‹ Correspondance inédite de Marie AntoinetteChapitre 8 sur 33 · POUR LA QUATRIÈME ÉDITION · texte numérisé non relu

POUR LA QUATRIÈME ÉDITION

fjorsque je publiai, dans le courant de Tannée 1864, une série de lettres de Marie-Antoinette, mon unique but était de faire connaître et mieux apprécier le caractère si méconnu de la Reine, et de ne pas laisser dans Toubli des documents précieux pour l'histoire.

Dès les premiers temps où cette publication parut, je pus croire avoir atteint le but que je

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m'étais proposé, car trois éditions qui se succédèrent rapidement, prouvèrent avec quelle faveur le public accueillait cette publication et quel prix il attachait à ces révélations tardives, qui montraient la Reine sous un nouveau jour. Si quelques critiques parurent alors dans certains journaux, personne d'abord ne contesta l'authenticité même des documents, et la Presse de Vienne déclarait que le signe de la ^vérité y était imprimé^ comme le cachet de la Divinité (i). Mais bientôt quelques voix s'élevèrent pour rabaisser le mérite historique de ces lettres, pour mettre en doute leur authenticité.

Le livre de IVl. Feuillet de Couches, qui parut peu de semaines après le mien, et dans lequel il s'attribuait le droit d'emprunter un certain nombre de lettres à ma publication, prétendant en avoir aussi les originaux ou des copies, ouvrit un nouveau champ à la critique et à la discussion.

Puis, bientôt après, une correspondance de

(1) Wienner- Presse.

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Marie-Antoinette avec sa mère Timpératrice Marie-Thérèse, éditée à Vienne, par M. d'Arneth, vint encore augmenter ]a curiosité du public et donner lieu aux suppositions et aux doutes sur celles qui l'avaient précédée.

Cette correspondance, que M. d'Arneth déclare avoir puisée dans les Archives privées de l'empereur d'Autriche, était bien faite pour exciter l'intérêt ; et, encore bien qu'il n'ait que 36 lettres originales de Marie-Antoi nette à sa mère, et qu'une partie des lettres rapportées par lui n'ait été publiée que sur des copies de la main d'un secrétaire de l'Impératrice, personne ne révoqua en doute la parfaite authenticité de documents puisés à une telle source, et l'on ne voulut bientôt voir dans les divergences qui se trouvèrent entre les deux publications, qu'une preuve défavorable à la mienne. De cette comparaison et des différences qu'on signalait, on essaya de conclure à l'impossibilité d'une authenticité simultanée des deux correspondances. On prétendait que le ton, le style, la personne même de la Reine, étaient différents dans chaque recueil ; que certaines tournures ne

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s'accordaient pas; on faisait remarquer qii signature de la Reine était , dans mon re<'uei! . Marie- Antoinette, tandis que, chez M.d'Arneth, elle était simplement Antoinette; que la duchesse (le Saxe-Tesi'hen, soeur de la Reine, ne s'était jamais appelée Christine, mais bien Marie, dans safamille. On voulait voir, dans quelques lettres, une date, dans quelques autres, une phrase, en désaccord avec Arneth. Enfin on prenait ce recueil d'Arneth |)our type et pour modèle, et l'on condamnait tout ce qui n'y était pas conforme; on prétendait que mes lettres avaient été fabriquées par un faussaire habile, à l'aide des Mémoires de M"* Campan.

Enfin, d'un trait de plume, le professeur de Bonn, M. de Sybel, condamnait comme apocryphes et évidemment fatissps les huit lettres, qui font partie de ma collection , des 3o avril au i8 mai 177^1 écrites par Marie-Antoinette à sa mère, à sa sœur IMarie-Christine, à son frère Joseph If, relativement à !a maladie et à la mort de Louis \V; et cela, par la rmAon péremptoire que, dans une lettre du recueil de Vienne, écrite par la Reine à sa mère le i4 niai, elle s'exprime

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ainsi : Mercy vous aura mandé les circonstances de notre malheur. Il conclut de là, avec une assurance fort étrange, que la Reine n'avait donné aucune nouvelle antérieure de la mort du roi. Il faut avoir bien envie de nier quand même, pour conclure de cette phrase, plus ou moins bien interprétée, que la Reine n'a écrit aucune lettre antérieure relativement à cet événement.

Bien d'autres personnes, moins défavorablement prévenues, tireront une conclusion diamétralement opposée, et diront que, de ce que la Reine a écrit le 1 4 : Mercy vous aura mandé les circonstances de notre malheur ^ il faut évidemment induire que l'auguste personne à la*quelle ces paroles étaient adressées connaissait déjà 1 événement auquel elles font allusion. Il n'estpas, en effet, supposable, il n'est pas admissible que la Reine se soit contentée d'un interprète pour informer sa mère l'Impératrice d'un fait aussi grave.

