‹ Correspondance inédite de mme du DeffandChapitre 15 sur 45 · DU DUC DE CHOISEUL · texte numérisé non relu

DU DUC DE CHOISEUL

Ce mercredL., 1763.

J'aurais trop de plaisir à vous rendre service pour m'ennuyer du détail de vos intérêts. Je vous conseille de prendre patience ; ce qu'on désire à la cour ne so fait pas dans un jour ; il faut que la reine parle a u roi, . elle le fera. M. de Saint-Florentin estbien disposé; il est nécessaire qu'il travaille avec le roi. Ce ne sera peutêtre pas de sitôt; prenez donc patience, ne vous tour-

' Cette lettre et les suivantes, relaliTes à la pension de madame du Deffïnd, sont écrites pendant le voyage de Fontainebleau qui avait lieu en automne.

meniez point, comptez sur vos amis et continuez seulement vos sollicitations auprès de ia reine.

A -LA BtlCHESSE DE CHOISEUL

Jeme flattais, chère grand'maman, que ce serait par vous que j'apprendrais la réussite de mon affaire, et c'était le moyen de me 15 rendre cent fois plus agréable; mais il y a quatre ou cinq jours que la reine écrivit au président ces paroles : • Je suis comblée, madame du Deffand aura sa pension. »

Le président a demandé une explication à la reine, et voici la réponse qu'il a reçue aujourd'hui '.

Ce sont les propres termes de Sa Majesté ; elle ne dit point de combien est la pension. Mais on peut . inférer qu'elle est de deux mille écus puisqu'elle les a demandés. Mandez-moi, chère grand'maman, ce que je dois croire, et si vous jugez cette affaire absolument consommée. Il me reste encore quelqub doute, parce qu'il me semble que vous n'avez pas pu l'ignorer, et que le sachant, vous auriez eu sûrement la bonté de me le mander.; enfin, quoi qu'il en soit, c'est à vous, c'est à M. de Choiseul que je me crois le plus rede-

' Celte réponse ne s'est pas retrouvée.

vable; c'est lui qui a bien voulu m'indiquer ta tournure qu'il fallait prendre pour obtenir cette grftce.

Je n'avais pas besoin, en vérité, de vous avoir tant d'obligations pour vous aimer bien tendrement l'un et l'autre, et si dans la position où vous êtes tous les deux, vous pouviez avoir quelques moments de libres, je vous prierais d'examiiifr et déjuger s'il y a quelqu'un dans le monde qui vous soit plus tendrement, plus inviolablement et plus parraitement attaché que moi.

J'ai un désir et un besoin de vous voir qui ne se peuvent exprimer. Il y a mille ans d'ici à votre retour. Donnez de vos nouvelles à votre enfant, dites-lui que vous l'aimez et répondez-moi aussi de l'amitié de M. de Choiseul. Sans les soins qu'il a bien voulu prendre, je n'aurais jamais rien obtenu !..

SE LA DUCHESSE DE CflOISEUL

A F(iDtsineblettu,cs 21.

Voilà assurén^ent, ma chère enfant, la chose du monde la plus extraordinaire. Je ne vous ai pas écrit parce que je voulais avoir quelque chose à vous apprendre, et j'étais bien éloignée de soupçonner que ce' "serait vous qui me donneriez des nouvelles. Enfin, quoique vous n'ayez pas entendu parler de moi, il est bien certain que je n'en étais pas moins occupée de vous. M. de Choiseul, avec qui j'en parlais inces-

tO CORRESPONDANCE

samraent, m'avait dit il y a quelques jours, que votre affaire était en bon train, et qu'il comptait qu'elle allait bientôt finir. Je l'avais bien prié de in'avertir du moment; mais impatientée de ne rien apprendre, j'avais imaginé de faire parler à la reine par M, de la Lannes'. Voilà ma première intrigue de cour, et vous allez voir comment elle m'a réussi. La roine a eu de l'indigestion et de la colique pendant trois jours, la Lannes n'a pas trouvé le moment de placer mon mot. Je ne sais comment elle était hier ; je l'ai vue à la comédie. Je ne suis plus malade et la Lannes n'est pas venu ce matin chez jnoi ; mais j'ai reçu votre lettre et Je suis tombée des nues. Je l'ai montrée à M. de Choiseul, qui est fait pour tomber de plus haut que moi; il a écrit tout de suite à madame de Luxembourg, pour savoir ce qui en était, et elle nous a donné la confirmation de votre bonne nouvelle; c'est deux mille écus, et la chose n'a été faite que ce matin; on vous en avait donné l'avantgoût. li n'est pas besoin de vous dire la joie où nous sommes. M. de Choiseul doit vous écrire pour vous faire son compliment, etmoi j'ai la tête tournée. Vous voyez, ma chère petite-fille, que je suis une grand'maman aussi tendre qu'inutile. Cela vous prouve que J'ai plus de sentiment que de vanité. Qu'importe de quelle part arrive le bien de ce que l'on aime, pourvu qu'il en jouisse! C'est la seule vraie, la plus grande consolation au malheur de ne l'avoir pas procuré t..

' Premier médecin de la reine.

Digili.^byGOOglC

. P. s'. DU DUC DE CEOISEUI,

Fontainebleau, ce mardi 1763.

J'ai été enchanté de la réussite de votre pension. Je craignais qu'à force d'en parler on se trompât sur les formes. Tout a réussi. Je vous en tais mon compliment, et je vous prie d'être persuadée de la vérité de l'intérêt quaje prendrai toute ma vie h votre contrariété comme à votre bonheur.

î LA DUCHESSE I

Madame de Pompadour a eu beaucoup de toux et assez de fièvre cette nuit, ma chère enfant. Cependant on assure qu'il n'y a aucun danger à son état ; mais je suis inquiète, parce que je l'aime' ; et comment ne i'aimerais-je pas ? Vous savez ce que je vous en ai dit hier. Je joins pour elle l'estime à la reconnaissance. Croyezvous, d'après cela, qu'elle ait à la cour une meilleure amie que moi?... Je voulais aller à Choisy pour la voir; le temps, ma santé et mon mari m'en ont em-

• Dévouée comme l'étùt maduue de Cboiseul i sod mari, elle eu partageait tous les sentiments, même pour madame de Pompadour, dont il n'aurait tenu qu'à elle d'Être jalonse. Hais que dire de son estime ?

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