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>OTICE PBÉLIHINAIRB. vu
beaucoup de déférence et de respect. Le comte de Vichy, frère aîné de mademoiselle de Chamrond, maréchal de camp des armées du roi, quitta le service pour raison de santé en 1743, se retira dans son château de Chamrond, près Roannes, après avoir épousé mademoiselle d'Albon, d'une bonne famille de la province. Un second frère fut trésorier de la Sainte-Chapelle, à Paris ; enûn, une sœur fut mariée h kvi~ gnon, au marquis d'Aulan.
Orpheline de bonne heure, mademoiselle de Chamrond tut élevée et, si on l'en croit, mal élevée, au couvent de la Madeleine de Ti-énel, rue de Charonne, à Paris. Ses parents, raconte M. Walpole, alarmés sur ses sentiments religieux, lui envoyèrent un jour Massillon pour s'entretenir avec elle et la catéchiser. Elle-même confirme ce fait dans une lettre à Vollaire du 28 septembre 1 765. a Je me souviens, dit-elle, que dans ma jeunesse, étant au couvent, madame de Luynes m'envoya le père Massillon. Mon génie trembla devant le sien ; ce ne fut pas k la force de ses raisons que je me soumis, mais à l'importance du raisonneur. » Walpole assure que la jeune pensionnaire ne fut pas plus intimidée par le caractère que persuadée par les raisonnements de Massillon ; qu'elle soutint la discussion avec beaucoup de bon sens, et que le prélat futur la quitta plus frappé de sa beauté et de son esprit que scandalisé de ses hérésies. Il ajoute, au surplus, que jamais madame du Deftand ne fit parade d'un scepticisme trop à la mode dans sa société; qu'elle désira toujours < de pouvoir être dévote, ce qui lui paraissait l'état le plus heureux de cette vie... » Elle-même parle souvent de ce désir, sans affectation comme sans respect humain. Elle voudrait, écrit-elle une fois à Walpole, c chercher dans
vm NOTICE PBÉLIUINAIRE.
les pratiques de la religion ou des consolations, ou une ressource contre l'ennui!.. Souvenez-vous du songe d'Athalie :
Dans le temple des juifs un instinct m'a poussée. Et d'apaiser leur Dieu, ]'u coDf u ta pensée.
J'ai donc essayé de satisfaire cette inspiration. ■» Elle se mit en rapport et eut plusieurs conversations avec un père jésuite qu'elle ne nomme pas (La Harpe prétend que ce fut le père Lenfant, célèbre prédicateur), à qui elle trouve « beaucoup d'esprit et dont elle est très-contente, > mais elle n'ajoute rien de plus, et ne parle pas du fruit qu'elle aurait retiré de ces conférences. On comprend bien pourquoi elle n'en pouvait retirer aucun. Elle demandait à la religion de satisfaire ou d'exercer son esprit, plutôt que d'édifier son cœur. Elle-même confesse qu'il lui a toujours été impossible de se résigner à apprendre une seule page du catéchisme qu'on lui faisait lire tous les matins au couvent. f J'étais, dit-elle, comme Fontenelle; j'avais à peine dis ans que je commençais jk n'y rien comprendre!..» Plus tard, après qu'elle eut perdu la vue, elle entreprend an jour de se faire lire les épitres de saint Paul, et, s'impatientant de ne pas entendre cela comme un roman, elle interrompt le lecteur en s'écriant : « Eh 1 mais... est-ce que vous comprenez quelque chose à tout cela, vous?.. » Triste sort de ces raisons orgueilleuses qui veulent escalader le ciel, comme les architectes de la tour de Babel; et prétendent follement conquérir la foi, au lieu de la demander humblement et de l'espérer avec amourl.. Il est peu d'exemples plus frappants et peu de natures plus curieuses à observer, sous ce rap-
