‹ Correspondance inédite;Chapitre 97 sur 123 · Le Hoyaume de Dieu en vous · texte numérisé non relu

Le Hoyaume de Dieu en vous

16 mai 1892.

Cher Isaac Borissovitch,

A un certain moment, nous nous préparions à partir à l'étranger, mais de notre plein gré, indépendamment des persécutions ou de leur possibilité. Moi, pécheur, je fais tout ce que je peux pour ne les point provoquer, mais évidemment, je n'en suis pas digne, et il me faudra mourir ainsi, sans vivre, môme pour un court moment, ce que je regarde comme nécessaire; et je ne pourrai pas, par des souffrances physiques, témoigner de la vérité.

Je ne pense pas qu'il faille fuir la persécution. Je pense plutôt qu'il faut se rappeler ces paroles : « Celui qui sera persécuté jusqu'au bout sera sauvé », et les suivre.

C'est le chagrin de ma femme et son état horriblement nerveux, depuis la mort de notre petit garçon A^'assia, qui m'excitaient à partir à l'étranger. Et moi, quand elle souffre ainsi, je sens par tout mon être la vérité de ces paroles : que le mari et la femme ne sont pas des êtres distincts, mais ne font qu'un.

LETTRES A TENEROMO 187

D'abord, elle craignait les souvenirs à lasnaia Poliana, mais, maintenant, elle a décidé d'y partir; et le voyage à Félranger est remis.

Je voudrais ardemment pouvoir lui transmettre une partie de cette conscience religieuse que j'ai (à un faible degré cependant, mais cependant à un tel degré qui me donne la possibilité de m'élever parfois au-dessus des douleurs de la vie). Je sais qu'elle seule donne la vie. Mais j'espère qu'elle lui sera transmise, non par moi, sans doute, mais par Dieu, bien que cette conscience ne soit guère accessible aux femmes.

Comment vivez-vous ? Comment vont les entants et Anna Lvovna? En attendant, au revoir.

l^f juin 1894.

.J'ai eu de vos nouvelles, cher Isaac Borissovitch, par M"^" V... C'est une brave personne qui travaille dans le monde et qui est très active. Vous fera-t-on obstacle ou non, ce que vous êtes parvenu à faire est très bien.

En notre temps, seulement dans un sens bien plus large, il est juste que les disciples du Christ doivent aller ailleurs, quand on les a chassés d'un endroit. Gela se fait, et il est impossible de faire autrement.

Avant-hier, je fus avec Tchertkov à Krapivna, voir Bouliguine, qui est en prison là, pour avoir refusé de présenter les chevaux sur la réquisition des autorités militaires. Il est d'humeur très ferme et très joyeuse, et, tranquillement, prêche en prison. Je retournerai le voir demain.

Savez-vous que Kondriatzev a été arrêté et qu'il est en prison quelque part? Il m'est pénible d'être en liberté... D'ailleurs, il ne faut pas provoquer, de même qu'il ne faut pas résister.

Salut à Anna Lvovna et à tous nos amis.

LETTRES A TÉNÉ[iOMO 189

Juin 1894.

De bonnes nouvelles de vous, cher Isaac Borissovitcli. Comme la vie s'arrange d'une façon imprévue et beaucoup mieux que nous le ferions nous-mêmes î

Je me réjouis de votre activité pédagogique et du fait qu'elle a des imitateurs. Pourvu que l'œuvre ne soit pas gâtée par quelqu'un ou quelque chose I

Je suis très fâché d'avoir attristé M. Y... Je lui ai dit ce que je pensais de l'étrange changement de convictions qui s'est opéré en lui. Mais, peut-être par manque de celte qualité précieuse, de Thumilité, dont vous parlez, et qui mène à Tirrespect des opinions d' autrui, n'ai-jc pas su le lui dire de façon à ne pas Toffenser.

Transmettez à B. N. la lettre que m'a donnée, il me semble, Volkenstein, et qu'il a oubliée chez moi. Pourquoi ne s'occuperait-il pas dans les ateliers que vous avez organisés?

Je suis maintenant à la campagne, où je

suis venu me reposer du brouhaha de Moscou. Au revoir; salut à votre femme.

Juillet 1894.

Cher ami,

Un Juif d'Amérique , un prédicateur, est venu faire des démarches près du gouvernement afin qu'on donne des terres aux Juifs russes pour leur colonisation en Russie. Et eux, en Amérique, réuniront le capital nécessaire pour l'outillage de ces colonies et enverront des guides. Le plan est très bon, mais il est douteux que le gouvernement y consente.

Cependant, je lui ai exprimé toute ma sympathie et lui ai remis une lettre pour vous, pensant que vous pourriez lui donner un bon conseil. Ce n'est pas la peine d'aller le trouver. C'est un étranger par l'esprit. Il m'a laissé un Aolume de ses sermons. Dans l'un d'eux, il tâche de prouver qu'il ne faut pas tendre l'autre joue ni rendre son habit, mais montrer le poing et le bâton pour qu'on ne vous frappe pas de поил^еаи et ne prenne pas votre habit.

LETTRES A TÉNEROMO 191

Je suis heureux de votre activité. En atlendant. au revoir. Salut à nos amis.

Л^otre dévoué,

lep janvier 1898.

Jai reçu votre lettre et votre manuscrit, cher Isaac Borissovitch. Je regrette beaucoup de n'avoir dit rien d'agréable à votre connaissance» Parle sujet et par la forme, ce récit est dépourvu de qualités. On écrit et imprime chaque année des milliers de pareilles choses, et on ne sait trop pourquoi. Et je ne puis encourager les écrits de cette sorte.

J'ai reçu également votre lettre antérieure, sur l'écriture; et j'ai été très heureux de vos bons sentiments pour moi, que je vous prie de me conserver, et qui sont réciproques. Votre,

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