‹ Correspondance inédite, faisant suite à son journal, accompagnée de fragments également inédits de ses œuvres posthumesChapitre 16 sur 91 · LETTRE XVIII · texte numérisé non relu

LETTRE XVIII

Ce \ août 1770.

J'ai reçu, mon cher fils, votre lettre tardive du 28 juillet. Je n'ai pas perdu pour attendre, et j'en suis très-content. Votre métaphysique sur la vertu est spirituelle et sensée, mais ce que j'en estime le plus, c'est qu'elle est sentie et qu'elle respire les bonnes mœurs. Je ne m'étendrai pas beaucoup aujourd'hui sur cet objet, parce que je compte m'en entretenir avec vous bientôt. Autant que je puis m'en souvenir, MM. Puissant et de Saint-Amand m'ont dit (jue vous seriez à Paris cet automne. Je m'étonne que vous me parliez de cet hiver, et que vous n'avez pas écrit pour presser à ce sujet M. Puissant, de qui cela dépend. Oserai-je, à cet égard, vous reprocher un peu de négli(jence, ou du moins d'indolence ?

Mon amitié vous souhaite ici, mon cher enfant. Je suis vieux, et je n'ai que ce temps de votre ^résidence à Paris pour y voir un homme que j'estime et que j'aime plus que jamais. Je désirerais même que vous fussiez placé dans la grande ville au commencement d'octobre. Je vous tiendrais quelques jours, pendant des fêtes ', à

^ C'est-à-dire pendant les jours de eon(;é, que Collé appelle, dans la lettre suivante, \l'S jours fériés du jeune homme. Du reste, ce projet ne se réalisa pas. 31. de V** ne fut point appelé dans les bureaux de Paris; il continua de rester en province.

138 COKUESI'ONDA^CE [.NÉDITK

la maison do cain|)a{fiic do (>ri{jnon , (|iie lou raljl)o do (/()ii(ïi(;r a l(!(;u('(; h ma Comme ot à sa sœur, comme je vous I ai dit; i\\i moins, ]o vous verrais h Paris Ions les jours : car jo compic hicn (|ii(! vous rojjaidoriez ma maison comme la vôlrc;.

Le bien <|ue j'ai dit devons, mon ami, à monsieur votre oncle, ik; doit que vous encourager au mieux, l)iri;;c/, A otre amnur-])ropre comme nous l'avons dit, et (juo mon (;nc(;ns ne vous eutéto pas. Au reste, je me méunîuds : ce n'est ]>oint (îucous, c'est le pur soutiuu'ut qui ma lait parler ainsi à monsieur votre oncle. Ecrire ion{jtemps me ('ali.')ue, depuis ma convalescence. Ainsi, ne m'en veuillez pas d'avoir aujourd'hui alïairo à

Pépin le Bref, C'est ainsi (pi(! je si{jue colle-ci.

LETTUK XÏX.

A ()iij;ii()ii , le l2t) octobre 177G.

.Je suis en(-liant('', mon cher fds, (pie votre alTaire soit arranjjée, et <juo vous noiis arrivic;/ à la fin de septembre. Nous serons enconî ici. Nous ne comptons revenir ;i l*aris (pio vers la lin d'oclobre. ÎNous nous flattons de vous avoir vos jouis loric's; ot (piand nous serons de retour dans la {;rand'villo, jo veux (pie vous ro(^;ardi(!z ma maison (^omme la v<')lro. Si j'avais chez moi seule-

ment une chambre à vous donner, je ne souffrirais pas (jue vous fussiez loger ailleurs. J'ai déjà parlé à mon frère, et je |)arlerai à (jui je pourrai, pour vous trouver gîte, mais gîte seulement. Ma femme, ainsi rpie moi, nous sommes d'avis (pie vous cherchiez un logement dans le quartier des Fermes, mais que vous ne vous mettiez pas en pension. Le lundi et le vendredi, vous irez dîner, quand vous voudrez, et tant que vous v(mdrez , chez Boulogne; trois ou quatre autres jours de la semaine chez moi. Quand vous voudrez bouder, vous irez à l'auberge. Il y en a d'excellentes et de très-honnétes dans notre quartier. Cette façon de vivre vous coûtera moins qu'une pension, qui, d'ailleurs, est d'ordinaire fort maussade. Au reste, ce sera à vous à vous décider. Ma femme et sa sœur me chargent de leurs compliments et amitiés. Quant à moi, je vous estime et je vous aime plus que jamais, et j'aurai un très-grand plaisir à vous voir et à vous assurer, de cœur, que je suis votre meilleur et votre plus tendre ami.

Page 1