‹ Correspondance inédite, faisant suite à son journal, accompagnée de fragments également inédits de ses œuvres posthumesChapitre 73 sur 91 · PHILOCTÈTE, DIMAS · texte numérisé non relu

PHILOCTÈTE, DIMAS

DIMAS

Philoctète, est-ce vous? Quel cor//> affreux du so?H * Dans ces lieux empestés vous fait chercher la mort? Venez-vous de nos dieux affronter la colère? Nul mortel n'ose ici mettre un pied téméraire. Ces climats sont remplis du céleste courroux, Et la mort dévorante habite parmi nous. Thèbes, depuis longtemps aux horreurs consacrée, Du reste des vivants semble être séparée. Retournez.

PHILOCTÈTE

Ce séjour convient aux malheureux.

Va, laisse-moi le soin de mes destins affreux.

C0MME>'TAI11ES DE COLLÉ

* J'observerai, autant que je le pourrai, un ordre dans ces Commentaires. Ji' ferai mes notes sur les vers et sur les détails dans le courant de la pièce, et je renverrai à la fin de chaque acte les observations que j'aurai à faire sur le fond du sujet, sur le plan et sur les caractères.

Je remarque, d'abord, qu'eu {fénéral les vers de cette première scène sont plus épiques que trafiques. Philoctète et Dimas sont deux poètes qui tâchent de faire de beaux vers,

Et dis-moi si des dieux la colère inhumaine En accablant ce peuple a respecté la reine.

DIMAS

Oui, seigneur : elle vit; mais la coniogion Jusqu'au pied de son trône a porté son poison. Chaque instant lui dérobe un serviteur yz</è/e. Et la mort par degrés semble s'approcher d'elle. On dit qu'enfin le ciel, après tant de courroux, Va retirer son bras appesanti sur nous. Tant de sang, tant de morts ont dii le satisfaire.

PIIILOCTÈTE.

Et quel crime a produit un courroux si se'i'êre?

DniAS.

Depuis la mort du roi...

PHILOCTÈTE

Qu'entends-je? Quoi! Laïus...

et non les deux personnages qui pailont pour commencer l'exposition du sujet.

IM. de Voltaire a chicané Gorueilhî sur ks vers : on peut chicaner M. de Voltaire sur' les siens. Quoitpie ce soit là sa {grande partie, nous en trouverons cependant luie assez honnête quantité de répréhensibles. Voyons.

En dix vers, on trouve deux fois le mot à' affreux : affreux coup du sort... Mies destins affreux; expressions vajfues, d'ailleurs. Colère et tcnier/cire , contaijion et poison, satisfaire et sévère ne riment point ensemble.

Colèi'e inhumaine , épithètc oiseuse mise ici pour rimer. Serviteur fidèle, antre épilhète pour la rime : car la peste emporte les serviteius iii{>rats comme les serviteurs fidèles.

DIMAS

Seigneur, depuis quatre ans ce héros ne vit plus.

PHILOCTÈTE

Il ne vit plus ! Quel mot a frappé mon oreille ! Quel espoir séduisant ^ dans mon cœur se réveille ! Quoi! Jocaste... Les dieux me seraient-ils plus doux^'t Quoi! Plîiloctète, enfin ^, pourrait-il être avons?... Il ne vit plus !... Quel sort a terminé sa vie?

DIMAS

Quatre ans sont écoulés depuis qu'en Béotie Pour la dernière fois le sort guida vos pas. A peine vous quittiez le sein de vos Etats, A peine vous preniez le chemin de l'Asie, Lorsque d'un coup perfide une main ennemie Ravit à ses sujets ce prince infortuné.

PHILOCTÈTE

Quoi ! Dimas, votre maître est mort assassiné^ !

^ Rien de moins séduisant (jue le séduisant espoir de pouvoiiséduire une grand'nière que l'on s'est mis à adorer il y a plus de vingt-cinq ans.

' Les dieux me seraient-ih plus doux? c'est un petit vers d'opéra; c'est une imitation de la versification de Gampistron.

" Enfin n'est point une cheville dans ce vers; etifin y est nécessaire : le prince béotien soupire après Jocaste depuis trente ans peut-être. On sait que les Béotiens étaient les Champenois de la Grèce. Au long amour de Plîiloctète on eût deviné sa patrie , quand on n'en eût point parlé.

^ Assassiné. Il y a faute dans le dialo(;ue en cet endroit. Dimas doit répondre à Plîiloctète, demandant si Laïus a été

DIMAS

Ce fut de nos malheurs la j)icniière ori;;ine.

Ce crime a de l'empire entraîné la ruine.

Du bruit de son trépas mortellement fra|)])és,

A répandre des pleurs nous étions occupés,

Quand du courroux des dieux, ministre épouvantable,

Funeste à l'innocent, sans punir le coupable,

T'n monstre, — loin de nous rpie laisiez-vous alors? —

Un monstre furieux vint ravager ces bords.

Le ciel industrieux, dans sa ij-iste^ vengeance.

Avait à le former épuisé sa puissance.

}sé parmi les rochers, au pied du Cythéron'' ,

Ce monstre à voix humaine, aigle, femme et lion.

De la nature entière^ exécrable assemblage.

Unissait contre nous l'artifice à la rage.

COMME>"TAIRES DE COLLE

assassiné : « Non! ou Oui, ce iiit de nos maux la première origine. » U empire , expression impropre. IJourjjcs et sa banlieue ne peuvent être appelés un empire, non plus que Thèbes, qui n'avait pas autant d'étendue.

* Triste veu(;eance, épitliète qui ne peint rien; et puis triste! On trouve peu de vengeances joveusc^; les feuuues seules en ont le secret.

' Cytlw'ron et lion ne riment point. On sait qu'il faut au moins (pie les dernières svllabes aient la même terminaison : lion, Sion, Cythéron, Caron. Elle est riche quand presque toutes les syllabes riment : lion, Il ion, Cvthéron , Gicéron.

* Entière : vers hyperbolique et boursouflé. Ce monstre n'est point" l'exécrable assemblaf;e de la nature entière ». Il ne l'est que des natures de l'aigle, de la femme et du lion.

co^^IE^TÉEs par collé. 397

Il n'était qu'un moyen d'en préserver'^ ces lieux :

D'un sens embairassé dans des mots cajitieux,

Le monstre, chaque jour, dans Thèbe épouvantée

Proposait une énigme avec art concertée;

Et si quelque mortel voulait nous secourir,

Il devait voir le monstre, et l'entendj-e '°, ou })érir.

^ Préserver : tenue impropre et faible.

'" \J entendre : il faut, je crois, comprendre ; car l'on entend souvent sans coHipr(>ndre. jNgus ne conipreiulrious pas ceci, en V entendant.

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