LA PRÉSIDENTE DE MEYNIÊRES
Paru. — Imprimerie d'I. BtH el C% rae de Seine, 5«.
Les origîDaox des Lettres qui suivent sont à Beaune, dans le cabinet de M. le comte Anatole de Juigné-Lassigny.
Elles sont adressées à M™« Bellot, née Octayie Gaichard (et nonGujgnard), depuis la présidente de Meynières.
Cette dame était déjà veuve d'un avocat au Parlement de Paris , lorsqu'elle se Ûi connaître en 1756 par les Réflexions d'une I^fwtneicàe sur les discours de J,-J, Rousseau touchant l'inégalité des conditions f in-S**.
Deux ans après, elle publia des Observations sur la Noblesse et te Tiers-État, in-12; et en 1759, se^ Mélanges de littérature anglaise, S parties in-13.
Je n'ai point lu ces brochures presque séculaires ; mais je me crois en règle avec le public, pour peu que j'en rappelle fidèlement les titres.
4 LETTBES DB VOLTAIRE
Les Mélanges de littérature anglaise Tenaient de paraître qaand Thieriot transmit aox Délices une lettre de la femme aalenr ayec ses œoTres. Il ne paraît pas qne Voltaire ait été fort tooché do présent. Le 10 mars 1759, il répondait à Thieriot (édition Beochot , n* 3795) : « J'ai reço par le SaToyard Toyagenr yotre « lettre, tos brochures très-crottées et la lettre de M"* Bellot. « Je Tais lire ses oearres et je tous prie de me mander son « adresse. Selon l'usage des personnes de génie, elle n'a daté « en aucune façon ; et je ne sais ni quelle année elle a écrit , « ni où elle demeure. »
Thieriot ne se pressa pas de donner satisfaction à son ami. Le 26 mars, nouvelle lettre de celui-ci (enregistrée par M. Beochot sous le n* 3809, et qui devra prendre désormais le n»2803) : « Vous êtes un paresseux, comme je le dis fort bien à M"* Bellot. • Rendez-lui donc cette lettre, mon ancien ami, puisque voos « n'avez pas voulu me dire sa demeure. •
A ces mots : CETTE LETTRE , M. Clogenson et M. Beuchot écrivent en- note : cette lettre manque. Elle ne manquera plus; la voici.
A Monsieur Tiriot pour rendre s il lui fiait à
Madame Bellot,
Au château de Tournay par Genève, 26 mars (1).
Uami Tiriot, qui m'a fait parvenir vos faveurs, est UD paresseux , et connu pour tel, qui ne m'a pas seulement instruit de votre demeure. Je luy adresse enfin les remerciments que je vous dois. Je ne veux pas passer pour ingrat, quand vous
{1} 1759. Celle date fixe celle du billet d*euvoi à Thieriot, que M, Buucliot, forcé après M. Clogenson de le classer au hasard, a mif > lorl comme lui entre le M vl le iô nviii,
A MADÂMB BBLLOT. 6
m'avez fait votre reâevable et voire admirateur. Je serais enchanté de vos ouvrages si vous n'étiez qu'un homme. Jugez quels sont mes sentiments quand je scai que vous êtes de ce sexe qui a civilisé le notre, et sans lequel nous n'aurions été que des sauvages, comme Jean-Jacques veut que nous soyons (]). La plupart des personnes de votre espèce n'ont réussi qu'à plaire. Vous savez plaire et instruire. On m'a dit , Madame, que votre société est aussi aimable que. vos livres. Vous avez voulu me consoler, en me procurant le plaisir de vous lire, du malheur de ne pouvoir vous entendre, et vous m'avez inspiré une reconnaissance avec la-* quelle je serai toutte ma vie. Madame,
Yot. tr. humb. et obéiss^ serviteur,
VOLTAIRB (2).
Les compliments venus de Tourney (3) furent pris au mot par H'"* BeUot. EUe était pauvre ; eUe soUicita l'appui de Voltaire auprès de M"* de Pompadour ou des ducs de Ghoisenl et de Richelieu. Elle espérait tout au moins sa recommandation auprès de d'Alcmbert et des autres coryphées littéraires de l'époque. Mais Voltaire n'usait pas ainsi son crédit. Le TaUeyrand de Ferney mit du moins toute la grâce possible dans le refus qu'on va lire.
