‹ Correspondance inédite, faisant suite à son journal, accompagnée de fragments également inédits de ses œuvres posthumesChapitre 80 sur 91 · ACTE QUATRIEME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIEME

SCÈ>sE I1I«.

OROSMA^NE, CORASMO.

OROSMANE

Ah ! c'est trop tôt chercher ce salutaire asile,

C'est trop tôt abuser de ma bonté facile.

Et plus j'y pense, ami, moins je puis concevoir

Le sujet si caché de tant de désespoir.

Quoi donc ! par ma tendresse élevée à l'empire.

Dans le sein du bonheur (pie son âme désire,

Près d'un amant qu'elle aime et qui brûle à ses pieds,

Ses soupçons, ici, devraient acipiérir une force pro(li{;ieuso. Aussi, aux pieniiùres rcpréseutalions, cette scène fut trouvée détestable par tout le luonclc. Les partisans les plus fanatiques de M. de Voltaire l'avouèrenf cux-iiiênies.

' C'est un niiraoic bien sensible que, dans cette scène-ci, Orosmane oublie et ses soupçons et son caractère aussi complètement. Après cette scène, si on la croit, on peut ajouter foi aux rêveries dt; TAlcoran.

Orosmane n'a aucunes raisons nouvelles pour cesser d'être aussi jaloux qu'il l'était à la fin du troisième acte. Au contraire, les cacboteries de Zaïre devraient rallumer davantajje

COMMENTEES PAR COLLÉ. 431

Ses yeux, remplis d'amour, de larmes sont noyés !

Je suis bien indigné de voir tant de caprices.

Mais moi-même, aj)rès tout, cus-je moins d'injustices?

Ai-je été moins coupable à ses yeux offensés?

Est-ce à moi de me plaindre? On m'aime : c'est assez.

II me faut expier par un peu d'indul^jcnce

De mes transports jaloux l'injurieuse offense.

Je me rends. Je le vois : son cœur est sans détours;

La nature naïve anime ses discours.

Elle est dans Vàge heureux oit règne l'innocence :

A sa sincérité je dois ma confiance.

Elle m'aime sans doute. Oui, j'ai lu devant moi

Dans ses yeux attendris l'amour qu'elle a pour moi.

Et son àme, éprouvant cette ardeur qui me touche,

Vingt fois, pour me le dire, a volé sur sa bouche.

COMME?sTAIRES DE COLLÉ.

sa jalousie, et cependant il est trancpiille et confiant comme un mari de la rue Saint-Denis ou un homme de la cour qni ne s'embarrasse (;uère d'être trompé par sa femme.

C'est une chose plaisante que l'aveugle crédulité de ce tendre Soudan, et que tout le céladonnage puéril de cet Asiatique! Qu'on relise cette scène troisième et qu'on la relise encore. Orosmane y paraîtra de la simplicité d'un écolier de rhétorique qui est trompé par la femme de chauibre de madame sa mère. Un adolescent qui en serait au premier jour de sa première passion ne serait pas plus tendre et plus dupe. J'ai souligné une partie de ces fadeurs, que celle qui suit surpasse encore :

Qui peut avoir un cœur assez traître, assez bas Pour montrer tant d'amour et ne le sentir pas?

Qui peut avoir un cœur assez traître, assez bas, Pour montrer tant d'amour et ne le sentir pas?

CO.MME>TAIRES DE COLLE

Aussi la parodie a-t-clle jiulicieuseiiunit tourné en ridicule ce beau morceau :

On m'aime : c'est assez! On le dit, on le jure. Tue femme n'est |)as capable d'imposture;. Un {jraiid cœur à le croire est toujours engayc.

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