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Femey, 2a mars 176Z*
Bancoup de comédies à jouer et à faire ^ Ck)rDeille à commenter^ mes terres à labourei^
Voltaire à ne pas donner sa pièce du Droit du Seigneur sous le nom de Le Gouz^ non qu'il y eût à Dijon un maître à^% comptes de ce nom , comme paraît le croire M. Benchot , itoais parce qu'une pareille liberté pouvait fort bien déplaire à Legouz de Gerland et au président Legouz de St.-Seine dont M. de la Marche était proche parent ( lettre à d'Argental du 7 septembre).
C'est également dans ce yoyage que le président de BufTey s'endormit à une lecture de Zulime (lettre à d'Argental, i4 septembre).
Enfin 9 c'est pendant ce même séjour du président de RufFey que fut écrite la lettre de Voltaire à d'Oliret, rejetée à tort à la fin de septembre ( no 34^4 de l'édition de M. Beuchot).
Cette lettre en effet se termine par ces mots : ce Le préa aident de Huffey , qui est chez moi, vous fait ses coma plimens. 33 Or, le 3o septembre, M. de Ruffey n'était plusàFerney, puisqu'on trouve sous cette date une lettre que Voltaire lui adressait à Dijon (v. ci-dessus p. iSç).
" Entre cette lettre et la précédente devraient se placer quatre missives de Voltaire à M. de Ruffey ( 3o sep-
A M. DE BUFFET. SÔp
etc. 9 etc., m'ont empêché , mon cher Président, de vous remercier aussi vile que je Taurais voulu. M. de Virey n'est-il pas conseiller de votre Parlement non séant? N'es-ce pas luy qui est venu à Ferney un jour que nous avions trois cents spectateurs et soupeurs. Il arriva tout harasse au milieu de la cohue.
Moy aller à Paris ! Quelle idée ! J'ay cherché le repos, je l'ai trouvé. Je ne le hazarderai pasj et d'ailleurs pui-je (sic) m'absenter de ma cbarue et de Corneille ?
Tous m'avez fait présent d'un sac de navets dont je fais plus de cas que de tous les sacs de procèz qui pendent au croc des juges. Il me semble qu'on ménage votre Parlement plus qu'on n'a ménagé celuy de Besançon ' . Pour les frères jésuites , je crois qu'ils seront conservez et réformez , et en voicy la raison dans le papier honnête et modéré qui m'est venu de Paris.
tembre,7 octobre ^ 4 novembre 1 76 1 et 1 3 janvier i '^62), Comme elles jetaient du jour sur les démêlés de Voltaire et du Président de Brosses , elles ont été imprimées cidessus, pp. iSç) 146, 170 et 186.
' Quatre membres de ce Parlement avaient été emprisonnés , et trente avaient subi un exil de deux ans et
36o LETTRES D£ T0X.TAI11B
Je VOUS embrasse tendrement ; ]e vous aime et regrette.
18 avril.
Ce n'est pas fatigue de plaisir qui m'a rendu paresseux avec vous, mon cher Président. C'est pour moy un très- grand plaisir de vous écrire. Mais au milieu des fêtes , je ne dis pas des fêles de Pasqucs, je dis de celles que je donné à Ferney au milieu des spectacles dont le Kain est venu faire l'ornement , j'ay été très-malade et je le suis encore. Pour vous, étes-vous à Dijon ou dans vos terres ? Aidez- vous votre ami, M. de La Marche, à terminer les tracasseries parlementaires? Voylà donc un conseiller à la Bastille ' . Vous m'avouerez que ma vie est
dix mois pour une opposition identique dans sa cause avec celle du Parlement de Dijon dans Taffaire Varenne. Mais Tappui de Malesherbes et de la Cour des aides de Paris fit triompher le Parlement de Bourgogne du ministère.
■ M» Joly de Bévy , éditeur des œuvres de jurisprudence du P. Boukier , et président lui-même au Parle* ment de Dijon le i3 février 1777 , mort en 1821.
A M, DE RUFFEY. 36l
tin peu plus agréable. Votre Académie me paraît plus tranquille que votre Parlement : je vous remercie de vos beaux discours. Je m'étonne que vous ayez fait étudier vos enfants à Paris plustôt qu'à Dijon. Ya-t-il une meilleure éducation que celle qu'ils pourraient recevoir auprès de vous? De mon temps, on n'apprenait que des sottises au collège, dit de Louisle-Grand. Les jésuittes seront bientôt réduits à la Lorraine ( comme ils le furent après l'aventure de Jeaa Chatel); ils applaudiront à la belle traduction de la Eible en vers polonais, dont le Roy Stanislas a fait présent à M. le P. F. de La Marche, Entend-il le polonais assez pour sentir la beauté des vers ? En tout cas c'est, comme vous savez , un bon livre de bibliotèque, un magnifique présent. Je ne vous envoyé point de livres ; mais voicy une gazette qui m'a paru curieuse. Gardez le secret à ma lettre et à ma gazette, et aimez le malade.