(i) Dans le Discours sur Vinégalité , réfuté par M"* Bellot*
(2) Cette lettre tout entière est autographe.
(3) Je suis archipédant sur les noms propres. L'ancien nom était Tornex. Il faut donc écrire Tourney (et non Tournay, comme fui*saient Voltaire et le frère du président de Brosses).
6 LETTIBA DB VÛLTAIBE
A Madame Bellot^ cloître S' Thomas du Louvrcy
â Paris,
24 mars 1760 , par Genève aux Délices (1).
Je ne suis plus de ce monde cy, Madame, et mes maladies me mettent un peu sur les confins de l'autre. Que puis-je au fonds de mes vallées , entouré de montagnes qui touchent au ciel? Je ne puis guères que le prier de m'envoier du soleil. Je suis plus loin encor des grâces des roys, que des grâces de Dieu ; il ne faut s'attendre dans ce monde cy, ni aux unes, ni aux autres; elles tombent, comme la pluie, au hazard, et souvent mal à propos (2). Je n*ai à Paris aucune correspondance suivie; M. Tiriot m'écrit une fois en six mois. Un commerce avec les gens de lettres est dangereux , et avec les grands, très inutile. Le parti de la retraitte la plus profonde est le plus convenable pour quiconque est guéri des illusions, et qui veut vivre avec soi-même. Je sens tout vôtre mérite , Madame, et plus j'y suis sensible, plus je vous plains d'en chercher à Paris la récompense y elle ne s'y trouve pas. M®^^® du Ghap peut faire sa fortune à vendre des blondes, et d'autres personnesà vendre leurs mines-, mais l'esprit, les connaissances, le
(1) Cette lettre est de la main du fidèle Wagnière.
(2) Bien des gens trouvaient cette philosophie plus consolante que celle de rÉ?angile« Nous pardonnera-t-on d*6tre d*un antre aTÎs?
A MADAHE BBLLOT. ?
vrai mérite n'ont point de débit ; ils ornent la fortune et ne la procurent point. Vous ne trouverez dans cette grande ville que des gens occupés d'euxmêmes, et jamais de la triste situation des autres, si ce n'est peut-être pour s'en divertir. Je crois que Paris n'est bon que pour les fermiers généraux , les filles et les gros bonnets du Parlement, qui se donnent le haut du pavé. La littérature n'est h présent qu'une espèce de brigandage. S'il y a en core quelques hommes de génie à Paris, ils sont persécutez. Les autres sont des corbeaux qui se disputent linéiques plumes de cigne du siècle passé, qu'ils ont volées, et qu'ils ajustent comme ils peuvent à leurs queues noires. Vous me citez Mad* de Graffigny, mais elle est morte de chagrin (1). 11 faut être à Paris W^^^ Le Duc, ou s'enfuir. J'ai l'honneur d'être, avec tous les sentiments que je vous dois. Madame, vQ(re très-humble et
très-obéissant ser?iteur,
M"» Bellot, désappointée, essaie d'intéresser i une comédie de sa façon l'auteur de Nanine, Mais le vieux diplomate ne s'y laisse point piper. Écoutez sa réponse.
18 avril 1760, aux Délices.
Vous m'avez pris à votre avantage, Madame^ vous êtes une dame d^esprit vous portant bien \
(!) Le 12 décembre 1758, à la chute de la Fille d'ArUiide^ drame en cinq actes et en prose!
