‹ Correspondance inédite de mme du DeffandChapitre 16 sur 45 · I.XbyGOOglC · texte numérisé non relu

I.XbyGOOglC

n COHRESPONDANCE

pêchée. Il y est allé avec M. de Gontaût, et comme elle n'est pas en état d'être transportée à Versailles, le roi reste jusqu'à samedi à Choisy , et moi je reste à Paris jusqu'à ce jour. Mais je n'ai pu me défendre de souper aujourd'hui chez madame de Staremberg et demain chez madame Rouillé. Je suis morte de fatigue du bal; mais la fatigue et l'inquiétude ne m'empêchent pas de m' occuper de ma chère enfant et de l'aimer toujours ; il n'y a pas de distraction pour ce sentiment.

DE LA DUCHESSE DE CHOISEUL

A Choisy, ce 32 manlTed.

M. de Saint-Florentin est d'hier au soir à Versailles ; mais comme je reviens demain, j'ai cru mieux faire de garder votre lettre pour ia lui donner moi-même. J'ai oublié de vous mander que je lui avais parlé, et qu'il m'avait dit que votre pension était assurée par une lettre qu'il a écrite à M. Boulanger ; qu'il devait vous être plus commode de l'avoir en cette forme, parce qu'elle vous serait payée exactement et que tous ceux qui ont d?s pensions ne peuvent pas l'être; • que quoique la vôtre fût bien assurée, et à l'abri de tout événement, cependant si vous aviez envie d'avoir une sûreté de plus, il vous écrirait encore une lettre

comme vous la voudriez; à quoi j'ai répondu que je vous en parlerais.

Vous ne m'efîrayez pas, par vos noirs pressentiments, parce que les médecins et mes yeux me rassurent plus que vous ne m'alarmez. Madame de Pompadour a dormi cinq heures cette nuit (dans un fauteuil, il est vrai, parce que le lit l'étouffé) , mais elle se trouve si bien qu'elle essaiera le lit ce soir; elle ne tousse presque plus, la respiration est libre. Depuis qu'elle est dans un fauleuil, il n'y a plus de redoublement, et la fièvre est si légère que tes médecins disent qu'ils ne seraient pas étonnés qu'il n'y en eût plus demain ou après-demain et qu'elle retournât mercredi à Versailles. Il n'y en a plus que ce qu'il faut pour achever de cracher ses tubercules qui sont à leur fin, mais il est certain qu^elle aura besoin pendant longtemps de beaucoup de ménagements' .

Je vous remercie de m'aimer ; il n'y a que le plaisir d'aimer qui l'emporte dans mon cœur sur le plaisir de l'être et vous me les procurez tous deux.

* Elle mourut le 15 avril suivant.

COBBESPONIlANCB

DE LA DUCHESSE LE CHOISEUL

Ma nouvelle qualité d'étrangère ' m'impose des obligations, ma chère enfant; etcesobligationsme sont fort pénibles quand elles mepriventdu plaisir de vous voir. Vendredi, par exemple, je donne à souper h madame de Stahremberg; cela ne vous plairait assurément pas; pour le vendredi 2 mai, je ne sais encore où je serai; mais si c'est à Paris, je me tiens engagée chez vous. Quant à l'ingrat, au parjure, qui ne mérite pas tous ces titres, il a lu avant moi votre billet qu'il a trouvé sur la cheminée, et il a ri. Si je puis vous l'amener poings et mains liés, en esclave soumis, je le trouverai bien heureux.

Non-seulement je Vous permets, mais je vous prie instamment de parler de moi à M. Walpble; il aurait eu le plus grand succès possible auprès de mni, même quand je n'aurais point eu de vanité. Jugez de ce qu'a dû ajouter, dans l'esprit d'une femme, le plaisir de lui avoir plu '. Si je pouvais le déterminer à re-

* Le duc de Choiseul venait d'être Dommé ministre des aCTairëg élrangéres.

' M. Walpole écrivait le II janvier de cette même année à lady Hervey : « Ma dernière passion, et je crois la plus forte, est la duchesse de Choiseul. Son visage est joli, sa personne est un petit modèle ; gaie, modeste, pleine d'attentions, avec la plus charmante expression et la plus grande rapidité de jiigennent et de raison. Vous la prendriezpour la reine d'une allégorie. On craint que cela finisse autant qu'un amoureux. Si elle en admettait, on désirerait que cela finisso

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DE HADAUE t>U DBFFAND. II

venir, comme Vous le dites , si je m'en flattais au moins, je vous assure que je lui écrirais tout à l'heure pour l'en presser. Mais bon !... est-ce que vous pouvez croire que des Anglais, des gens sages, qui apprécient tout, et qui en appréciant tout détruisent tout, puissent être enthousiastes comme vous î... Conservez-moi celui que vous me flattez de vous avoir inspiré, car ce serait me faire bien du chagrin que de m'en priver.