NOTICE PRËLIHINAIRE. ii
port, que celle de cette pauvre femme. On voit que son esprit, net et actif, souffre dans le doute comme un mallieureui être à qui la respiration manqife dans le vide. Un incurable ennui l'obsède; « elle est inquiète; elle tient du caraclère de l'inquiet... Elle n'a pas i'objet, et c'est le plus grand des malheurs'... Elle dissipe sa vie sans en jouir*, elle en envisage le terme avec terreur, » et répète tristement : « C'est un grand mal de l'avoir rcQue, quoique c'en soit aussi un fort grand de savoir qu'on la perdra "... »
Il parait cependant que, même dans les désordres de sa jeunesse, madame du DefFand avait conservé l'habitude de certaines pratiques religieuses. « Vous serez étonnée, écrit quelque temps avant sa mort mademoiselle Aissé à madame de Calandrini, quand je vous dirai que mes confidents et les instruments de ma conversion sont mon amant *, mesdames de Parabëre et du DefFand. ■» Et plus loin : « Madame du Deffand, sans savoir ma façon de penser , m'a proposé elle-même son confesseur, le père Bonrsault *. Je ne doute pas que ce qui se passe sous leurs yeux ne jette dans leur cœur quelque étincelle de conversion. Dieu le veuiUe! > Ces étincelles n'allumèrent malheureusement pas un grand feu. La pénitente du père Boursault, dans ses velléités de dévotion, indique elle-même le point ob se sont arrêtées ses austérités : a Je me suis mise tout à fait dans la réforme,
• Lettre à l'abbé Barthélémy, 31 Juillet 1772. ' 11 janvier 1771.
' * A la duchesae de Clioiseul, 31 août 1773.
* Le chevalier d'Aydie.
' Le père Boumault, supérieur des Tbéatins, d'Bsepe à la Cour
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M. NOTICE PRËLIMINAIRE.
écrit-elle à Fonnont, j'fû renoncé aux spectacles, je vais & la grand'messe de ma paroisse ; quant au rouge et au président*, je ne leur ferai pas l'bonnear de les quitter. »
Mais c'était assez dé ces faiblesses et de cette disposition passagère à entr'ouvrir son esprit aux vérités religieuses pour s'attirerlamalveillancebaineuEe de la coterie philosophique, dont la destruction du christianisme était la grande affaire, et qui ne pardonnait sur ce point ni l'hésitation ni la tiédeur. Il fallait à ces messieurs des sujets bien décidés et bien neU sur t le grand préjugé, surtout quand ces sujets tenaient un rang parmi les honnêtes gens '. » Ils avaient cm pouvoir compter sur madame du Deftand. Son refus de concours Ût l'effet d'une trahison, et, plusieurs fois, elle fut dénoncée comme faux frère au patriarche de Fernex. A diverses reprises Voltaire lui adresse sur ce sujet des reproches assez vifs. Elle lui répond avec plus d'indépendance que cet « enenfant gâté du siècle qu'il gâta ' » n'en tolérait habituellement de la part de ses amis. De son câté, madame du Deffand s'exprime en toute occasion, sans nul ménagement, sur la lii^rée de Voltaire, parle de tout le dédain qu'elle mérite, de l'ennui mêlé de dégoût qu'inspirent ces rab&chages continuels contre la religion et ses ministres, avec une liberté de langage que l'irritable grand homme n'aurait pas soufferte de tout autre.
Le 3 août 1718, mademoiselle de Chamrond épousa la mar-
< Le président Hénault.
