‹ Correspondance inédite de Marie AntoinetteChapitre 6 sur 33 · QUI SK TROUVE EN TÊTE DE GEHE QUATRIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

QUI SK TROUVE EN TÊTE DE GEHE QUATRIÈME ÉDITION

Le portrait de la Reiae, dont nous donnoDS ici la gravure faite par un de nos artistes les plus distinguésy M. Flameng, était destiné par la Reine à madame la duchesse de Tourzel, gouvernante des Enfants de France, et avait été commencé, peu avant la Révolution, par Koucharsky, peintre polonais qui jouissait alors à la cour d'une réputation méritée.

Ce portrait, commencé en 1791 , peu avant la fujte de Varennes, repris en 1792, interrompu au 10 août, perdu alors et égaré pendant la Révolution, fut retrouvé plus tard, et réintégré dans la famille de Tourzel, à laquelle il était originairement destiné.

Après la mort de madame la duchesse de Tourzel, il devint la propriété de M. le marquis, depuis duc de Tourzei, son petit-fils, mort si prématurément, dont la succession fut recueillie par ses trois sœurs,

xxxiv NOTICE SUR LE PORTRAIT

mesdames la duchesse d'Escars, la duchesse de Lorges, la comtesse d^Hunolstein. Laissé alors à madame la duchesse d'Escars, en la possession de laquelle il se ' trouve maintenant^ et qui l'a mis gracieusement à ma disposition^ ce portrait, dont l'origine est sans conteste, est peut-être le seul qui donne une parraite ressemblance de la Reine^ et^ à coup sûr, le dernier qui fut fait d'elle avant les plus mauvais jours.

Comme on le voit, il n'a pas été achevé par le peintre, et il est tel qu'il se trouvait au moment où la nmltitude furieuse envahit le château ; mais malgré les avaries qu'il a subies, il est encore d'une belle conservation, les traits sont intacts, et tout dans la figure est d'un achèvement presque complet; on y retrouve le type autrichien, avec la lèvre inférieure si prononcée des princes lorrains, et toute la personne est bien telle que nous la trouvons décrite dans un ouvrage du temps (1), dont nous reproduisons ici ce passage, parce que tout ce qui peut servir à bien faire connaître la Reine mérite notre intérêt ;

(c Cette princesse, d'une taille grande |)our son âge, ce est maigre sans être décharnée, et telle qu'une jeune o personne non encore formée. Elle est très-bien faite, « bien proportionnée dans tous ses membres. Ses cho- « veux sont d'un beau blond, on juge qu'ils seront « par la suite d'un châtain cendré; ils sont admirable-

(i) Vie privée de Louis AI.

DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE. zxxv

a ment plantés. Déjà la majesté réside sur son front; <c la forme de son visage est d'an bel ovale, mais un « peu allongé. Elle a les sourcils aussi bien fournis <c qu^une blonde peut les avoir. Ses yeux sont bleus <c sans être fades, et jouent avec une vivacité pleine a d'esprit. Son nez est aquilin, un peu effilé du c« bout. Madame laDauphine a la bouche petite, quoi- « que ayant les lèvres épaisses, surtout finférieure a qu'on sait être la lèifre autrichienne ; l'éclat de sort « teint est éblouissant, et elle a des couleurs uatu- « relies qui pourraient la dispenser de recourir au a rouge. Son port est celui d'une archiduchesse, mais « sa dignité est tempérée par la douceur, et il est a difficile, en contemplant cette princesse, de se réfute ser à un respect mêlé de tendresse. »

Mais ce portrait n'est pas le seul que le même artiste fit de la Reine.

J'en possède un autre à l'huile, du même peintre, mais à l'époque des malheurs de la Reine, et lorsqu'elle était emprisonnée à la Conciergerie.

Ce portrait, en costume de veuve, bien connu du reste, et dont maintes copies ont été faites sous la Restauration, avait fait partie de la galerie de la Malmaison, dont il porte encore à l'encre rouge le. numéro d'ordre catalogué; puis transporté, on ne tait comment, en Russie, où il devint la propriété d*un comte de Fersen^ chambellan, grand veneur de l'empereur de Russie.

C'est le comte de Fersen lui-même qui, dans un voyage

XïiTi NOTICK SL'H LE IHJRTBAIT

qu'il ût à Paris eo 1805, l'apporta en France pour s'en défaire, et qui ruconla les différonles vicissitudes de ce tableau à M. G... qui me servit d'intermédiaire dans cette acquisitioD. Dans ce portrait on retrouve, quoique altérés et gonflés par la douleur et la soulTraoce, les traits de la Rdno, à l'époque où le même peintre la peignait pour la première fois, et des artistes qui ont vil CCS deux tableaux y retrouvent bien la même personne.

Comment Koucharsky parvint-il û faire lo portrait de la Reine à la Conciergerie? Fut-ce sous l'uniforme de garde national qu'il pu t pénétrer dans la prison ? C'est ce qu'il est assez difficile de dire; mais ce qui est essentiel, c'est que ce tableau, en parfait état, porte la signature de son auteur, et parait être l'origine do tous les portraits du mtîiue genre qui furent faits postérieurement, soit par lui, soit par d'autres, pendant la Restimration ; car cet artiste, ({ui était tombé par suite des temps dans la misère, avait dû se créer des moyens d'existence par la reproduction de ce portrait. • ludëpondamment des deux portraits de Koucharsky, il en existe encore d'autres ; l'on connaît celui où la Reine est représentée en grand costume, peint par un artiste suédois qui s'appelait ou que l'on appelait Rosselinele Suédois, mais surtoutco beau portrait de madame Lebrun qui est pout-étre de tous celui qui a le plus de réputation.

De nos jours, un grand peintre, écrivant plutfll une page d'histoire que i'aisaut un portrait, M. Delà-

DE LA REINE MARIE-ANTOINETTE. xxxvii

roche, a encore représenté Tinfortunée pi incesse danô une des scènes les plus horribles de la tragédie révolutionnaire.

Mais ces divers portraits, où les artistes ont plutôt cherché à faire une œuvre d'art qu'à obtenir une exacte ressemblance, semblent avoir tous péché, en ce point qu'ils ne reproduisent pas exactement les traits ni la physionomie de la Reine.

Celui de Koucharsky, au contraire, qui est resté longtemps entre les mains de la famille de Tourzel, à laquelle la Reine l'avait destiné, était, du dire de tous ceux qui l'avaient connue, d'une ressemblance frappante. « C'est la Reine elle-même,» disait la duhgesse de Tourzel en regardant ce tableau.

Aucun portrait ne peut offrir plus de garantie et do certitude de complète ressemblance.

Paris, 30 mai i 866.

Monsieur le Comte,

Par une demande en date du 44 de ce mois, vous m'aVez prié de faire rechercher l'époque à laquelle sont entrées aux Archives de l'Empire les pièces contenues dans un carton relatif à Marie-Antoinette, et comprenant entre autres une lettre autographe à l'Empereur, son frère, ainsi qu'une liasse intitulée : Ex^ traits ffune lettre de la Reine.

Il est vraisemblable que ces documents, qui proviennent des Archives de Vienne, sont entrés aux Archives de l'Empire en 1810, époque du transporta Paris des archives autrichiennes; mais ce n'est là qu'une conjecture, car ils ne se trouvent analysés sur

aucun procès-verbal d'expédition de ces archives. Les états qui sont joints à ces procès-verbaux ne relatent que les marques et le poids de chacune des caisses. La Reçue rétrospectisfe a publié cette correspon-

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