8 LETTRES DE VOLtAlKE
YÔtre imagination est soutenue par les agréments que Yous trouvez dans Paris. Mais un pauvre solitaire, vieux et malade, qui a renoncé au monde, ne trouve point dans sa solitude de quoi mériter vos attentions et vos bontés. Je serai très-flatté, sans doute, que vous daigniez me faire confidence de la comédie que vous faittes. Si je juge de son mérite par celui de vos lettres, cette pièce doit être Uen supérieure à celle de Mad^ de Graffigny. Le public mêla peut-être un peu de politesse aux éloges prodigués à Cénie (1)-, mais à vous, Madame, il vous rendra justice. D'ailleurs, n'attendez point de moi des conseils , je ne porte pas l'impudence jusques là. Je n'ai jamais pu deviner le goût du public dans le peu de temps que j'ai été à Paris ; il m'a paru toujours inconstant et capricieux. Il y a seulement quelques pièges usez , auxquels les cervelles du peuple se laissent toujours prendre , comme les reconnaissances, les lieux communs de morale , les portraits , et les petits prestiges du comique larmoyant. Mais je crois que tout cela change à Paris tous les six mois comme les modes. Un hermite comme moi ne connaît pas plus vôtre ville, que les parisiens ne connaissent le reste de l'Europe. Je me crois très étranger, mais je sens que je le suis moins avec vous qu*avec un autre ; vous me paraissez, Madame, avoir l'esprit de tous
(1) Eo effet, qui pense aujourd'hui à Cénie?
les pais. Je vous demande pardon, Madame, de ne TOUS pas écrire de ma main , étant actuellement très-incommodé.
Pénétré d'estime et de respect pour vous. Aux Délices, 8 avril (I).
Il parait que M"' Bellot nourrissait en secret l'ambition de se tirer de la foule par un pèlerinag^o aux Délices. Elle annonçait même, ce semble » quelque Telléité de se faire la yoisine de campagne de Voltaire. La réponse ne se fit pas attendre.
46may (2).
Vos lettres sont charmantes, Madame; mais les sujets en sont bien tristes. Vous semez des tieurs sur un fonds noir (sic). Ce que vous me mandez de l'opprobre de ma patrie (3) m'afflige sans me surprendre. Vous avez réparé cette honte en m' envoyant Rasselas, qui m'a paru d'une philosophie aimable et très-bien écrit (4). Vous ne quitterez point Paris, Madame; on ne s'arrache point ainsi aux lieux oîi l'on doit plaire, et oii l'on est toujours
(1) Cette dernière ligne est de la main de Voltaire.
(2) 1760. Cette lettre est autographe.
(3) Lisez : Du succès de la pièce des Philosophes (2 mai 1760).
(4) Histoire de Rasselas^ prince d'Abyssinien traduite de Samuel Johnson par M"« Bellot, 1768, in-12. Était-ce le texte anglais qu'elle avait eoToyé à Voltaire en 1760 ? Était-ce le manuscrit de la traduction qu'elle ne publia que huit ans après?
10 LBTTRBS DB VOLTAIIË
bercé de quelque espérance. Les villes de province sont insipides et tracassières. La campagne n'est bonne que qnand on a le bonheur de la cultiver, et c'est un goust qu'on ne se donne pas, car on ne se donne rien.
Si vous étiez déterminée à la retraitte, vous pourriez en trouver une pour cent écus par an à une demie lieue de Genève. Il y a un petit jardin, la maison est meublée et mal meublée. L'hiver y serait dur. Croiriez-vous pourtant qu'un neveu de M. de Montmartel occupe à présent ce taudis pour être à portée de M. Tronchin , dont il croit avoir besoin quoyqu'il ait fait à cheval le voiage de Paris à Genève? Nous sommes cinq maîtres aux Délices : ma nièce (1) -, Mademoiselle de Bazincourt, fille de votre âge, jouant la comédie, faisant de petits vers, travaillant en tapisserie , et s'étant consacrée à la retraitte*, un neveu (2); un géomètre, qui fait des quadrans au soleil, et des vers (3), et enfin moy chétif. La maison est pleine, et vous me faittes bien souhaitter qu'elle fut plus grande. Je ferai l'impossible pour la mettre en état de vous recevoir, si jamais vous donnez la préférence sur le Languedoc
(i) M'''' Denis. — Voir, sur les déiails qui 9uirent, la lettre à d*Argentaldu 11 mai (Bcucbol, 3002).
(2) ProtNibleoient Daumart, sur lequel on peut voir l^édilion Beucliot, !)<>• 3321 et 3268.
(3) Siméon Valette (V. les lettres 2871 et 2935 de rédition précitée). Ce Valette, auteur d*un Traité de gnomonique dédié à d'Alembert, passe pour Toriginal du Pauvre DiabU de Voltaire.
