CORRESPONDANCE LN ÉDITE
moiselle Qiiinault a dit le l)on inf)t (jni suit : Voltaire est mort, et il n y a ^jne le mmuiuis de \ illette d'enterré '.
Voici une des epitaphes de A'oltaire, tournée contre l'un et contre luutie :
De l'athéisme Arouet fut l'apôtre.
Sans cœur, sans âme, il pourrit en ces lieux.
Villette a l'un, le diable l'autre.
Dieu poin ait-il se venger mieux!
Pour rintelli{jence de cette épitaphe, apprenez, si vous ne le savez pas , que le marquis de Villette a eu le cœur de Voltaire après sa mort, qu il l'a mis dans un vase précieux avec cette inscription :
Son esprit est parfont, mais son cwnr 7i'est quici.
Je ne ])ense point, comme vous, mon cher entant, que la réputation de cet homme célèbre s'éteindra. Je
' Villette (Charles, marquis de), né en 173(), mort en 1793, fils d'un Irésorier des {juerres et ami de Voltaire, qu'il encensa toute sa vie et qu'il reçut chez lui, à Paris, lorsque ce dernier vint y mourir. Voltaire l'avait marié à mademoiselle de Varicourt, sa nièce adoptive, cpi'il nommait belle et bonne, et qui se rendit célèbre par sa bieuFaisance. Quant au marquis, il s'est fait une triste réputation par le cynisme de ses mœurs. Voltaire chercha, mais en vain, à lid faire une autre réputation, en l'appelant le Tibnlle français. C'est dire «pi'il s'occupait de littérature, et ses OEuvres (prose et poésie), ont été inqirimées axcc luxe à Paris, en 178(5, in-8°, sous la rubrique d'Edimbourjj. Il publia un supplément à ce recueil, en un volume in-IG, iiiqirimé sur du papier fait avec de l'écorce de tilleul.
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crois, au contraire, <,uelle ira jusqu'à la postérité la plus reculée ; mais je suis de votre avis sur celle de ce sophiste de Rousseau. Sa réputation ne durera pas trente ans. Il ne lui restera <pic quekpies lecteurs, aujants de la dialectique et du sophisme '.
Je reviens encore à vos affaires. Trouvez quelque prétexte pour écrire à M. Puissant, et, pour en tirer quelque réponse, ne perdez jnis de vue de lui faire valoir votre travail, etc. Dès que vous n'avez plus de livres, imaginez quelque travail qui vous soit utile pour votre métier, et par lequel vous ])uissiez faire claquer adroitement votre fouet vis-à-vis de la compagnie.
J'ai fait vos compliments, qu'on me charge de vous rendre tout chauds. Mes femmes et moi vous assurons de notre amitié.
' Riswn teneatls! Cette prédiction aura le sort de celle de madame de Sévigné, touchant Racine et le café. Le nom de Jean-Jacques et celui de Voltaire n'iront pas plus s'amoindnssant «pie les principes à la défense desquels ces prands hommes ont consacré leur vie. Le triomphe de leurs doJtrines s allume de plus en plus, et pour qu'il e., fut autren.ent il taudrait que l'huma.d.é rétrogradât, ou qu'elle mourût, ce qui est tout un : car, pour l'iuimanité comme pour l'individu ne pas avancer, c'est cesser de vivre. '
LETTRE XXY.
. A Griffiion, ce 10 octobre 1778.
H se peut très-l)ien , mon cher enfant, que votre retour ici que vous annonce M. de Saint-Amand soit le terme et la cause du silence de M. Puissant. Il vous attend peut-être pour vous dire ce qu'il ne veut pas confier au papier. Il se peut aussi que M. Puissant n'ait rien à vous dire encore; communément, ce n'est que vers le milieu de novembre que les affaires commencent à se remuer à Paris. Quoi qu'il en soit, tranquillisez-vous, mon ami; vous n'avez pas encore longtemps à attendre. Vous êtes jeune; j'avais près de trente aus lorsque j'eus un emploi de douze cents francs, et je riais.
Il est sûr, mon cher fils , que votre négligence à mon égard a été un peu bien forte ; et si vous voulez que je vous parle en père là-dessus, je vous dirai, à la franqueUe, qu'il ne faudrait j)as agir de même avec un autre qui serait dans la même position où je suis avec vous. Vous blesseriez au moins son amour-propre, si vous n'offensiez pas sa sensibilité. Je vous dis cela uniquement pour vous. Je vous aime, et mon amitié est indulgente; mais croyez (pie peu de .<;ens sont aussi bénins que moi sur ces matières.
Nous resterous ici, mon fils, jusqu'aux fêtes de Toussaints, au moins. S'il faisait beau, nous pourrions bien les y passer.
M. tle Monticourt est mort subitement le lundi 5 octobre, en allant promener à Neuilly, où il a été enterré ^ J'en suis dans le plus {jrand chagrin. Je vous embrasse de tout mon coBur.
Venez-nous voir, si vous revenez bientôt, et aimezmoi plus que vous ne m'aimez. Mes femmes vous font mille compliments.