DE I.A DUCHESSE DE CHOIBEÏÏL

Venallles, Sd mai nm.

Vous avez très-bien fait , ma chère enfant , d'écrire à M. de Choiseuii , quoique je lui eusse fait votre côin< mission. Je lui remettrai votre lettre dès qu'il sera revenu du conseil.

Je crois avoir rempli toutes les attentions requises pour la boite de M. Walpole. J'ai écrit un billet à M. de Guerchy, où je le prie de la lui faire tenir sûrement et mystérieusement, c'est-à-dire de faire remettre le paquet sur sa table, sans qu'il sût de quelle part il venait', parce que je me suis souvenue que vous m'aviez dit que vous vouliez lui donner l'embarras du

1 II s'agissait d'une tabatière avec le portrait de madame de Sévigné, et uae lettre d'envoi supposée d'elle, à M. Walpole son grand admirateur; la lettre était de madame du De&nd. (Voir lalettre de madame du Deffand à Walpole, du 17 juin 1766.)

duute sur l'auteur du préseoU Ainsi , quoique vous* ne m'ayez pas prescrit cette forme dans votre lettre , j'ai imaginé que vous seriez bien aise que je l'employasse, si ce moment d'incertitude peut ajouter quelque chose au plaisir que M. Walpole aura de la tenir de vous. Ensuite, je prie M. de Guerchy de vouloir bien me faire donner des nouvelles du succès de mon mystérieux envoi, et tout cela comme de moi; pas un mot de vous. Je voulais profiter de la permission que vous ' me donniez de voir la boîte ; mais j'ai craint de déranger le paquet. Je suis curieuse surtout de la lettre de madame de Sévigné. Vous me la montrerez, n'est-^e pas?... Je vous envoie la lettre que m'a écrite M. Walpole, qui est très-aimable, et que j'imagine que vous serez bien aise de voir ; puis celle de M, le chevalier d'Aulan, que j'avais oublié de vous renvoyer. Je ne comprends pas pourquoi vous voulez que je vous renvoie votre paquet. Il serait tout aussi bien parti d'ici que de chez vous ; mais n'importe. Vous voyez qu'il est bien garanti pour le voyage , et qu'il a une première adresse bien cootresignée à M. de Guerchy. Je vous avertis qu'il y en a encore une seconde ; ainsi , tout est dans la règle.

Pour Dieu, plus d'excuses et de remercîmenta; rien n'est plus froid. Vous me demandez quelque chose, je le fais ; cela vous fait plaisir , et votre plaisir m'en fait aussi ; voilà qui est bien comme cela. Je ne sais pas en vérité quand j'irai à Paris. Je vis dans une incertitude insupportable ; mais quand j'irai , sûrement je vous verrai; oui, sûrement. Adieu, ma chère enfant.

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A. LA DUCHESSE DE CHOISEUL

Ce jeudi 1B juin 170G.

Si à chaque grâce que je reçois de vous, chère grand'maman, vous receviez une lettre de remerc!ment, je vous deviendrais insupportable; je vous ennuierais à la mort , et demandez à M. de Choiseul s'il ne prérère pas les ingn^ats aux ennuyeux. Il voit assez des uns et des autres pour pouvoir décider lesquels . valent mieux.

M. de Saint-Florentin a eu une grande ingratitude pour M. de Walpole en ne lui accusant pas seulement la réception d'un beau présent'qu'il a fait à la Bibliothèque du roi, qu'il lui avait adressé ; c'est quatorze volumes de son imprimerie, magnifiquement reliés. 11 lui a épargné l'ennui d'un remercîment. Je reçus avanthier une lettre de lui, où il me chargeait de rn'informer de ce qu'étaient devenus ses livres. J'ai appris aujourd'hui par l'abbé Bondot, qu'ils étaient depuis plus de six semaines à la Bibliothèque, et que ni lui ni M. Capronier n'avaient pas cru devoir écrire à M. Walpole , n'imaginant pas que M. de Saint-Florentin n'en eût daigné prendre la peine.

Vous conviendrez que cette conduite n'est pas polie. Je conviens avec regret que la lettre que je vous renvoie n'est pas bonne, mais c'est que son génie tremble devant le vôtre; ce n'est pas votre faute. Vous adoucissez autantqu'il dépend de vous l'éclat qui vous en-

le CORRESPONDANCE

vîronne; mais vous avez plus d'une sorte d'éclat. Celui qui ne tient qu'à votre personne n'est susceptible d'aucun adoucissement; U jette à la renverse tous ceux qui sont frappés d'un vrai mérite, qui le .connaissent, qui le sentent, et .qui en ont beaucoup eux-mêmes. Prenez donc votre parti sur lui; jamais il ne sera aussi naturel avec vous qu'avec moi qu'il voit à vue d'oiseau.