> Lettre de Diderot à mademoiselle Voland, H août 1750. ■ Grimm reporte, dans ss correspoïklance litiéridre, cette épitapbe de Voltaire par une dame de Lauianne i
< Ci-git l'sarant gkté du efècle qu'il gita. >
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>OTICB PRÉLÎMIPJAIRB. M
quis du Deffand de la Lande, bon gentilhomme de Bourgogne, colonel d'un régiment de dragons. On peut penser de cette union ce que quelqu'un disait d'un mariage du même genre : < Tout est parfaitement assorti, sauf les caractères qui ne se conviennent pas du tout ! » Les deux époux ne tardèrent pas h s'en apercevoir, et madame du Deffand, naturellement sensible aux humeurs noires et aux vapeurs, qui écrivait cinquante ans plus tard à Walpole : « L'ennui a été et sera toujours cause de toutes mes fautes, » ne tarda pas à s'ennuyer de son mari. On voit dans une lettre de Walpole h son ami le poète Gray, qu'elle fut un moment ta maîtresse du régent. Ailleurs, il parle de quinze jours. La question de temps importe peu ; le fait lui-même n'est mentionné dans aucun écrit contemporain ; mais peut-être Walpole le tenaitil de madame du Deffand elle-même; et, dans ce cas, il faut convenir qu'on n'en peut guère douter. Un journal du temps parle seulement, à la date du 30 juillet 1721, « d'une fête magnifique donnée par le régent & la maréchale d'Estrées, dans une maison de Sainl-Cloud, qui avait appartenu k l'électeur de Bavière. Madame d'Averne y était brillante avec madame du Deffand et une autre dame. Plusieurs autres avaient refusé d'y paraître. La fête dura une partie de la nuit; les jardins de Saint-Cloud étaient illuminés de plus de vingt mille bougies qui faisaient avec les cascades et les jets d'eau un effet merveilleux. Tous les carrosses de Paris étaient dans le bois de Boulogne, à Passy, h Auteuil, et on voyait de toutes parts les délices de Capoue >. » Madame du Deffand nous apprend elle-même que, en 1 725,
* J(iunia/(f« Parti, par Mathieu Marais. SteuerilrotpttltM.
iii NOTICE PRELIMINAIRE.
elle allait souvent visiter dans son exil, à Courbépine, la . marquise de Prie, maîtresse de M. le duc, dont Duclos dit c qu'elle était simple dans le vice, et cacliait sous un voile de naïveté la fausseté la plus dangereuse, sans la moindre idée de la vertu, mot pour elle vide de sens, » Causant un jour avec madame du Deifand, elle se plaignait très-amèrement de M. d'Alincourt. a 3e ne vous conseille pas, lui dit madame du Deffand, de donner trop d'éclat à vos plaintes. — Pourquoi donc? — C'est que le public interprète fort mal les plaintes entre gens qui se sont aimés. — Comment, estce que vous croyez aussi,comme les autres, que j'aie été bien avec M. d'Alincourt? —.Mais .sans doute, répond madame du Deffand. » Et voilà madame de Prie à se récrier contre cette calomnie, k donner mille raisons pour s'en justifier. Madame du Deffand écoutait très-froidement cette apologie. « Vous n'êtes pas convaincue? — Non. — Et sur quoi donc jugez-vous que M. d'Alincourt a été mon amant? — C'est que vous me l'avez dit. — Vraiment! Je l'avais oublié,» répond tranquillement madame de Prie '.
Cette même année 1725, la correspondance de Voltaire nous monb'e madame du Deffand au château de la Rivière- Bourdet, dans les environs de Rouen : «Je m'imagine, écritil à la présidente de Bernière, que vous faites des soupers charmants !» et il applique à ces deux dames, qui passaient pour gourmandes, ces vers de Voiture :
Que vous étiez bien plus heureuses,
Lorsque tous étiez autreTois, Je ne veux pas dire ai
lift rime le veut, toiiteTois !
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NOTICE PRÉLIMINAIRE, %m
Il parle de rimagination de madame du DetFand : « Je préférerais bien voire cour à celle-ci [de Fontainebleau), dit-il , surtout depuis qu'elle est orn^ de madame du Deffand... Quand on est avec madame du DefTand et M. l'abbé d'Amfreyille, il n'y a personne qu'on ne puisse oublier. » Ce doit être vers le même temps qu'il adressa cet impromptu, k la suite duquel sont écrits ces mots : Fait ekez tous, ce 8 janvier, après-dîner :
Qui TOUS voit et qui tous entend Perd bieuUt sa philosophie.
Et tout sage, avec du Deffand Voudrait en fou passer sa vie !...