1 HADAMB SBUOT. 1 1
et la Bourgogne à notre beau lac de Genève , à la plus belle vnë de l'univers, à un pays libre et tranquille où la nature est riante et où la raison n'est point persécutée^
Soyez persuadée, Madame, de la respectueuse estime du suisse V.
Tivanti : c'était le temps où Tollaire mettait en «cène Fréron et le nommait, i une lettre prèi, dans [Éeottaite, Jouée plus tard, mail qu'il avait dis lors en porterenille. Ceui que bafTonait la pièce des Philoiophei étaient, alors aussi, en veine de pamjpMels contre Lefranc de Pompignan ; il en paraissait un toutes les semaines, ils n'en furent que plus outrés de l'audace des représailles dont ils étaient l'objet. Morellel publia sa Prifact de la etnnédit dit PhiUi$opktt ov VitUm dt Charte* Paiiuot, où il passait de beaucoup (il en convient dans ses Mémoires) les linlles d'une plaisanterie littéraire. Dans ce libelle, car c'en était on, il laissa tomber contre la protectrice de Pallssot, sans la Hommer (oatefols, comme l'a cra H< BwictiDt, quatre on olnf
lll^nes assez amères. Morollel fut mis à la Bastille. 11 se trouva que la princesse de Robecq élait mourante de la poitrine, et la Vision de Palissot semblait faire allusion à l'état où elle était; elle raryécnt à peine deux mois à l'emprisonnement de celui qni rayait blessée. Le duc de Ghoiseal» jusque-là très-favorable aux Encyclopédistes^ se montrait fort indigène. Voltaire se désespérait, c'est le mot, d'une imprudence qui ayait un instant donné aux grandes dames de la Cour un peu d'humeur contre ses amis (lettre 3023, Beuchot).
Lui-même élait embarrassé.
Palissot, qui l'avait connu à Lunéville, à la cour de Stanislas, et qui lui avait fait une visite aux Délices, lui avait envoyé sa pièce, le SB mai 1760, avec une lettre où, loin de le confondre avec les Encyclopédistes, il tâchait d'enlever à ceux-ci le reflet de gloire qu'ils devaient à l'auteur de la Henriade et de Zaïre,
Voltaire ne pouvait tirer sur ses propres troupes; mais il ne voulait pas déplaire au Premier Ministre. Il ne voulait pas même se brouiller avec Palissot. Il répondit à ce dernier d'une manière fort habile. Palissot fit courir des extraits de cette réponse, sans choisir ceux qui lui étaient le moins favorables, et mit à sa comédie une préface où il s'abritait sous le nom de Voltaire, qu'il exaltait à plaisir aux dépens des autres Encyclopédistes. Ferney ne pouvait désavouer tout haut ses ménagements envers Palissot; on va voir comment Voltaire s'en expliquait tout bas.
20 juin, aux Délices, 1760,
Je réponds si tard à vôtre lettre, Madame , que vous êtes en droit de me croire coupable de la belle intelligence que vous me suposez avec M. Palissot de Montenoy ; je suis cependant très-innocent. Il m*a même outragé dans sa préface, ou postface, en prétendant que je vaux mieux que ceux qu'il offense. Je serais digne de marcher à
A MADAME lOLLOT 13
quatre pattes si je ne sentais pas toute la Supériorité des lumières et des profondes coianaissaDces de Mess" d'Alembert et Diderot; je les regarde comme les premiers hommes du siècle. Jamais M. Palissot ne m'a envoîé son manuscrit : j'aurais fait l'impossible pour l'empêcher d'être TAristophane des Socrates. 11 m'a envoyé l'ouvrage imprimé, et je lui ai répondu les mêmes choses que je vous écris. Le stile de la pièce est bon , mais le sujet de la pièce est horrible ; il représente les plus honnêtes gens du monde enseignants à voler dans la poche. Voilà précisément ce que je lui ai mandé (1).
