XLVII
A Fetniey, le 10 juin t^68.
M. de la Mavcîie qui m^aimait est mort* ^ mon cher aini^ et mon persécuteur la Brosse se porte bien. Je crois que j^irai bientôt voir mon contemporain La Marche ^ quoique j'aie promis à M. de Brosse de vivre longtemps. Les mialadies augmentent avec l'^ge, et malgré la gaîlé qui règne dans la.petite guerre de Genève, la mort qui n^enrend pas raillerie viendra bientôt s*emparer de ma figure légère. En attendant je vous aimerai jusqu^au dernier moment et je vous prie bien instamment d'être le fidèle héritier de M. de la Marche dans les bontés qu'il avait pour moi. Permettez-moi au nom de cette amitié de vous embrasser sans cérémonie*
* Ayant la lettre qu^on yient de Ure venait celle da 3o jany. 17689 imprimée ci^de88u9(p. 192.-
* Mort à Dijon le 3 juin 1768»
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386 LETTRES D£ TOLTAIBE
XLvni •.
4 février 1769, à Ferûey.
Mon cher Président, les marques de Yotre souvenir me sont toujours bien chères. Ne yiendraî-je donc jamais TOUS en remercier à Dijon? Ne verrai-je point cette Académie dont je TOUS regarde comme le fondateur? 11 y a quinze ans que j'habite la campagne ^ il faudra bien qu'enfin j'aille tous embrasser à la ville , et que je vous remercie y vous et M. Le Goût, de l'adoucissement qu'il a mis aux prétentions de votre confl-ère le Président de Brosses , qui fesait tant de cas de mes meubles , et qui^ par mégarde et sans y penser, avait mis dans son con tract que tout lui apartiendrait ^ et qu'il dépoiiillerait meA héritiers.'
Si mon cher Isaac ' va au printems en Provence y je suis sur sa route \ j^irais au-devant de lui eii chantant: Hosanna fiUo Éelzebuth l
Adieu , mon cher Président , ne manquez pas surtout^ je vous en prie , d'assurer M. Legouz de ma tendre re* connaissance \ ce sont des sentimens que je conserverai pour vous et pour lui toute ma vie.
' Publiée par Gîrault en 1819 , et réimprimée sous le n^ 553o d« rédition Beuchot. C'était ici la place chronologique des trois lettres (a7 auguste , a4 sept, et 11 novembre 17^8)9 impriinées plus haut y pp. 196, 307 et 309.
• V. p. 34 , note.
3 Voltaire nommait aiosi d'Argens , à cause du personnage d^Isaac Onits dans les jLettres juives dont d*Argens était Fauteur.
A M. DE RUFFET. 887
26« Janv : 1770, à Perney.
Saepe prémente Deo , fert Deus alter opem.
Votre lettre, mon cher Président, a servi cranlidote à celle que J'ai reçue du président de Brosses. Il persécute * toujours ma pauvre vieillesse, malgré, tous les pardons que je lui demande de n'être pas encor mort. 11 me menace même d'un petit procèz dans l'autre monde. Mais comme il ne sera pas président en ce païslà , j'espère bien lui montrer les dents, s'il m'en reste.
On m'a envoie un petit livret d'un de vos académiciens sur les moulins économiques ^ , qui m'a paru très-bien fait, et j'espère que le nouveau controUeur-généraU fera venir bientôt l'eau au moulin.
■ Cette persécntion consistait à informer Voltaire qu^on avait instruit le président de nouveaux abus de jouissance dans le bois de Tourney. Y. ci-dessus p. 21 3.
* Mémoire sur les avantages de la mouture écono" mique et du commerce des farines en détail, par Bé« guillet. — Dijon 9 '7^9? in-80.
3 LVbbé Terray , nommé le 23 décembre 1 769*
388 LETTRES DS TOlTAtBB
J'ai reçu aussi une Introduction à l'htstoiré de Bourgogne t par M. Mille '. L'auleur nie parait Irès-însiruit } j'espère beaucoup de sod ouvrage ; el je m'y intéresse d'autant plus que TOUS m'avez fait Bourguignon.
Est-ce que M. le président de La Marche n'a point d'enfant m^le y puisqu'il renonce à la terre de La Marche^ qui est la terre de son ■nom ?