En 4728, nous la trouvons liée avec madame de Parabère et mademoiselle Aissé, l'une ancienne maîtresse du régent, l'autre qui n'avait pas voulu l'être : « Je suis parvenue, écrit cette dernière, à faire faire connaissance à Bertin avec madame du DefTand. Elle est belle, elle a beaucoup de grâce. Il la trouve aimable ; j'espère qu'il commencera avec elle un roman qui durera toute la vie!... »
0n peu plus tard, mademoiselle Aissé écrit ' : Je veux tous parler de madame du Deffand; elle avait un violent désir de se raccommoder avec son mari. Comme elle a de l'esprit, elle appuyait de très-bonnes raisons cette enviée Elle agissait dans plusieurs occasions de façon à rendre ce raccommodement durable et honnête. Sa grand'mère * meurt, et lui laisse 4,000 livres de renie. Sa fortune devenant meilleure,
iiv NOTICE fRÉLIHlNAIRB.
c'ëlait un moyen d'offrir à son mari un état plus heureux que si elle avait été pauvre. Comme il n'était pas riche, elle prétendait rendre moins ridicule son mari de se raccommoder avec elle, devant désirer des héritiers. Cela réussit comme nous l'avions prévu. Elle en reçut des compliments de tout le monde. J'aurais voulu qu'elle ne se pressât pas autant. Il fallait encore un noviciat de six mois, son mari devant les passer naturellement chez son père. J'avais mes raisons pour lui conseiller cela; mais comme cette bonne dame met partout de l'esprit, ou pour mieus dire de l'imagination, au lieu de raison et de stabilité, elle emballa la chose de manière que le mari amoureux rompit son vo)age«t se vint établir chez elle, c'est-à-dire y diner et souper, car pour habiter ensemble elle ne voulut pas en entendre parler de trois mois, pour éviter tout soupçon injurieux pour elle et pour son mari. C'était la plus belle amitié du monde pendant six semaines. Au bout de ce temps-là, elle s'est ennuyée de cette vie, et a repris pour son mari une aversion outrée. Sans lui faire de brusquerie, elle avait un air si désespéré, si triste, qu'il prit le parti de retourner chez son père. Elle prend toutes les mesures imaginables pour qu'il ne revienne pas. Je lui ai représenté durement toute l'infamie de son procédé. Elle a voulu me toucher et me faire revenir à ses raisons. J'ai tenu bon ; j'ai resté trois semaines sans la voir. Elle est venue me chercher. 11 n'y* a sortes de bassesses qu'elle n'ait mises en usage pour que je ne l'abandonnasse pas. Je lui ai dit que le public s'éloignait d'elle comme je m'en éloignaisi que je souhaitais qu'elle prit autant de peine de plaire à ce public qu'à moi ; qu'a mon égard, je le respectais trop pour ne pas lui sacriQer mon goût pour elle.
NOTICIi PRËLIUINAIRB. iv
Elle pleura beaucoup; je n'en fus pas touchée. La fin de cette misérable conduite, c'est qu'elle ne peut vivre avec personne. Un amant qu'elle avait avant son raccommodement avec son mari, excédé d'elle, l'avait quittée, et quand il apprit qu'elle était bien avec M. du DefTand, il lui a écrit des lettres pleines de reproches. Il est revenu, l'amour-propre ayant réveillé des feux mal éteints. La bonne dame n'a suivi que son penchant, et, sans réflexion, elle a cru un amant meilleur qu'un mari. Elle a obligé ce dernier à abandonner la place. Il n'a pas été parti que son amant l'a quittée. Elle reste la fable du public, blùmée de tout le monde, méprisée de son amant, délaissée de ses amis; elle ne sait plus comment débrouiller tout cela. Elle se jette à la tête des gens pour faire croire qu'elle n'est pas abandonnée; cela ne lui réussit pas. L'air délibéré et embarrassé régnent tour à tour dans sa personne. Voilà où elle en est, et où j'en suis avec elle M..,. »
Le président Hénault et plusieurs des amis de madame du Deffand ont fait son portrait à différentes époques. C'était un exercice d'esprit fort à la mode alors, et bien en rapport avec l'état de la société. La frivolité qui fait perdre de vue l'idéal donne d'autant plus d'importance aux nuances, et habitue facilement à ne plus juger que par comparaison. La manière d'être de chacun devient un fait d'autant plus curieux à observer, qu'on ne reconnaît plus de principe auquel se puisse mesurer la vraie valeur morale des individus. Madame du Deffand, qui observait mieux que personne, a
I Madeiiioiaelle kksé. Lettre lïl', 1778.