Oui, Madame, la maison en question est trèsprès des Délices; mais vous^n êtes bien loin. Je n'ai pas plus de foi aux dames qui disent qu'elles quitteront Paris, qu'à celles qui prétendent quitter Famour. On ne peut venir dans l'enceinte de nos montagnes que par un coup de la grâce; je suis converti, mais je ne me flatte pas de faire des
(1) Pas tout à fait , ou da moins avec bien des correctifs (Voir la lettre à Palissot, dn 4jain 1760, Beuchot, n« 3015], «Mais, écri?ait € Voltaire à d'Argenlàl , je veux me donner l*air d'être indigné de la « pièce des Grenouilles contre les Socrates. Je le suis encore davan- • tage de la réponse intitulée Vision^ dans laquelle on insulte madame > de Robecq mourante (lettre du 43 juin 1760, Beuchot, n* 3020). > — Anne-Maurice de Montmorency-Luxembourg, mariée, en 1745, à Anne-Louis-Alexandre de Montmorency, prince de Robecq, mourut le à juillet 4760. Les Philofophes de Palisspt avaient été joués Iç S mal»
16 LETTRES DE VOLfÀlâE
sans son consentement ^ il a nn peu altéré la pureté da texte; mais il ne faut pas y regarder de si près : tons ces rogatons me yienn'ent fort tard, et je n'ai lu aucune fréronade.
Je remercie M. Darget (I) de son souvenir, et je TOUS prie, Madame, de vouloir bien lui dire que je lui suis toujours très-tendrement dévoué. Je ne sçais point quel est l'auteur du poëme sur la peinture, dont vous me parlez, ni quelle est son avanture (2). Je ne connais de sœur du po^ (3) que celle de mon village. Au reste, je ne réponds à tontes les calomnies dont on accable les philosophes, et à toutes les accusations ridicules d'irréligion, qu'en fesant bâtir actuellement une église. Je scais bien que cette bonne œuvre me ruine(4)dansce monde cy, mais Dieu me le rendra dans l'autre. Je voudrais pouvoir un jour y entendre la messe avec vous.
(i) Ancien secrétaire de Frédéric II*
(2) L'auteur du poëme sur la peinture était Watelet.
(3) Probablement une facétie quelconque sur les Encyclopé^ distes. On nommait la duchesse d*Aîgaîllon la scmr-'du'pot des philosophes,
(4) Me ruine esi un peu fort; cetle église n*est qu'une grange, que chacun a pu voir en avant du cliâteau de Femej , ù gauche. — Ce même jour (il août 1760), Voltaire écrivait à Duclos : « Diderot • n'a qu'ù répondre qu'il est bon catholique; il est si ai!:é d'être «catholique! •
10 novembre 1760.
Il y a plas de quinze joars que V. a enroié à madame la veuve B. l'histoire du C, c'est-à-dire du Gzar (1). Plusieurs de ces paquets, quoique protégés par des intendants des postes, n'ont point été rendus à leur adresse. Si madame B. a quelque aulre débouché , elle n'a qp'à l'indiquer, et elle aura son G... sur-lechamp. Elle fait fort biea de voir M. H. (2) : car ce M. H. a du génie , de l'esprit, et un cœur charmant. D'ailleurs, la terre de Yauré(3) est un plus beau séjour, et plus à portée d'elle, que le trou des Délices, qui n'est qu'une chaumière dans une très belle vue. On n'ose pas se flatter qu'elle daigne venir dans cette chaumière ] on le souhaitte seulement, et on s'en reconnaît indigne. Quelques philosophes y viennent de temps en temps. Madame B. me parait aussi philosophe qu'eux tous. Elle sçait que je l'ai prise une fois pour Mad^ de Sévigné à son stile *, mais je n'aurais jamais pris M ad^ de Sévigné pour elle ,
(i) Le premier volume de l'Histoire rfc Pi«rre-/c-Granrf , publié par Voltaire en 1760,
(2) HelTélJus.
(3) Voré, dans le Perche, ù \\\ne des extrémités du déparlement de rOrne, sur la roule d'Alençon à Parjfi, par Bcli^roe. Helvétius |)assaU dans ce cbûieau les deux tiers d« Tannée.
18 LETTRES DE VOLTAIEE
car, en fait de raison , cette Mad^ de Séyigné est Que grande caillette (1). Je présente à Madame B. mes très-humbles et très-sincères compliments.