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Au châteaa de Fcmcy, le 5 septembre itt/.
Je mérite, Monsieur, d'être oublié de tous, aîant perdu tant dWnées sans avoir eu Thonneur de vous voir éï de vous écrire ; mais vous pardonnerez à un homme qui n'a pas eu un moment de santé. Je suis prêt de terminer ma douloureuse carrière et d'aller retrouver mon ancien ami et le vôtre , M. de La Marche.
Il faut , avant que je meure , implorer votre assistance dans les misérables affaires de ce monde. M. de Flo« rian * , ancien officier de cavalerie , qui avait épousé une de mes nièces en premières noces ^ , a un procèz à
' Publiée par feu Girault, et rëimprimëe dans rédition Beackot n» 7354.
' Le marquis de Floriauy oucle de Fauteur d*EsteUe. Il avait épouse en premières noces (1762) Marie -Elisabeth Mignot, nièce de Voltaire, veuve alors de M. Dompierre de Foutaine; en accoudes uôces (1779) Lucrèce-Angélique de P^ormandie, femme divorcée du genevois Rilliet ; en troisièmes noces (1774) Louise* Bernarde Joly , de Semur-en-Auzois. C*est à Toccasion de cette dernière et sur les poursuites du ministère public qn*il eut et perdit , à ce qn*il parait (voir la lettre suivante), le procès dont parle ici Voltaire.
' Marie-Elisabeth Mignot , sœur cadette de M."*e Denis , née vers 1715, mariée en juin 1738 à M. Dompierre de Fontaine, veuve en i75â, remariée en 1763 au marquis de FloriaU} mortQ eu février 1771.
A M. DB RUFFET. 893
Dijon. Ma nièce y madame Denis y ea a un antre assez considérable. Monsieur votre fils est leur juge. Je ne voua en dis pas davantage , et je ne peux vous demander que ce que Fexacte justice peut vous engager à faire.
Je vous soubaitte^ Monsieur, une santé meilleure que la mienne et une vie plus longue. Je serai jusqu^au dernier moment de la mienne , avec tous les sentiments que je vous dois et qui sont dans mon cœur y
Yotre très-humble et très- obéissant serviteur |
Yoj^TAUe.
LHI',
A Fenicy,3o octobre 1777.'
Je ne me doutais pas , Monsieur^ quand j^avais l'honneur , il y a environ quinze ans , de vous voir dans ma retraitte de Ferney avec feu Monsieur le premier Président de La Marche , que je lui survivrais si long-temps j et que je finirais ma carrière par des procèz au Parlement de Dijon, soit pour M. de Florian, soit pour moi-même. J'ai été jette hors de mon élément , et je vais mourir dans une terre étrangère. Vos extrêmes bontés font ma
* Egalement publiée par feu Girault , insérée par M. Beuchot da;£i sou (f ditioQ sous le n? 738 1 .
39^ tETTRBS DE VOtTAIRE
c<NMolfttiôii dans l'état assez triste où je me trouve ^ aîant perda dans mes derniers jomrs mon bien et mon > repos.
Vous tFOnverez pemt*étre le procèz de madame Denis ^ na piièce y aotii manvais q«e Pétait celui de M. Florian ' • li me parait îndabitable pomr le fond , mais je tremLle po«r la 6>nBe qœ je ne connais point du tout y et dans laquelle je crains )|iie madame Denis et moi nous n'aions commis bien des fautes. Mous étions tons deux malades à la mort lorsqu'on nous intenta ce malheureux procèz. Mous sommes à trois lieues de Gex , oh nous étions obligés de plaider; par conséquent c'était un voiage de six lieues d'avoir audiance d'un procureur.
Mous Avons été cMàdamnés j nous avons paie ; et il faut que nous soions condamnés et que nous paions une seconde fois à Dijon. Je ne puis Êiire le volage de Dijon ^ attendu qu'ayant quatre-vingt-quatre ans et quatrevingt-quatre maladies, mon seul voiage sera celui de l'autre monde.
Je prends la liberté de vous envoier notre plaidoier j qui n'est pas selon les usages du barau j mais qui est à mon avis a^on la nijison et selon l'équité.
Maurier * est moai procureur , qui ne peut j ce me semble y se dispenser de signer le Mémoire do madame Denis. M. Amoult ', doyen de l'Université ^ est mon avoeat y qui ne p«iit signer un Mémoire qu'il n'a point
"* Voyez page 39a, note 2.
* Andrë Maurier, mort doyen des procureurs au Parlement de Bourgogne. Son fils est décédé en 1 835 Président de chambre à la Cour royale de Dijon.
3 Voyez page 248 , note.
A M. DE RUFFEY, 3^5
fait, et qui était à Pari» pendant qne nons étions obligés de travailler nons-mémes à notre de£fense.
L^affaire est portée à nne Ckambre du Parlement; M. Quirot de Polîgny en est le raportenr ' . Voilà à peu près tout ce que je sais de cette affaire. Elle est assez i extraordinaire et très-embarassante *. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour Paccommoder , je n'ai pu en venir à bout. J'ai affaire à un bomme qui me croit très-ricbe , et qui en conséquence me demande des sommes trop fortes ^ que je ne puis lui donner. H ne scait pas que je me suis ruiné à fonder une colonie et à bâtir une ville. Un^ quenda haec et domus et placens Denis. Je mourrai peut-être avant que le procèz soit jugé.
Aiez la bonté , je vous en prie , Monsieur | de lire notre Mémoire, en attendant que vous me disiez un Deprofundis. Si vous avez quelques amis parmi mesjuges^ je TOUS prie de parler , autant que vous pourez , en faveur de la dame Denis la persécutée. Je ne me trouve compromis dans ce procèz , que parce que je suis son oncle , que je demeure avec elle , et que c'est moi qu'on veut rançonner. J'aurais bien mieux aimé vous envoier un Mémoire pour notre Académie que pour le Parlement.
Je vous demande bien pardon de tout l'ennui que je TOUS cause» Mais enfin à qui m'adresserai-je qu'à celui
' Nicolas Quirot de Poliguy, né le ai janvier i75a, conseiller au Parlement le ao mars 1776 , mort à Dijon le aa février 1809.
* C'était une demande en rescision pour lésion d*oatre -moitié, dans le prix d*une maison achetée au nom de Mn>« Denis et dé< molie sur-le-champ. Le sol eu avait été iuglohé dans le pourpris du château de Ferney. Il y eut transaction après la mort de Voltaire.
q«i a bien TOula me mettre au rang de ses confrères ? En nn mot y daignez lire le Mémoire y et faittes tout ce que Téquité y la bienfesance et Famitié tous dicteront. J'ai la vanité de compter snr vos bons ofHces \ et j^ai ràonnenr d^étre avec les sentiments les pins respectueux^ Monsieur y Yotr? très-bamble et très-obéissant serviteur ,
IMPRIMÉES DAMS CE YOLXTME»
PRâsiDENT DE BROSSES.
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