JVi NOTICE PRÉLIMINAIRE.
fail deux fois sod portrait à quarante-huit ans de distance. Mais aucun ne la peint mieux que ce récit de mademoiselle Aissé. Celui-là a l'avaulage d'être en action, et on la connaît quand on a lu cette singulièreanecdotedesavie. ônytrouve sa légèreté, son inconstance, ses vapeurs, quelques bons mouvements, mais un incurable ennui, et le désir d'y échapper h tout prix, sans presque aucun sentiment, du moins aucun respect du devoir, et une absence absolue de principes. A cet égard, au surplus, la société n'était pas sévère; peut-être mademoiselle Aissé exagère-t-elle un peu la déconsidération encourue par son ancienne amie. Peut-être le souvenir des torts qu'elle lui reproche s'effaça-t-il bien vite dans un monde où beaucoup d'esprit et de savoir-vivre suffisaient pour rétablir l'existen™ la plus compromise. Quoi qu'il en soit, vers le temps même où mademoiselle Aissé la condamnait si durement, on la trouve fort appréciée par madame la duchesse du Maine et par tous ceux qui composaient la petite cour de cette princesse. « Nous avions à Sceaux, dit madame de Slaal, alors mademoiselle de Launay, madame la marquise du DefTand. Personne n'a plus d'esprit, et ne l'a si naturel. Le feu pétillant qui l'anime pénètre au fond de chaque objet, le fait sortir de lui-même et donne du relief aux simples linéaments. Elle possède au suprême dfgré le talent de peindre les caractères, et ses portraits, plus vivants que les originaux, les font mieux connaître que le plus intime commerce avec eus. Elle me donna une idée toute nouvelle de ce genre d'écrire, en me montrant un portrait de moi qu'elle avait fait. Mais un peu de prévention et trop de politesse l'avaient, contre son ordinaire, écartée du
NOTICE PRËLIUINAIRE. >vic
vrai. J'entrepris de le faire moi-même pour lui prouver sa méprise, et je le lui donnai *. »
La duchesse du Maine s'arrangeait peu t d'une amitié métaphysique, bonne pour ^e purs esprits *. t Comme le roi Louis XIV, elle exigeait de ses courtisans une continuelle assiduité. « Sa passion dominante était la multilude, goiU qui augmeotait et se fortifiait à mesure qu'elle trouvait moins de ressources en elle-même *. » Incapable de « se passer des choses et des personnes dont elle ne se souciait guère, » elle voulait voir réunies autour d'elle toutes ses bêtes : tes abbés de Chaalieu et de Polignac, Lamothe, Voltaire, mesdames de Lambert et du Deftand, et le berger de Sceaux, le marquis de Sainte-Âulaire, que le temps avait oublié, ainsi que Fontenelle, et auquel il fut donné, comme à ce dernier, d'être aimable pendant cent ans. Au milieu de cette cour trdnait avec une frivolité majestueuse, comme pour parodier les magnificences du grand roi, la petite-Qlte du grand Condé, Louise-Bénédicte de Bourbon, la divine ludorise, la femme du monde peut-être en l'honneur de laquelle il a été dépensé le plus de petits vers et de madrigaux ; tour à tour déesse et bergère, dont Lamothe, au dire de Fontenelle, prétendait être amoureux. On conférait en grande solennité, à madame du Deffand les insignes de Cordre de la mouche à miel *, et on tenait cour d'amour comme au moyen âge.
' Ce portrait se trouve dans les Mt^moires de madame de StaaI.
