre leur réponse il avoit expressément interdit à M' le dauphin et à ses frères l'entrée de sa chambre ;

— il s'étoit fâché au premier abord contre mes tantes en les voyant insister pour rester auprès de lui, mais elles continuèrent sans mot dire avec une telle fermeté à remplir les fonctions de gardes malade qu'il finit par se laisser faire ;

— le délire qu'il a eu à plusieurs reprises a très

peu duré et il a rendu son dernier soupir en

« pleine connoissance, ce qui est horrible à penser car il avoit une peur affreuse de la mort et il a dû souffrir plus qu'un autre; — il parolt que la veille du dernier jour il se voyoit tomber en lambeaux, jugez! De lavis de tout le monde notre départ avoit été fixé aussitôt que le roy auroit cessé d'exister, et vers quatre heures nous étions tous partis pour icy. — Comme on s'attend à ce qu'il ait inévitablement donné sa maladie à mes tantes, on a pris la précaution de les installer dans le petit château à part de nous, si le mal éclate leur âge donne-

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