J'ai envoyé votre lettre à madame de Jonsac' , ne voulant pas la priver du plaisir de voir écrit de votre propre main ce que vous lui dites de poli et d'agréable.

Votre petite-fille ne vous ressemble guère , pourquoi ne m'avez-vous pas mieux élevée? Vous avez été, et vous êtes encore trop indulgente pour moi; il en résulte que je vaux fort peu , mais aussi que je vous en aime davantage.

J'aiapprisque l'abbé avait joué au volant, ce matin, avec l'abbé Bondot ; ils vont avoir un clavecin , et feront de la musique les soirs. L'abbé Bondot a une jolie voix , j'ignore les talents de l'abbé: mais vous l'aimez , il vous aime , je n'en veux pas davantage.

J'oubliais tout net de vous parler de la reconnaissance de madame de Jonsac. Je garderai sa lettre pour vous la faire voir, elle est très-bien écrite ; oii ne saurait douter qu'on ne soit pénétrée de reconnaissance et d'attachement.

* Sœur du président Hénault.

A tA DUCHESSE DE CHOISEUL ' '

Ce mercredi 18 juin 1766.

Convenez -, chère grand'maman , que votre petitefille n'est pas importune; mais pousser la discrétion plus loin marquerait de la défiance dans vos bontés. Je me flatte même que vous m'en sauriez mauvais gré ; et puis, j'ai bien des choses à vous raconter.

M. de Guerehy est un grand ministre; il a suivi Vos instructions avec une telle ponctualité que M. Walpole est prêt à en devenir fou; j'en ai reçu deux lettres depuis qu'il a trouvé le petit paquet sur son bureau ; il m'en a fait-un récit à faire mourir de rire ; il a fait le signe de la croix ; il a crié au secours ; il a cru qu'il y avait de la magie. Je vous montrerai ses lettres. Dans la dernière, il me mande qu'il a été dîner chez M. de Guerehy, avec tous les ministres; qu'on l'avait prié d'apporter la boîte et la lettre. Depuis ce jour, il soupçonne madame de Guerehy d'avoir quelque connaissance de ce mystère; cela l'éioigne dépenser à moi, parce qu'il sait que je ne la connais pas; mais il croit qu'au moins je suis dans la confidence ; il est comme une âme en peine ; il me demande à genoux de lui dire tout ce que j'en sais; après l'avoir bien ballotté, lui avoir nommé cinq ou six personnes, je lui dis que mon secrétaire me dit que c'est peut-être madame de Valentinois ' ; que je trouve qu'il a raison, qu'il faut s'en

' Connue dans la société par son antipathie pour lea Anglais.

ÏO CORRliSPONDANCE

tenir là ; mais que je lui conseille cependant de ne se pas presser de faire ses remercîments. Je lui écris cet ordinaire-ci et je lui apprends la vérité.

Je vais vous transcrire ce qu'il m'a écrit il y a quelque temps sur la lettre qu'il a reçue de vous.

« La lettre de madame la duchesse de Choiseul est » charmante et pleine de lumières ; remerciez-l'en dans » les termes les plus forts que vous saurez choisir; il » ne faut pas que j'y réponde, n'est-ce pas? ce serait » la prier d'une correspondance, ce qui serait Irès- « impertinent et très-présomptueux de ma part. »

Vous aurez madame de Biron la semaine prochaine ; rien au monde ne m'empêcherait de vous aller trouver si j'étais du nombre des vivants; mais je ne puis prétendre qu'à être comme M. de Laitre, la plus vivante de toutes les mortes, et encore faut-il que je pense h vous pour jouir de celte sorte d'existence; mais je vous ai promis de ne vous plus écrire rien de triste. Le plus sûr moyen pour bannir toute tristesse, c'est de penser à votre retour; dites-moi, je vous supplie, quand on peut l'espérer ; faites-moi savoir de vos nouvelles, et permettez-moi de faire mille compliments à madame la comtesse de Choiseul. ,

Adieu, chère grand'maman, je voudrais bien que vous m'aimassiez un peu, c'est tout ce que je désire.

DE LA DUCHESSE DE CHOISEIJL

A Chanteloup, ce 31 juin 1766.