1 Lettre de la dHchesse du Maioe A madame du Deffand, 7 Juin 17&T.
I Mémoires de madame de StaaI.
• Voir les couplets composés à cette occasion par le président Héi.auli. La duchesse du Maine était grande midtresse de cet ordre, dont la devise tirée de VAsitnta du Tasse ; o l'iccola si, ma fa grme le feriie.... » faisait allusion à la petite taille de la duchesse.
xviii NOTICE pnËLlHlNAIRB.
Du reste, la duchesse du Maine se plaisait à se voir ainsi entourée, moins pour jouir de i'esprit des autres que pour faire briller le sien, t J'aime beaucoup la société, dieait-elle avec une naïveté de princesse ; tout le monde m'écoute, et je n'écoute personne!.,, > Madame du DefTand au contraire savait écouter, qualité aussi rare peut-être que celle de bieii dire. Personne ne s'entendait mieux qu'elle h faire causer, à mettre en mouvement et en valeur tout ce qui l'entourait. Aussi le chevalier d'Aydie, grand chasseur, la comparait-il à « un bon chien qui fait lever ieauoou;) de gibier. >
Ce fut à Sceaux qu'elle connut le président Hénault, l'un des hommes les plus recherchés dans la bonne isompagnie de son temps, et d'habitudes moins sérieuses que ses écrits, que ceux du moins par lesquels il est aujourd'hui connu, car il en a composé de moins graves que sa fameuse chronologie. Walpole imprima plus tard, sans doute par égard pour madame du Detland, une tragédie intitulée Comélie, que le président avait composée, t fruil de sa première jeunesse et ouvrage de l'amour > dit l'auteur dansune épitre dëdicaloire. « Il est à craindre, ajoute-t-il, qu'elle ne se ressente de l'emportement d'une première passion. . . > c Pauvre ' président, observe Grimm * ; il a pu être amant aimable, mais amant passionnel... on ne saurait lui faii-e cette injustice...» Voltaire le jugeait plus favoralflemeat...
Ht^nkull, l'uD dw meilleurs luppôt»
Du Dieu que les buveun «dorant, •-
Quo l'amour doit compter cDOore Au rang de ses wléi dévotsl...
* Correipondtmee titliraire, 15 Juillet 1768>
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NOTICE PBÉLIUINAIHE. m
Malgré cette dévotion, k l'époque où le président connut madame du Deffand, il avoue qu'il commençait à être bien aise, quand par hasard il se trompait d'heure, et arrivait trop tard à un rendez-vous. Madame du Deffand avait alors trenle-trois ans. Le récent scandale de sa rupture avec son mari l'avait compromise. Ce fut sans doute quand elle se vit la fable du publie, blâmée de tout le monde, et délaissée de ses amis, que, pour refaire sa réputation, elle commença ce qu'on appelait son ménage avec le président. Le portrait qu'elle en donne prouve qu'elle le jugeait sant illusion : « Toutes les qualités et même presque tous les dé~ fauts de M. le président Hénault, dit-elle, sont à l'avantage de la société. Sa vanité lui donne un extrême désir de plaire, sa facilite lui concilie tous les différents caractères, et sa faiblesse semble n'dter à ses vertus que ce qu'elles ont de rude et de sauvage dans les autres.
. » Ses sentiments sont fins et délicats, mais son esprit vient trop souvent à leur secours pour les expliquer et les démêler. Et comme rarement le cœur a besoin d'interprète,, on serait tenté quelquefois de croire qu'il ne fait que penser ce qu'il imagine de sentir. Il parait démentir M. de la Rochefoucauld, et il lui ferait peut-être dire aujourd'hui que le cœur est souvent la dupe de l'esprit.
■ Tout concourt à le rendre l'homme du monde le plus aimable ; il plaît aux uns par ses bonnes qualités, et k beaucoup d'autres par ses défauts.
» It est impétueux dans toutes ses actions, dans ses disputes, dans ses approbations; il parait toujours vivement affecté des objets qu'il voit et des sujets qu'il traite. Mais il passe si subitement de la plus grande .véhémence à la plus