‹ Correspondance inédite [de] Stendhal. Précédée d'une introdChapitre 27 sur 34 · I. lé · texte numérisé non relu

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vivront encore bien des siècles après qu'on aura oublie Rome, JSaples et Florenceen 1817, et autres brochures semblables. i

Mou libraire a mis hier à la poste, pour Gènes, l'Histoire de la peijitiire en Italie, et de r Amour. \

Je voudrais bien, milord, pouvoir parlager votre opinion sur l'auteur d'Old mortality. Je n'ai que faire de sa politique, ditesvous. Vous refusez ainsi de prendre en considération précisément la chose qui me fait regarder le caractère de l'illustre Écossais comme peu digne d'enthousiasme. Quand sir Walter Scott sollicite, avec la passion d'un amant pour sa maîtresse, le verre dans lequel un vieux roi ^ assez méprisable, vient de boire; quand il est un des souteneurs secrets du Beacon-, je vois un homme qui a envie d'être fait baronnet ou pair d'Ecosse. Sur mille personnes qui font de telles choses, dans toutes les antichambres d'Europe, une, peut-être, les fait parce qu'elle croit naïvement le pouvoir absolu utile aux honmies. Sir Walter se serait placé dans cette exception eii refusant le rang de baronnet et autres avantages personnels. S'il était sincère, l'horreur du mépris, sentiment si puissant sur les cœurs généreux, lui eût fait, depuis longtemps, un devoir de cette démarche si simple. Il n'a point eu celte idée; donc il y a quatre-vingt-dixneuf à parier contre un que mon cœur a raison en lui refusant un intérêt passionné. Ce n'est pas mon estime légale que je refuse à sir Walter, c'est mon enthousiasme. La nature de riiomrae est telle, qu'on ne peut plus éprouver ce sentiment pour les caractères qui ont perdu une certaine fleur d'honnêteté', si je puis parler ainsi. C'est un malheur; mais tout homme qui en est réduit à donner des explications sur une action comme celle du Beacon a perdu à jamais cette fleur, aussi facile à ternir que celle qui fait l'orgueil d'une jeune fille.

Mon opinion sur la moralité de sir Walter Scott est à peu près unanime en France : « C'est un homme adroit qui a su faire son nid. Ce n'est pas un fou, comme les autres hommes de

* George IV. (R. G.)

* litre d'un journal loiy qui allaquait par des udomnics la plupart des membres de l'opposition.

génie. » Voilà le mot d'approbation du vulgaire qui fait critique sanglante à mes yeux.

La sévérité convient d'autant mieux envers les actions telles que celles de sir Walter, qu'il y a maintenant tout à perdre à être du parti contraire au sien, et que les rois, éveillés sur leurs dangers, ont de plus magnifiques récompenses pour les grands hommes qui se prostituent.

Si l'auteur d'Ivcaihoe était pauvre comme Otway, mon cœur serait disposé à lui pardonner quelques petites bassesses commises pour obtenir une chétive subsistance ; le mépris serait connue noyé dans ma pitié pour la fatalité de la nature humaine, qui fait naître un grand homme sans un revenu d'un schclling par jour; mais c'est sir Walter Scott millionnaire qui soutient le Beacon!

Si ce journal lui semble utile au bonheur de la majorité des Anglais, comment, sachant qu'on peut le prendre pour un vil llatteur, ne refuse t-il pas le titre de baronnet?

C'est bien malgré mon inclination, milord, que je persiste à dire que, jusqu'à ce que sir Walter ait expliqué cette action d'une manière probable, comme juge, je ne prononcerais pas du haut d'un tribunal que sir Walter a manqué à l'honneur, mais il a perdu tout droit à l'enthousiasme d'un homme qui a entrevu la cour.

Je suis fâché, milord, que ma lettre soit déjà si longue; mais, ayant le malheur d'être d'une opinion contraire à la vôtre, moQ respect nie défendait d'abréger mes raisonnements. Je regrette sincèrement de n'être pas de voire opinion, et cette parole, il n'y a pas dix hommes au monde à qui je puisse l'adresser avec sincérité.

Le pauvre Pellico n'a pas les talents de sir Walter Scott; mais voilà une âme digne de l'intérêt le plus tendre et le plus passionné. Je doute qu'il puisse travailler dans sa prison ; son corps est faible, il était miné depuis longtemps par la pauvreté et la dépendance qui la suit. Réduit à peu près au sort d'Olway, il m'a dit plusieurs fois : a Le plus beau jour de ma vie sera celui où je me sentirai mourir. » Il a un frère à Gênes, un père à Turin. Outre Francesca cl VKufemio di Messina, il a fait, à ce

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-ju'il me disait, dix autres tragédies; son père pourrait en pro- ''urer les manuscrits. Ces tragédies, vendues en Angleterre, pourraient susciter un protecteur au malhem-eux poète, dans cette nation qui renferme tant de caractères élevés; la mort peut .';lianger rapidement les rois de cette nation, d'ici à dix ans que Pellico a encore à habiter le Spiciberg. Un des ministres d'un de ces rois peut faire le calcul qu'il y a avantage pour sa vanité ■i obtenir que Pellico sorte de prison en donnant sa parole d'habiter l'Amérique. •

11 m'a été extrêmement agréable, milord, d'avoir quelque relation personnelle avec l'un des deux ou trois hommes qui, depuis la mort du héros que j'ai adoré, rompent un pou la plate uniformité dans laquelle les affect^Uions de la haute société ont jeté notre pauvre Europe. Autrefois, quand je \m Parisina pour la première fois, mon àme en resta troublée pendant huit jours. Je suis heureux d'avoir une occasion de vous remercier de ce vif plaisir. Old mortalitij m'attache plus vivement, mais limpression que j'en éprouve ne me semble ni aussi profonde ni si durable.

J'ai l'honneur d'être, milord, votre très humble et très-obéissant serviteur.

JI. Beïle.

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