Comment ! vous êtes informée, ma chère enfant, du succès de votre présent? M. de Walpole vous en a écrit? J'en "Suis au désespoir, j'espérais vous en donner les premières nouvelles en vous envoyant ce billet de M. de Guercliy, pour lequel j'allais vous écrire, et ce n'a pas encore été une petite mortification pour moi que vous eussiez mis la main à la plume la première, car j'espérais me targuer de ma diligence et vous couvrir de honte en vous accablant de reproches sur votre paresse ; au lieu de cela, c'est à moi à rougir ; mais un peu de honte, dit-on, est bientôt passée, et le plaisir très-certain de posséder votre charmante lettre, de la lire et relire, me reste et me restera jusqu'à ce . qu'une nouvelle vienne éclipser celle-ci par l'impression d'un nouveau plaisir. Mais lisez, je vous prie, le billet de M. de Guerchy, il m'a charmée par malice et par vanité; il est clair, à la tournure de ce billet, que M. de Guerchy ne doute pas que le présent et surtout la lettre de madame de Sévigné ne soient de moi. Il n'est personne pour qui il ne fiJt assez flatteur d'être soupçonné d'avoir ajouté aux grâces et à l'esprit de madame de Sévigné. Jugez donc si je tire vanité de ce soupçon. Ce qui me charmait le plus encore, c'était d'imaginer que M. de Guerchy ne manquerait pas enfin de confier ce qu'il croyait sa certitude à M. de Walpole, qui allait m'en adresser ses remercîments, que vous senti-

riez tout cela par le billet; que vous seriez furieuse de n'avoir pas été découverte, et que vous seriez obligée de recourir enfin à ce moyen konteuœ de décliner son mm, disant : Je suis Oreste ou bien Agamemnon.

J'étais ravie de vous faire cette petite niche; mais, comme je ne veux cependant pas avoir l'air de me parer des plumes du paon, j'ai écrit tout de suite à M. de Guerchy que ni la boîte ni la lettre ne venait de moi, mais sans lui nommer l'auteur de cette galanterie.

Quoi! M. de Walpole trouve qu'il y a des lumières dans ma lettre? Ohl je ne suis plus étonnée qu'il ne m'écrive pas. Il n'y a rien de si ennuyeux que les lumières, les lumi^es d'une lettre surtout; elles n'éblouissent ni n'éclairent; il n'y a que les savants et les artistes qui aient des lumières : les premiers ont éclairé le monde par les lumières de leurs découvertes et de leur instruction : les seconds l'ont perverti par des idées lumineuses avec lesquelles ils ont porté leur art à son comble et notre luxe au dernier période ; malgré cela, il me semble que j'ai bien plus d'obligations à ceux-ci qu'aux autres; je me sens du faible pour eux ; ce sont les mies qui vous gâtent, les savants sont les pédants qui nous élèvent. Oh ! je les respecte beaucoup, beaucoup, infiniment. Mais vous savez bien, ma chère enfant, que l'on aime toujours sa mie de préférence à tout. Quoi qu'il en soit, moi je n'aime guère les lumières. Je hais surtout celles d'une femme, et d'une femme du monde; rien de si faux et de si plat Mais, dites-moi un peu, est-ce que vous ne seriez pas au désespoir d'avoir des lumières?

J'attends demain la comtesse de Biroii ', et je m'en fais un grand plaisir, quoique j'aie fait tout ce que j'ai pu pour qu'elle ne vtnt pas; mais j'ai si bien pris mes précautions pour qu'on ne me rendît responsable de rien (quoique assurément je sois plus persuadée que personne qu'il n'y aurait rien à risquer à répondre de tout pour -elle) , que j'espère jouir sans trouble du plaisir de l'avoir avec moi. C'est une grande obligation que j'ai à madame la maréchale de Luxembourg et à' madame la duchesse de BoufElers, d'avoir consenti à me la céder pendant quelque- temps. Je voudrais bien leur en marquer ma reconnaissance. Personne n'est plus propre que vous, ma chère enfant, à la bien exprimer, si vous avez la bonté d'en prendre la peine. Bon Dieu, ne dites donc pas que vous n'êtes plus du nombre des vivants!... C'est le cœur qui vit, tout le reste n'est que formes. Si à cent ans vous aimez encore, vous serez plus en vie que cette jeune personne de quinze ans fraîche et saine, mais impassive; et si vous aimez on voua aimera mieux qu'elle, et vous aurez plus deraisond'êtreattachéeàla vie, puisqu'on vous aimera. Ne perdez donc pas ce feu sacré qui vous a été donné avec tant d'abondance ; aimez, soyez aimée, vous serez toujours jeune; et que votre grand'maman entre pour quelque chose dans votre vie, et soit ce qui vous y attache.

1 Amélie de Bouliers, petiie-fille et héritière de la maréchale de Luxembourg, avait épousé c«tte même année Armand-Louis de GoDtaut, connu également »oas tes noms de LauionetdeBiron.

U CORRESPONUANCE

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