L. Tolstoï
P.-S. — Envoyez le blé que vous avez réuni ainsi que l'argent aux villages voisins de vous. Nous en avons en excès, non en proportion de la misère, mais des moyens de distribution.
J'ai reçu votre lettre depuis longtemps ^ cherisaac Borissovilch, et je n'ai pas eu le temps d'y répondre. Evidemment, vous avez écrit sous l'impression des bruils qui ont couru de mon emprisonnement et de violences quelconques exercées sur moi.
Malheureusement pour moi et heureusement pour ceux qui exercent la violence, rien de pareil ne m'est arrivé.
Je vois qu'autour de moi on persécute mes amis, et moi on me laisse tranquille, bien que, s'il y a quelqu'un de nuisible, c'est moi.
Evideuiment, je ne vaux pas encore la persécution et j'en suis honteux.
On installe Khilkov parmi les Doukhobors, c'est tout ce que je sais de lui. J'ai reçu cette nouvelle de Birukov qui est actuellement à Samara avec mon fils Léon. J'ai appris ces jours-ci que R... avait été arrêté par les gendarmes chez A..., oii il vivait; on l'a conduit à la prison de Yoronèje.
Voire lettre, en tout cas, me fut joyeuse, et]
je vous en remercie beaucoup. Que Dieu m'amène dans la situation oii elle serait à propos ! Je suis maintenant à Moscou ; à Noël, je retournerai à Bieguitchevka (dans la province de Yoronèje). Nos amis vivent là-bas, travaillent et soutirent de ce fardeau moral lié à l'entreprise de secourir les paysans victimes de la famine.
On ne peut s'imaginer jusqu'à quel point est pénible la situation de distributeur, de donateur; de décider ce qu'il faut donner ou non. Et tout consiste en cela.
C'est très pénible, mais on ne peut se dérober, et j'ai hâte de m'arracher au plus vite d'ici. Je termine toujours mon ouvrage* et n'y puis arriver. Comment allez-vous? Ne m'oubliez pas. Ecrivez-moi de temps en temps.
Est-ce que P... est avec vous ou non? J'ai reçu de lui la lettre avec le verdict des paysans de Pavlovo, mais je n'ai pu déchiffrer d'où cette lettre. Dites-lui mes amitiés.
Votre affectionné,