VOLTAIRE A FRÉDÉRIC
Sire y Ce n^est sans doute que dans la crainte de ne pouToir plus me montrer devant Y. M. que j^ai remis à vos pieds des bienfaits qui n'étaient pas les liens dont j^étais at« taché à votre personne. Vous devez juger de ma situalai est dû. Le Roi lui envoya sur- le- champ le surintendant de sa maison y qui lui rendit sa clef, son cordou et ses brevets de pension. Le lendemain , le Roi lui écrivit une lettre pleine de bonté y et M. de Voltaire , pénétré de respect et de reconnaissance , a persisté à supplier Sa Majesté dé vduloir bien accepter sa démission entière et de lui conserver Thonneur de sa protectiou et de sa bienveillance qu41 préférait à tous les biens et à tous lea titres y lui alléguant que désormais il était inutile à S. M. Ou Ignore encore si le'Roi de Prusse a accepté sa démission. »
' Chez le Roi qui était alors à Berlin. »a Janvier 1753 (Voir la note qui précède). Dans rédit« de M. fieucboty cette lettre porte le n<» 1946. «
XETTRES DE VOLT AIR £• a3
lion affreuse, de celle de toute ma famille. Il ne me reste qu^à m'aller cacher ponr jamais et déplorer mon malheur en silence. M« Fédersdorff , qui vient me consoler dans ma disgrâce, m^a fait espérer que V. M. daignerait écouter envers moi la bonté de son caractère, et quMle pourrait réparer par sa bienveillance , s^il est possible, Popprobre dont elle m'a comblé. Il est bien sûr que le malheur de vous avoir déplu n'est pas le seul que j'éprouve. Mais comment paraître? comment vivre? Je n'en sais rien. Je devrais être mort de douleur \ Dans cet état horrible , c'est à votre humanité à avoir pitié de moi. Que voulez-vous que je devienne et que je fasse? Je n'en sais rien. Je sais seulement que vous m'avez attaché à vous depuis seize années. Ordonnez d'une vie que je* vous ai consacrée, et dont vous avez rendu la 'X
fin si amère. Vous êtes bon, vous êtes indulgent, je suis le plus malheureux homme qui soit dans vos États. Or« donnez de mon sort.
> On sent que ces cris de désespoir ne peuvent s* entendre de re^^écatiou faite sur la Diatribe d^Akakia , et qu'ils ne s'expliquent millemeut dans toute autre hypothèse que ceUe qui place au 3o liéceuibre la lettre yi ci -dessus.
VOLTAIRE ATT CHEVALIER DE LA TOUCHE
5 Janvier *.
Je prends la liberté ^ Monsieur ^ suivant la permission que vous avez bien voulu me donner, de vous envoyer ce paquet pour M. de la Reinière. Je vous supplie de le recommander au Courier et de luy vouloir bien ordonner de le remettre à la poste en cas qu'il s'arrête plus de deux jours à Cologne. Comme ce paquet ne contient que des affaires de famille pressantes (avec mon testament qui ne presse pas) j il peut sans aucun risque le mettre à la poste à Cologne , pourvu qu'il prenne toutes les précautions né* cessaires pour la sûreté de l'envoy. Je ne puis vous dire y Monsieur, à quel point je suis pénétré de vos boutez; je vous prie instament d'y mettre le comble, en disant à M. de Podevils l'intérêt que vous daignez prendre à moy en général , en me regardant comme un officier de la
rSTTRES DB VOLTAIRE. 25
maison du Roy ^ noire maître y qui est icy avec un passe- port du Roy^ et avec une recommandation à tous ses ministres, et enfin comme, un homme qui vous est particulièrement attaché. Je ne vous demande, Monsieur, que des bons offices et des marques de bienveillance qui ne vous compromettent point, mais qui puissent seulement engager M. de Podevils à fortifier par ses représentations les sentimens de l>onté, de générosité , de grandeur et d'humanité que le Roy a sans doute dans son cœur comme dans ses écrits. Je suis comblé de vos boutez, Monsieur, et rempli de la reconnaissance la plus tendre et la plus respectueuse.
xin.
AU MÊME
La fièvre , Monsieur, m'a empêché de vous faire ma cour. Je ne doute pas qu'on ne dise, à Potsdam q\ie cette fièvre est de commande ; il faudra que je meure pour me justifier. J'aimerais mieux avoir Thouneur de vivre avec vous.
a6 XITTRES DB VOLTAIRE.
Je ne d^^8S|pére pas de venir quelqu'un de ces j(3fttr9 à«^Î8ter aVotréf souper en l>biine fortune^ c|i^iid toDs jeréî iaS d^s grands festins qui sont nnfijfdeatiatladhé à votre dignité. Je vous sup^ IiUid>de ift^honorep- toujours <le vos boutez , dont je suis pëbëiré a^ec'^la plus respectueuse recfoâtiaîssance.
AU MEME
Vous aurez dû, Monsieur, vous apercevoir par les lettres de M. de P. et de M. de B... qtieje*iJe'Vc«xfavmFwyde pFoteoteur que vous, et que je ne veux ny choquer le Roy de Prusse, ny compromettre le Roy notre maître. Vous sentez quel besoin j'ay d'avoir l'honneur de vous parler et de vous ouvrir mon cœur. Je ne petix sortir : le Roy de Prusse ne manquerait pas de dire que j'ay assez de santé pour aller chez vous, et que je n'en ay pas asse^ pour aller chez luy.
' Je suis d'ailleurs réellement très-malade. Je suis honteux de la- peine que vous avez prise si souvent de venir me consoler. Voyez si vous