‹ Correspondance inédite de Voltaire avec Frédéric II, le président de Brosses et autres personnagesChapitre 1 sur 61 · OLIVIEB-FULGENCE, ÉDITEUR, B, RUE CASSETTE · texte numérisé non relu

OLIVIEB-FULGENCE, ÉDITEUR, B, RUE CASSETTE

Pourquoi ce volume? A quoi boh? N'avons-nous pas déjà trop de lettres de Voltaire?

Plusieurs réponses.

Pourquoi ce volume?

L'éditeur de ces lettres écrivait Thlstoire d'un des hommes les plus complets du XVIII* siècle , du Président de Brosses. Or , dans sa Correspondance gêné'* raie, on sait à quel point Voltaire traite le Président en ennemi. Jusqu'ici Ton n^a entendu qu'une des parties; mais une impression n'en a pas moins été produite ; et si cette impression est contraire à la vérité , il faut en faire justice. Le biog^phe du Président de Brosses pensa donc naturellement à publier la eorrespondance de cet homme illustre avec VoU taire, cc^nme pièces justificatives de son livrç.

Mats la correspondance en question se liait àd^autres que Voltaire avait eues avec divers membres des cours souveraines de Bourgogne. Force était bien d^entamer par conséquent ces correspondances et d'en détacher quelques lettres , où Voltaire complète, sans le vouloir, la justification du Président.

D'autre part , fractionner ainsi des documents recommandés par le nom le plus populaire de toute la littérature moderne , n'était-ce point manquer en quelque sorte au public et mutiler à plaisir une collection inédite, collection qui avait son unité, puisqu'elle épuise à peu -près, nous le croyons, tout ce qui subsiste des relations de Voltaire avec la province où il choisit son dernier asile et qui a eu les vingt années sinon les plus glorieuses , an moins les plus influentes et les plus curieuses de sa vie?

On se résolut donc à tout publier.

Puis , comme l'ouvrage était sous presse , il nous a été offert des lettres inédites de Voltaire au Roi de Prusse , lesquelles éclairent d'un jour tout-à-fait nouveau la rupture des deux Puissances et Tattitude peu majestueuse du poète durant l'avanie de Francfort. — On n'a point cru devoir rejeter ce don tardif de la fortune.

Quand l'ordre des temps n'eût point marqué la place de cette correspondance avant toutes les autres, son importance aurait sufli pour qu'elle ouvrît le volume que nous offrons au public. Seulement le petit nombre de feuilles dont elle se con^se a reçu une pagination à part , afin qu'il fût plus aisé

de détacher ces feuilles des lettres qui suivent et de les réunir soit au tome LVI de Tédition de M. Beuchot , soit à cette partie des lettres de Voltaire , qui, dans les autres éditions , forme une division particulière sous le titre de Correspondcuice avec les Souve^ rqins.

A QUOI BON? Nous Talions voir.

Il y a dans Voltaire Thomme et l'écrivain;

Voltaire, écrivain, n'a rien fait de mieux que sa Correspondance ; et si un homme d'esprit a de nos jours soutenu sans trop de paradoxe que la prose de Voltaire avait tué ses vers, ceci peut se dire surtout de sa prose épistolaire. Nulle part , certes , il n'étonne davantage. Nulle part il n'est plus net, plus varié , plus désinvolte et plus amusant. On ne se lasse point en vérité d'une causerie si preste et si spirituelle -, et peut-être , en regard de notre littérature prétentieuse et tourmentée , un nouveau volume écrit de ce style vif et naturel peut paraître sans trop de désavantage.

Mais c'est l'homme surtout qu'il faut chercher ici. Voltaire , seigneur de paroisse ^ Voltaire , capitaliste et homme d'afiaires , est encore fort incomplètement connu. Il faut voir à soixante ans l'enfant gâté de l'Europe , le correspondant de Çatherine-fe-Graiw/ et de Frédéric II, soigner avec une préoccupation et une insistance croissantes les

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plus minutieux détaib de son importance locale. Il faut le voir foire en habit de gala son entrée dans sa comté de Toumey , entre ses deux nièces toutes en diamanls, harangué par le curé et salué par les su^ jets, qui empruntent l'artillerie de Genève pour fêter sa prise de possession seigneuriale. — Nul esprit plus ingénieux à se créer des luttes et des afiEsiires. Tantôt il importune un"]prince du sang pour se feire lieutenant des chasses \ tantôt il s^agite en tout- sens pour le syndicat de la noblesse de Gex. Il est en d'incessantes hostilités avec tous les hommes d'église du canton. La gabelle n^a pas d'ennemi plus actif et plus délié* Il veut être le banquier du pays de Gex comme Paris de Montmartel est celui de la Cour. Le voici qui entre dans des spéculations sur le sel : il a des gentilshommes à lui qu'il fait ses ambassadeurs en Suisse pour cet objet. Puis il est remué par tout cela. Il prend au sérieux ces petites agitations. Il s^en émeut sincèrement avec cette mobilité de passion qui n'est qu'à lui. Ce sont tour-à-tour d^habiles argumentations d'avocat, des chicanes de procureur, des finesses de marchand , des hyperboles de poète, des accents d^une véritable éloquence. Sa lettre au président de Brosses pour de Croze contre le curé de Moens rappelle en vérité son Mémoire pour les Calas.

Voltaire d^ailleurs a tenu et tient encore à beaucoup d^égards dans l'opinion une place telle , qu'il est peut-être le seul écrivain sur lequel on ne puisse craindre de descendre à de trop minces détails, n

n^est pas d'homme quHl importe plus d'étudier à fond, intàs et in cute y si Ton veut impartialement apprécier la légitimité , fort contestable assurément, de son influence.

H fut un temps oii ce nom était un nom de parti; Ce temps s'en va. Déifier Voltaira ou le traîner aux gémonies serait de nos jours un égal anachronisme. L'éditeur de ces lettres n'en est pas à faire sa profession de foi : nul n'est moins que lui dévot à Voltaire. Mais il n'en croit pas moins que le moment est venu de le montrer tel qu'il est , sine ira et siu^o, et peut-être lui est-il permis de se rendre ce témoignage que 9 s'il montre parfois la sévérité d'un juge, sa publication est partout exempte de la sévérité d'un accusateur. «

Toutes les lettres de Voltaire dont cette édition se compose ont été soigneusement collationnées avec les autographes. Il n'y a, d'exception que pour celles qui sont adressées au premier Président de la Marche : pous n'en avons eu que des copies , mais de la meil^ leure source.

Les OTiginaux existent, pour la première correspondance, entre les mains de M. Dubardde Gurley, chevalier de St-Louis, à Nuits (Cote-d'Or) ; pour la seconde, dans celles de M. le comte Ernest de Brosses , petit-fils du Président ; pour la troisième , dans les portefeuilles de M. le comte Gabriel de Cordoue , petit-fils de M. Lebault ; pour les deux deroièreis , dans les archives de famille de M, le marquis de la Marche , petit-neveu du Premier Président ,

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