‹ Correspondance inédite de Voltaire avec Frédéric II, le président de Brosses et autres personnagesChapitre 36 sur 61 · A M. DE BUFFET · texte numérisé non relu

A M. DE BUFFET

Voilà ce que j'écris k des magistrats du Parlement. Je conjure M. le Président de Riiffey de parler à M. de La Marche , an P. P. de La Tonrnelle , et de protéger les infbrtanéz opprimez.

Au château de Feruey, pays de Gex, 8 mars 1761.'

Nous travaillons à force , Monsieur , pour vous recevoir dans notre petit hermitage de Bourgogne, au mois d'août. Ne vous figurez pas de trouver une maison comme la vôtre , ou comme celle de M. de La Marche. Ce que mon Curé appelle château, n'est qu'une trèspetite maison , bâtie pour un philosophe et faille uniquement pour des philosophes.

Si vous venez donc avec M. le Président de La Marche , commencez par oublier toutes vos magnificences , et songez que vous allez chez Baucis et Philémon.

La grande affaire du Curé de Moens ne tintera passiiôt aux oreilles du Parlement de Dijon j il faut auparavant qu'elle étourdisse long- temps les noues. Tout le Clergé prend part à ce procès j

les curés du pays prétendent qu'ils ont le droit incontestable de donner des coups de bâton aux laïques ; et que cela leur fut accordé par le pre* luier Concile de Latran. ' Ils ajoutent que quiconque témoigne contre eux est excommunié ipso facto; et comme nous sommes dans le saint temps des Pâques, il se pourra bien faire ^ qu'on refuse la communion à tous les mauvais chrétiens qui ont prétendu qu'il n'était pas absolument permis à un curé d'aller assassiner un jeune homme chez une femme pendant Ja nuit. Je vous remercie tendrement, en qualité de laïque, de vos bontés pour le pauvre battu •

* Géronte.

Hippocrate dit cela?

Sganarelle.

Ooi.

GéRONTE.

Dans quel chapitre, s^ii vous plaît?

Sganarelle.

Dans son chapitre des chapeaux.

Est- il besoin d'ajouter avec le poëte latin?

Credat Judaeus Apella :

Non ego !

* lise pourra bien faire est impayable. Pâques vint toutefois apparemment , et vous verrez que cela ne se put point faire, car Voltaire ne revient plus sur cette charitable conjecture*

A M. DE RUFFEY. 349

J'ai ëlé apellé en témoignage sur cette belle affaire. J'avais vu le crâne du jeune homme entr'ouvert ; je l'avais vu pendant quinze jours enlre la vie et la mort; et l'honnête Curé qui l'avait mis en cet état ^ m'a soutenu que c'était un érésîpelle 5 je ne crois pas qu'il y ait dans l'Eglise un plus impudent coquin que ce prêtre, aussi l'Evêque savoyard prend vigoureusement son parti ' .

Avez-vous lu le roman de Rousseau J.- J. * ? Cela ne me parait ni dans le goût de Télémaque, ni dans celui de Zaïde. J'aurai l'honneur de vous envoyer par la poste des exemplaires du rogaton que vous me demandez ' par l'adresse que vous m'indiquez.

Mille respects à madame de Ruffey , comme à vous ;

' (V. la noie ci- dessus p. 346.) * La Nouvelle Héloîse.

' La Lettre à un sénateur bolonais (le marquis Âlbergati Capaceili) imprimée en tête de Tancrède,

35o LETTRES DE VOLTAIRE

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