‹ Correspondance inédite de mme du DeffandChapitre 44 sur 45 · I.XbyGOOglC · texte numérisé non relu

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de respect, d'attachement et de reconnaissance pour vous et pour le grand-papa, des justifications, etc. Je lui promis de vous en rendre compte. Voilà tout ce que je sais. Je n'écris point à l'abbé, mais vous voudrez bien lui dire que je l'aime plus que jamais.

A LA DUCHESSE DE CBQISEUL

Ce mardi 11 décembre 1771.

Je prévoyais , il y a quelque temps, ce qui vient d'arriver '; mais je l'ai cependant appris avec surprise et saisissement. La conduite du grand-papa est bien courageuse et bien noble ; j'ignore encore ce qu'elle produira. Je n'appris rien hier, et, comme je ne vis personne de la journée que je pusse croire bien instruit, je ne sais ce que je dois penser et prévoir ; mais vous n'attendez pas de moi des nouvelles.

Je vis vendredi la petite maréchale ; elle ne savait aucnn détail. Le lendemain je soupai chez les Beauvau. La princesse est toujours héroïque. Je l'admire , mais je la trouve inimitable. Je n'ai pas l'âme si

1 La démission de coloael général des Suisses avait été demandée k H. de Choiseul, qui l'avait envoyée sur-le-champ, c Sa soumisEÎOD a élé prompte et parfaite, sans parler d'aucune capitulation .. Le pauvre abbé est bien à plaindre s'il perd sa pUce de secrétaire... > (Lettre k Walpole, 12 décembre 1771. )

romaine. Si l'abbé votia a dit tout ce que je pense, vous devez juger de l'iiTipresslon que me fait tant de Vertus. Quand les liaisons commencent, on ne prévoit pas quelles seront leurs suites. Ah I je fais bien dos réflexions dans mon tonneau; que ne suis-je dans celui qui m'attend à Chanteloup? Je n'ose me flatter de l'occuper jamais: trop de raisons m'arrêtent; mais passer sa vie sans vous voir est une idée que je ne puis supporter. Je veux me flatter qu'il arrivera quel- ■ que événement ; que, du bouleversement qui ressemble au chaos, il -se formera un nouvel arrangement qui remettra tout dans l'ordre. Il est impossible que tout ceci subsiste. Il ne peut y avoir de concorde entre les méchants. Ils doivent nécessairement tourner leurs armes contre eux-mêmes et êlre détruits l'un par l'autre. Mais qu'ils se hâtent, et que je puisse êlre témoin de tenr ruine !...

A LA BUCEESSE SE OHOIEEITL

Pirii, ce SO âteUnM 177S.

Voilà donc le sort du grand-papa décidé. Il n'est pas tel que je l'aurais désiré; maie ce que j'ai fort approuvé avec tout le public, c'est que la pension voua soit réversible. Il n'y entre aucune vue d'intérêt; le témoignage de coDsidération est tout ce que je voie* et

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DE HADAMK DU DBFFAND. A7I

ce qui a généralement par» juste. Je crois vous entendre me reprocher cette façon de penser. Je sais que vous ne vous comptez pour rien, que vous ne voulez jamais qu'il soit question de vous. Mais cessez de prétendreque cela soit. Plus voua cherchez à vous cacher, plus vous vous faites connaître. Votre modestie vous rend plus célèbre et plus respectable que l'éclatant héroïsme des autres. Comprenez-vous .que ta charge ne soit pas encore donnée? Toutes les raisons qu'on imagine, toutes les spéculations que l'on fait sont absur" des. On serait honteux de deviner aujourd'hui co que l'on fera demain. Pour moi, je crois que si ce n'est pas le puîné ', ce sera le Bâcha *. Pourquoi pas ce dernier? Plus son élévation est rapide, plus sa chute semble prochaine. Tout ceci ne saurait subsister. Dans deux ans d'ici on croira avoir fait un mauvaift rave. Je désire vivre le temps qu'il faudra pour être témoin dece changement!.. .

Je vis hier l'abbé ; nous sommes bien d'accord dans nos sentiments et notre façon de penser. Je l'aime doublement ; je l'aime pour lui et je vous aime en lut. Mais savez-vous qui je hais? C'est moi, surtout quand je n'ai pas dormi. Les insomnies me font faire des pas de géant vers un terme qui n'est pas le château de Chanteloup. Pourquoi ne suis-je pas née habitante d'Amboise? Je voudrais être tout ce qui pourrait me rapprocher de vous !

' H. le comle de Provence.

* Le duc d'Aiguillon.

COnBESPONDANCB

C'est par M. d'Esterbazy que vous recevrez cette lettre. JesBÏs qu'il a du mérite. J'avais un commencement de connaissance avec lui qui n'a pointeu de suite. J'imagine qu'il cherchera à vous plaire. Je serais bien aise qtfil eût envie de me connaître. Donnez-lui-en la pensée. Jen'aime^ue les gens raisonnables; ils sont bien rares. J'ai beaucoup de peine à me former une société supportable, ce qui me serait bien nécessaire, ne sortant presque plus et détestant ce qu'on appelle le monde.

J'eus hier la princesse. Son mari va aujourd'hui à Trie chasser avec M. le prince de Conti. Il n'en reviendra que mardi, veille de Noël, jour d'une grande époque', qui ne sortira jamais de ma mémoire, où tout mon bonheur a été renversée

Je fus hier longtemps tête k tête avec l'abbé. Je sens combien il doit vous manquer. L'incomparable ne le remplacera point. Ehl qui pourrait le remplacer?

' La diggrice de H. de Clioiseul.

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