Quoi qu'il en soit , je me tiendrai toujours très-bien entre les mains de M. de Neuilly * ou de M. 80Q neveu. Cette famille est celle de
' L'Abrégé ckronolog. de l'Hist, eccl.. Utile etlitt. deBourgogne, parMîlle, paruten i^^aet 1773, B vol, in-S». Il s'arrête k l'époque carlovingienne. On ignoro pourquoi la suite n'a point parn. —~ Antoine -Etienne Mille, écuyer, né à Dijon le 1" décembre 1735, mort à Paris le 3i Janvier 1 787, était aTocat au Parlement et au Grand Conseil. Son ouvrage fut vivement attaqué par le et cher (dom Merle, bénédictin Rousseau et dom Jourdain,
juaiu-des-Préi. Voltaire l'en félicita par aa lettre du i3 •epleiubre 1771. (Edît. Benchot, n» 6ao4-}
* Frère de l'ancien Premier Président de laMarcIie, ancien ambassadeur k. Gdnei, puis Premier Président démissionnaire du Parlement de Besançon , mort eft 1774. Parmi les lettres du F. de Brosses sur l'Italie , nm grand sombre lui sont adressées.
A M. DE RUJFBY. SSp
Thonneur et de la probité. Oa n'en peut pas dire autant de tout le monde ^ mais bien de vous, mon cher Président , qui ayez donné tant de preuves de voire générosité.
On ne peut vous être attaché plus tendrement que je le suis^ et avec des sentiments plus vrais et plus respectueux» V»
A Fcrney 8 juillet 1771.
Je ne savais pas, mon cher Président, que M. le Mouier * fut un jeune homme à marier , je lui en fais mon compliment, et je le trouve très-heureux d'épouser M ''® votre fille ^ . Je leur souhaitle à tous deux toute la prospérité possible. Messieurs de la Chambre des comptes doivent à présent trouver plus aisément des filles que Messieurs du Parlement, qui ne trouvent que des lettres de cachet.
' La lettre du 27 février 1771 j qui précède celle-ci, a été imprimée plus haut , p. 224*
* Ancien Premier Président de la Chambre des comptes de D61e , alors plus que sexagénaire.
^ Sophie Richard de RufTey connue par la passion qu^elle inspira à Mirabeau.
SpO LETTRES DE VOLTAIRE
Heureux en tout temps ceux qui cullivent Je» lettres en ne se mêlant point des afFaires du inonde , et sfurtout dans ce temps-cy ! Soyez heureux , mon cher Président , par tous vos entours , et surtout par vous-même. Personne ne s'intéresse plus à voire félicité que voire très-humble et très- obéissant serviteur.
Le vieil Hermitb de Fernet*
A Fcrncy, 4 septembre 1771 •
Croiez , mon cher Président , que , tout en badinant y je m'intéresse avec sensibilité au bonheur de M™® votre fille et au vôtre. Je vois Tancienne magistrature y non pas anéantie , mais réformée j et comme on ne réforme de bonnes troupes qu'à la paix , je pense que la paix de TEtat ne sera point troublée par ces nouvelles dispositions. Monsieur votre fils, conseiller au Parlement * , sera sans doute conservé dans son beau régiment.
■ Frédéric-Henri RicKarcI de RufTey , né à Dijon le 29 mai 17^0 9 Conseiller au Parlement le 8 août 1768^ Président le 5 mars 1776, mort sur Téchafand révolutionnaire le 10 avril 1794* U fut en effet membre du Parlement réformé de 1771*
A M. BS aUFFBT. Sçi
Je vous fais d'ailleurs mon compliment de TOUS amuser à faire de jolis Ters ; les belleslettres contribueront toujours anx agrémens de votre vie ; je voudrais passer les restes de la mienne avec vou3. Mais condamné à souffrir sans relàcbe ^ je suis condamné aussi à ne point quitter ma retraitte.
Si vous voiez M. de la Marche * , je vous prie de le faire souvenir de ses anciennes bontés pour moi , et de me conserver les vôtres.
> Le second Premier Président 4e ce nom « mort en 177^. On a de loi un petit 4>nyrage icrit avec goût et l^cilité : Mémoires de M* de Serval, Amsterdam 1 1 y 52^ petit Ln-8o.