‹ Correspondance inédite [de] Stendhal. Précédée d'une introdChapitre 1 sur 34 · À MONSIEUR F ... F...., A PARIS · texte numérisé non relu

À MONSIEUR F ... F...., A PARIS

Land.liiit, le 26 avril 1809.

Je jouis d'une disgrâce assez complète. On parle à tout le monde, fors à moi. Quelle en est la cause? Il ne me paraît guère probable que je sois commissaire des guerres au commencement de la campagne. Sans doule à la fin, avec tout le monde, lorsque les convenances théâtrales ne permellront guère défaire autrement.

Quant à notre bureau, il ressemble tissez à la cour du roi Pétaad. L'avantage y est pour les parleurs ab hoc et ah liac, cl je ne parle presque pas. — Le bon de tout cela, c'est que l'ambition ressemble assez à l'amour, dont on a dit :

Si l'amour vit d'espoir, il s'éteint avec lui.

Je voudrais bien parler, mais il s'agit d'avoir un flux de paroles plates ou communes à débiter.

Adieu, je cours voir S. M.

ŒUVRES POSTHUMES DE STENDHaL.

A MO.NSIEUr, F,..

Wels, le 5 m:ii 1809.

Je n'ai pas le temps de l'écrire longuemenl ; laiinable Paco est ici. Lis, si lu veux, la leliro ci-jointe à ma sœur, et fais-la partir ensuite.

J'ai besoin d'imagination; aclictc-mui, je t'en prie, les Martyrs de M. de Chateaubriand, trois volumes, et envoie-les-moi par les bureaux de la liste civile.

J'eus réellement envie de vomir en traversant Cbcrsberg, en voyant les roues de ma voilure faire jaillir les entrailles des corps de pauvres petits chasseurs à moitié brûles. Je me mis à parler pour me distraire de cet honible spoclacle; il résulte de là quon me croit un cœur de fer.

On m'estime, mais on ne m'aime pas. Tout cela vient de ce que dire des puérilités pendant douze heures, chaque jour, m'assomme, et je me tais.

A MONSIEUR F F...., A rAl;lS.

Saial-Pullen, le 11 mai 1809.

Ilier, le soir du jour de ma conversation avec M. de Paco, j'ai reçu une lettre que je t'envoie , parce que je n'ai pas le temps de la copier. Tu verras aussi la réponse, que tu mettras ensuite à lapelite poste. Si le temps le permettait, je te demanderais, si tu y trouves quelque grosse faute romanesque, de me la renvoyer pour qu'il en soit fait une autre édition. Le temps manquant, corrige avec un grattoir ; ou ne connaît pas assez mou écriture pour s'apercevoir que les corrections qui, d'ailleurs, porteront probablement sur uu mot ou deux, sont dune autre main.

Ici, plus quailleurs, dis-moi loule la vérilé, et donne-moi beaucoup de détails. — J'avais écrit de Douawerlh et ensuite de Wels ; mais mes lettres ont un grand défaut, c'est d'être encore dans ma vache. Est-il bien ou mal que je n'aie pas profité de : Vous m'écrirez?

A propos de Wels et de ce qui m'y est arrivé, je me souviens de l'épigraphe d'un roman : Une timidité hardie. Vous prenez au pas les précautions qu'il faut pour rester en selle au galop ; ce n'est pas timidité, mais c'est qu'au fond du cœur vous aspirez à galoper.

Je ne sais ce que lu penseras de mon aventure de Wels; mais sois sûr que jamais tu ne me sembleras long, parlant de cet article.

J'ai choisi un papier épais, afin que lu puisses gratter s'il y a lieu. Un peintre veut représenter le matin; il sait que les teintes bleues dominent dans cette aimable partie du jour. La tète toute pleine de cette idée, il travaille depuis minuit jusqu'à deux heures à son tableau ; mais il est trop préoccupé pour juger de l'effet; il a peut-être fait trop bleu. Ainsi, gratte et sois sévère dans la réponse.

Ecris-moi toujours sous l'enveloppe pure et simple de M. le comte Daru. Dans le désordre habituel à l'armée, les lettres de particuliers courent de grands dangers. Un de nous a eu occasion d'aller aujourdhui fureter à la poste; il nous a rapporté des lettres à tous, une de loi, entre autres.

Je te regrette bien depuis quelques jours ; il me semble qu'il y a un an que j'ai quille Paris.

Nous partons pour Vienne, ou, pour mieux dire, pour Sehœnbrunn, le 12, à cinq heures du matin.

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