LE GARDE DES SCEAUX MIROMESNIL
Monsieur, M. de Voltaire me
mande qu'il est dans le cas d'avoir une discu* tion (jzc) avec vous sur la vente que vous lui avés faite d'une terre voisine des siennes. 11 désireroit ardament (^zV) n'avoir point de procès et que vous voulnssiés bien vous en raporter à des arbitres, Marqués^moy vos intentions à
cet égard , pour que je puisse eu faire part à M. de Voltaire, Je suis ^
Monsieur , Voire bien humble et aflfeclionné serviteur,
MiROMENIL.
A Versailles , le 2 avril 1775.
RÉPOINSE DU PRÉSIDENT.
Monseigneur,
En 1768 , j'ay remis à M. de Voltaire le bail à ferme d'une de mes terres , tel que Tavoit alors le fermier précédent j mais c'étoit un vrai bail à vie pour M. de Voltaire. Nous convînmes qu'il m'en payeroit dix années du prix annuel du bail ( ce qu'il fit ) , et que , soit qu'il en jouît plus , soit qu'il en jouit moins de dix ans , il n'y auroit de part ni d'autre , ni augmentation , ni restitution sur la somme. Au lieu de dix ans , il en jouit depuis dix-sept y en quoi il fait et fera bien. Si j'y perds déjà sept années de revenu , c'est pur jeu de hasard , où il faut bien que l'un des deux joueurs perde.
Je n'ai encore aucune discussion avec lui^ quoique avec grand lieu d'en avoir pour les ravages qu'il a faits dans ma terre y dont il a été fort éloigné d'user, selon les termes de noire traité y en bon usufruitier et en père de famille. Quand il en sera temps y on verra s'il a rempli ou non les diverses obligations qu'il a contractées par l'acte ; et ce sera y ce me semble , lors de cette reconnoissance préalable y qu'il sera temps aussi de terminer par jugement ou par arbitres.
Je suis avec respect , etc.
AFemey, 28 novembre 1776.
Monsieur ,
Etonné d'être encore en vie, je veux finir ma trop longue carrière par une action qui puisse vous plaire. Votre terre de Toiirnay est prête de perdre (^sic) le privilège de l'ancien dénombrement qui est une chose précieuse ; et quoique vous préfériez l'intérêt public au vôtre , on peut aisément les accorder tous deux.
aa8 LETTRES DE VOLTAIRE
Quelques membres des Etals de Gex m'ont prié de prêter trente mille livres à la Province pour payer l'indemnité de la ferme générale. Je suis prêt de donner celte somme à quatre pour cent au lieu de cinq y et même de ne stipuler le paiement de la rente que dans deux ans , afin de donner aux Etats le lemps de s'arranger et d'établir une 1res petite contribution pour subvenir aux autres charges de la Province. Si je nieurs avant de consommer celte affaire y Mad^ Denis , ma nièce , la terminera»
Pour parvenir à cet arrangement, qui parait essentiel , les Etats sont prêts à demander à Messieurs de Berne des livraisons de sel, dont le débit servirait encore beaucoup à soulager le pays de Gex.
Voilà , Monsieur , sur quoi je suis chargé de demander vos ordres, vos conseils et votre protection '^j je ne doute pas que vous ne puissiez, dans une conversation avec monsieur l'Intendant, arranger tout à la satisfaction de la Province et à la vôtre. Pour moi , à Tàgè où je
^ On n'a pas la réponse de M. de Brosses à cette ouverture. On donne à la place une lettre du Président à un bourgeois du pays de Gex qui lui avait écrit pour la même affaire.
suis , je n'ai d'uulre intérêt que celui de mourir dans vos bonnes grâces ' • Je suis avec respect y Monsieur ,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur , Voltaire,