Personne ne pourra supposer que la Reine, dans une pareille circonstance, n'ait pas ellemême tenu sa mère au courant, dès les premiers moments, jour par jour, heure par heure, de la

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maladie, des progrès de la maladie, et de la mort du Roi. C'est cependant ee qu'affirme M. le professeur de Sybel.

Que répondre à ces allégations vagues, à ces aflirniations gratuites? A quoi aboutirait une discussion prolongée surdes points dont chacun peut être envisagé de côtés si différents et interprété si diversement?

Est-il nécessaire de déuiontrer que le plus habile faussaire n'aurait pu composer, à l'aide de Mémoires tels que ceux de M""* Campan, une série aussi considérahlr de tctireset leurdonner ce cachet de vérité «[iioii leur reconnaissait dans le principe?

Comment, en effet, îuirait-il pu refaire l'historifpie de tant d evénemenis, rappeler tant de détails, employer tant de mots et de locutions dont le sens ne pouvait avoir été bien connu que de la personne même qui écrivait?

Comment ce contrefacteur aurait-il pu reproduire potir i5o lettres et plus, le pftpier (hi temps, avec tes devises, refaire les vignettes, avec les dessins imprimés aux armes de France et d'Autriche, avec le nom des principaux fa-

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bricants de papier, choses que Ton retrouve dans presque toutes les lettres de mon recueil?

On n'invente pas, on ne refait pas après coup une semblable correspondance ; et ce que Ton dit ici des Mémoires de M™ Campan peut s'appliquer aux autres recueils du temps, gazettes et journaux qui, tous, rapportaient les événements du jour d'une manière plus ou moins semblable dans les mots comme dans la forme. Est-il étonnant qu'on retrouve une similitude entre les lettres particulières qui racontaient les mêmes histoires à quelques personnes, et les gazettes qui les racontaient au public? Si de notre temps on pouvait comparer les correspondances particulières avec les journaux d'une même date, quelle ressemblance ne trouveraiton pas dans les récits d'un même fait, non-seulement quant au fond, mais quant à la pensée et même à l'expression, car il n'y a pas tant de manières d'exprimer sa pensée.

En ce qui concerne le nom de la Reine, faut-il rechercher si, encore enfant, elle s'appelait simplement Antoinette, et à quelle époque elle a pu prendre, pour la première fois, dans

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sa Signature, le nom de Marie-Antoinette? Avec quelques recherches on trouverait peut-être {ju'elle prit ce nom et qu'on le lui donna, au moment même où elle tut fiancée officiellement au Daupliin Je France.

Quant aux rajjporis tie la Reine avec la lavorite, quelle conclusion défavorable prétend-on tirer d'une soi-disant divergence entre les versions des deux recueils? Comment voudrait-on conclure de cette soi-disant divergence, à uii brevet d'authenticité pour l'un , et à une preuve de eontrefiicon pour l'autre.

Possesseur des originaux de toutes les lettres que j'ai publiées dans le seul et unique but de faire connaître la Reine, je ne puis me poser en critique éniérite, et ne veux point entrer ici dans un débat historique et littéraire; ce débat, d'ailleurs, dans les termes où est posée la question, n'amènerait aucun résultat décisif, car on peut toujours répondre à une affirmation par une afiirmation contraire, à une négation par une autre négation. Ces discussions sur uue pointe d'iiigiiille n'élucideraient pas la question et ne lui feiaient pas faire un pas.

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Il n'y a plus d'autre moyen de lever les doutes qui se sont produits sur Tauthentieilé des documents livrés par moi au public, que d'apporter le seul genre de preuves qui restent à fournir : les preuves matérielles.

De cette façon, toutes les suppositions , toutes les prétendues contradictions, toutes les impossibilités, tirées des différences de style, de dates, tombent d'elles-mêmes. — Les lettres sont-elles de la main de Marie-Antoinetteou n'en sont-elles pas ? Là est toute la question. Toutes les arguties disparaissent devant ce fait matériel : et qui peut prouver le fait ? Les pièces elles-mêmes. Qui peut juger les pièces? Des connaisseurs et des experts.

Je répéterai donc ce que je disais dans mon avertissement des premières éditions, que je mettrai à la disposition d'amateurs sérieux toutes les pièces de ma publication, et je les déposerai, dans ce but, à la bibliothèque royale de Munich, pendant un certain temps, pour que les connaisseurs puissent les examiner, et plus tard, aux Archives de France, si on veut y accepter le dépôt temporaire.

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