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DE HXDAHE DU DBFFAND. SB
y a de différence entre un grand et un petit abbé! Que le grand abbé est heureux! Il fait une grande partie de votre bonheur, et c'est en quoi je l'envie; il vous adore, c'est en quoi je lui ressemble; il est aimable, et très-aimable, voilà en quoi je suis bien différente.
J'eus avant-hier pour la première fois des nouvelles de Marly. Le prince m'a appris que madame la maréchale ' avait des rougeurs ; qiie ce n'était point la rougeole, mais une ébutlition. 11 ne savait pas si elle . irait à Saint-Hubert. Elle n'y a pas été, à ce que m'a mandé madame de Luxembourg. Mais vous savez les nouvelles de ce pays-là bien mieux que moi.
Je fus hier à la représentation de Bajaz^, chez madame de Villeroy. Mademoiselle Clairon joua fort bien, tout le reste fut pitoyable. Acomat, qui était Brizard, fit très-mal, et pour le Bajazet, c'était un polisson. On ne pouvait pas choisir d'acteur plus propre à faire sentir tous les défauts de la pièce ; c'est celle d« Racine qui me platt le moins. Ah ! quels Turcs ! Bajazet est une espèce de Céladon : la scène ne serait point déplacée au bord du Lignon ; Acomat ne ressemble pas mal au druide Adamas; le rôle de Boxane, qui est le plus conséquencieux, parait ridicule quand c'est un polisson qui fait Bajazet. Enfm, je m'ennuyai beaucoup. Je ne connais plus de plaisir, d'amusement, de divertissement que les petits soupers chez vous, avec
■ De Beauvau.
* Madame de Mirepoix
le grand abbé que j'aime, le petit oncle ' dont je désire être aimée ; si vous leur parlez de moi quelquefois, s'ils me protègent auprès de vous, je les aimerai encore davantage.
Cette lettre a été interrompue par une qui vient d'Angleterre; si vous étiez ici, je vous la lirais. On envoie des livres à l'abbé Barthélémy. Ils n'arriveront que dans quinze jours, parce que les personnes qui les apportent ne partiront que la semaine prochaine. On a reçu votre lettre : on y répondra comme il faut, me mande-t-on. Je ne sais pas ce que veut dire ce comme il faut. J'ai peur que ce soit en beau style. Voilà ce que vous vaut l'estime qu'on fait de vous, et à moi, qu'on n'estime guère, on m'écrit d'assez bonnes lettres.
Je voudrais savoir l'arrangement de vos journées, si vous avez un coup de cloche , c'est-à-dire si vous avez des heures marquées pour les différentes occupations. Ce me serait un grand plaisir de vous suivre et de pouvoir dire : « Actuellement la grand'raaman lit, écrit, se promène, voit ses moutons, ses cochons, gronde son grand abbé, cajole son petit oncle. » Je
< H. de Thiers. Il était frère de M. du Chàtel. C'est le bon oncle dont madame de Choiaeul parlera souvent dans ses lettres; il avait épousé, en 1726, Harie-Louise-Augustine de Laval Montmorency ; les mariages d'argent étaient déjà alors assez communs; c'est-à-dire que des grands seigneurs s'alliaient assez fréquemment i des filles de financiers. Mais il était plus rare de voir des flls de financiers épouser des Montmorency ou des Gouffier. Du reste, MU. Crozat avaient suivi la carrière des armes, et devinrent l'un et l'autre lieulenants-générauic. L'aîné, H. Crozat du Châtel, était mort en 1750. Son frère, M. Crozat de Thiers, mourut en 1770.