36a rETTRES de yoi-taire
XXXH ».
Aux Délices y 27 juin 1762.
Je vous dois bien des remerciments, Mon* sieur , pour les pièces d'un procèz que je voudrais voir fini *. Quand vous pourrez m*envoyer le petit Mémoire que vous m*avez promis^ ^ je vous garderai secret et fidélité. Vous aurez en revanche des pièces bien singulières et bien intéressantes d'un autre procèz '♦.
J'ai commencé par faire travailler votre dentiste sur les belles dents de M^^® Corneille. Pourquoy parlez-vous aujouixlui des opuscules du philosophe de Sans-Souci dont on ne parle plus? Vous voylà bien scandalizé de ce qu'il écrit au maréchal Keit , comme Lucrèce parlait à Memmius^ et comme Cicéron ^ et César $'ex«
' Il manque ici une lettre du 26 mai 1762. Voir cette lettre dansla Correspondance de Brosses, plus haut, page
* Il s^agit toujours de Taffiiire Varenne.
' Probablement la brochure de M. de Béyy.
^ L^afTaire Calas.
^ 11 est curieux de faire de Cicéron un matérialiste. Voltaire nVvait-il donc pas lu Cicéron? Peut-être.
A M. DB RUFFET, 363
pliquaient en plein sénat* Si vous voulez être scandalizé , soyez-le de ce que ce prétendu philosophe a immolé plus de quatre cent mille hommes à sa petite ambition d'acquérir une pelite province.
Il y a un décret de prise de corps contre Jean- Jaques, à Genève comme à Paris. 11 est puni pour les seules choses bien écrites qui soient dans ses mauvais livres. Ce polisson s'est avisé d'écrire sur l'éducation j mais auparavant il eût fallu qu'il eût eu de l'éducation luy-méme.
Une chose plus importante que j'ay à vous dire , c'est qu'il y a de bonnes raisons d'espérer la paix en Allemagne ; mais :
Belle PhLlis , on désespère ^ Alors qu^on espère tonjonrs.
Pe quoy s'avise le président de Brossés de montrer mes lettres ' ! Ouy, je crie contre les fêtes, je fais travailler les fêtes. Il est abominable d'avoir soixante jours consacrez à l'ivrognerie*. C'est une affaire de police dont, tous les Parlemens devraient se saisir. L'agriculture est plus agréable à Dieu que la taverne. Les
* Il s'^agit apparemment de la lettre xxxiii ci-dessus. ^-V. p. 109.
* y. la note de la page 1 09.
364 X.ETTRES DE TOLTAIRB
Sauvages en cela sont mieux policéz que nous '• Mille respects à madame la présidente , et vale dulcissime rerum.
xxxra.
J'ai rhonneur de vous renvoyer, Monsieur , votre numéro seize. Tout ce que j'ai lu sur cette affaire achève de me prouver que toutes uos loix ont y comme Janus, deux visages ^ ou plutôt que nous n'avons point de loix, et qu'aucun état en France n'a de bornes reconnues.
Le numéro \6 m'a fait Miller ; maïs je crois que les pièces que je vous envoie vous feront pleurer et frémir. Vous verrez combien l'esprit de fanatisme est plus funeste que l'esprit de corps. Cette affaire ^ commence à faire à la Cour le bruit qu'elle mérite, et peut-être ne fera-t-elle que du bruit.
Encore une fois , plus je vois tout ce qui se passe dans le monde, et plus j'aime ma retraitle. Il est vrai que Jean- Jacques, brûlé à
' Posé le cas que les Sauvages honorent ragricaltureet la préfèrent aax liqueurs fortes.
* Celle des Calas.
A M. DE RUFFBY. 365
Genève, et banni de Berne , est retiré dans une vallée inconnue de Neufchatel j mais je doute que SCS paradoxes et ses contradictions politiques plaisent au Roy de Prusse. Ce petit bonhomme a voulu être singulier, et ne sera jamais que singulier. On dit qu'un jour le chien de Diogène rencontra la chienne d'Ërostrate et lui fit des petits dont Jean-Jacques est descendu* Adieu , Monsieur , les tracasseries de votre Parlement finiront, parce qu'il faut que tout finisse. Je vous embrasse tendrement.
ai juillet 1762, aux Délices.