‹ Correspondance inédite, faisant suite à son journal, accompagnée de fragments également inédits de ses œuvres posthumesChapitre 59 sur 91 · A DES CRITIQUES · texte numérisé non relu

A DES CRITIQUES

on AVAIENT ÉTÉ DIRIGÉES CONTRE UNE DE SES PIECES *.

« On voudrait que je changeasse mon exposition on nn point. On désirerait qu'Achmet fut an fait, en arrivant snr la scène, des fourberies d'Abdalla; qu'il eût même déjà découvert le trou du mur par lequel le Dervis a fait entendre sa voix à Fatmé et à Zala, la nuit précé-^ dente.

)' L'on ne trouve point naturelle et assez vraisemblable la confidence (un peu brusquée il est vrai) <pi'Achmot fait à Omar de son aventure, dans la première scène. Et l'on blâme sa pénétration, dans la dernière scène d^^ premier acte, lorsqu'il devine, en faisant la découverte du trou de ce mur, que c'est par cette crevasse qu'Abdalla est celui qui a fait entendre sa voix à ces femmes. »

Je passerais en quelque sorte condamnation sur la confidence d'Aclimet à Omar. Je la trouve trop précipitée; il faudrait chercher et trouver le moyen de l'établir, de la fonder davantage. Cela serait mieux, je l'avoue. Mais si, après avoir épuisé toutes mes ressources à cet égard, je ne puis parvenir à corriger ce défaut, je pense qu'il vaudra mieux le laisser que d'ôter cette tache dans

' Le Dervis, opéra -comique en deux actes, rejiréscnté en 1700.

l'exposition pour la remplacer par un vice plus ^raiid. Ce vice est l'expéclient cpie l'ou propose de faire arriver sur la scène Achraet tout instruit.

En supposant Achmet instruit, je n'ai plus le temps de fonder comme il faut le caractère du Dervis. Mais, me dit-on, vous l'établirez tout de même. Toute la différence qu'il y aura, c'est que ce sera Achmet qui apprendra il Omar toutes les gentillesses du Dervis, au lieu que . c'est Omar qui les apprenait à Achmet.

Je réponds à cela qu' Achmet , qui est un paysan , ne doit point et ne peut pas naturellement être au fait des intrijjues du Dervis comme Omar, qui est supposé vivre avec des gens d'un plus haut étage. S'il sait quelque chose, il en doit peu savoir, et ce peu là, selon moi, ne suffit point pour donner aux spectateurs l'idée entière (pie je veux qu'ils prennent du Dervis.

Secondement, si Omar écoute, au lieu d'instruire, il devient un personnage très-froid et très-fastidieux , en ce que, lui, Omar, n'a aucun intérêt dans ce qu'on lui raconte, au lieu qu'Achmet, en écoutant, y a le plus grand intérêt, puisqu'il s'agit de son amour et de tout son bonheur.

Mais l'obstacle le plus considérable, pour rendre Achmet instruit, c'est que cela rompt la marche et l'action du premier acte. Dans la scène septième de cet acte, Zala raconte à Achmet le miracle de cette voix qu'elles ont entendue la nuit précédente. Ce récit deviendrait inutile et superflu si Achmet sait déjà que le Dervis a ])arlé par le trou du mur. S'il en est certain, d'ailleurs,

en assurant ce lait à Zala, le piquant clos scènes de frayeur du second acte ne peut plus subsister. Si Zala est prévenue que cette voix nocturne n'est |)as la voix de Mahomet, elle ne doit plus être effrayée; elle cesse d'être crédule, l'erreur est ôtée : il n'y a plus de scènes.

Au lieu que, si on laisse Achmet s'instruire par gradations, tout marche bien.

Dans sa scène avec Omar, Achmet est désabusé sur le compte du Dervis; il sort avec lui; Omar est censé lui conter encore d'autres fourberies de cet hypocrite. Dans la septième scène avec Zala, le récit de la voix lui donne de violents soupçons sur Alidalla, après tout ce qu'il a entendu dire à Omar, De là vient naturellement l'idée qu'il a que c'est peut-être ce Dervis qui a fait entendre sa voix par quelque trou du mur. Il cherche ce trou, il le trouve; il est vraisemblable alors qu'il imagine que c'est ce Dervis lui-même qui a effrayé ces femmes par la crevasse de ce mur. De cette sorte, l'action chemine et se développe par degrés, et comme il faut.

Ainsi donc, je crois fermement que cette exposition ne doit se changer (pi'en un seul point, qui est de donner le plus de vraisemblance possible à la confidence d'Achmet à Omar. C'est sur cela, uniquement, qu'il faut réfléchir et imaginer.

Ce n'est point entêtement qui me fait persister dans mon sentiment. Ce n'est point amour-propre; je n'ai que celui de faire le mieux possible. Ce n'est point paresse, je ne suis point paresseux. C'est que je vois évidemment ce que je dis là.

FRAGMENTS INÉDITS

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