‹ Correspondance inedite scientifique et littéraire (volume 2)Chapitre 38 sur 46 · GM · texte numérisé non relu

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(3) P. 13-327. JoMARD, voir sa Notice, t. 1", n*» 74, p. 409.

Observations sur les sept premières lettres de Humboldt à Jomard, portant la date de 1800 et publiées dans le second volume des Biographies et Correspondances^ sous les n*** 3 à 9, pages 13 à 17.

— Les lettres de Humboldt sont toujours, très-fréquemment du moins, privées d'une date, offrant quelque exactitude, car il se borne souvent à indiquer le jour de la semaine, sans même faire connsdtre le lieu où ces lettres pnt été écrites. Ces inconvénients et ce défaut de précision jettent parfois Téditeur dans des erreurs étranges. Souvent aussi les lettres de Humboldt sont si mal écrites qu'il est fort difficile de parvenir à les déchiffrer, et qu'à cet inconvénient se joint parfois celui des abréviations des noms cités par le savant Prus-? sien. Il est plusieurs de ces dates erronées ou incertaines qu'un lecteur attentif rectifiera peut-être au moyen des explications çi-aprës. Nous citerons pour exemple les sept premières lettres de Humboldt à Jomard, placées dans notre second volume sous les n®' 3,4^ 5, 6, 7, 8 et 9, où elles portent par erreur la date de 1800. Or il est constant qu'à cette époque Humboldt était encore en Amérique, qu'il n'a quittée que le 9 juin 1804 pour retourner en Europe, ainsi que nous l'avons dit à la page 13 de notre notice biographique, placée en tête du 1*5 volume de la Correspondance de l'illustre Prussien. Quant à Jomard, il n'a quitté l'Egypte pour rentrer dans sa patrie qu'en 1802, comme on peut le voir à la page 7 de notre notice sur ce savant, lue par nous à l'assemblée géné^ raie de la Société de géographie du 19 décembre 1862, et publiée en 1863. Ces sept lettres, qui faisaient partie de plusieurs autres dont madame Roselli, fille de M. Jomard, nous avait confié les autographes et qu'on trouvera dans ce volume, ne portaient absolument aucune date. Dans la lettre n** 5, par exemple, p. 14, Humboldt donne à Jomard le titre de confrèrey or, en 1800, ni l'un ni l'autre n'appartenant à aucune académie ou société savante, ne pouvaient être confrères; et Ritter,' dont Humboldt parle dans la même lettre

comme d'ua savant déjà célèbre, était encore à Técole en iSOO, et n'a publié son premier ouvrage qu'en 1816, d'où i^ faut conclure que cette date de 1800 est erronée. Elle doit être placée, du moins en ce qui concerne la lettre n® 5, p. 14, à Tannée 1820 et peut-être même après 1824.

Quant à la lettre n^ 3, l'autographe, que nous avons consulté de nouveau, ne porte point d'année, mais seulement jeudi 15 octobre, sans faire mention du lieu où elle a été écrite.

Nous croyons devoir ajouter que ce fut au mois d'août ou de septembre 1804 que Humboldt vint au Louvre dans les ateliers de l'Egypte pour en visiter les travaux. Ce fut à ce moment qu'il communiqua à Jomard, revenu depuis peu de temps de la Bavière et de la Bohême, un portefeuille contenant ses dessins américains, au nombre desquels se trouvait une représentation de la Prêtresse d'Isis, rapportée par lui du Mexique et que Humboldt avait ainsi appelée à cause de sa coiffure isiaque [calantica]. Par la comparaison qui fut faite avec les représentations d'Isis, rapportées d'Egypte par Jomard, on reconnut que le dessin de Humboldt n'avait pas le caractère si pur des figures égyptiennes.

Nous aurions désiré accompagner de notes explicatives plusieurs des lettres écrites à Jomard par Humboldt et que nous publions dans ce volume; mais ce n'était pas chose facile. Le premier, en effet, avait conservé soigneusement pr£sque toutes les minutes de sa correspondance avec l'illustre prussien, écrites malheureusement en caractères hiéroglyphiques inventés par lui, et dont il avait seul la clé.

Nous dirons seulement que dans une lettre de Humboldt, du 13 janvier 1845, que nous avons publiée sous le n'* 168, p. 288, il est parlé d'un soleil d'or orné d'émeraudes provenant de Cusco, ayant appartenu à Pizarre, et dont M. Kaufmann. qui en était possesseur, désirait se défaire. Jomard fit l'acquisition de cette précieuse relique, dont plusieurs copies, parfaitement exactes, ont été tirées. J'en possède une que je dois à l'extrême obligeance de madame Roselli, fille de notre savant compatriote.

— C'est dans la Description de l'Egypte à laquelle Jomard a

grandement contribué et qu'il a plus tard rédîgëe seul, que se trouve son travail sur les hiéroglyphes, dont il est fait mention dans la lettre de Humboldt du 13 septembre 1819.

— Lorsque, en 1860, je fis hommage à M. Jomard de ma notice biographique sur Alex, de Humboldt, qui venait de paraître et que j'avais fait tirer à part, il voulut bien m'en accuser la réception. Quoique je reconnaisse que la lettre qu'il m'écrivit à cette occasion est beaucoup trop élogieuse, je me décide néanmoins à la publier ici parce qu'elle prouve que mon savant collègue m'honorait de son estime et de son amitié.

Copie de la lettre écrite, en 1860, par M. Jomard à M. de la Roquette.

ce Vous m'avez fait un beau présent, mon cher collègue de 1821, à moi et à tous les vieux amis de Humboldt; c'est un bien précieux don pour moi qui l'ai vu, pour ainsi dire, le jour même de son arrivée d'Amérique à Paris, quand il vint, en 1804, visiter au Louvre nos travaux d'Egypte et nous donner des marques de sympathie. Vous venez de rendre aux savants et aux sciences un signalé service ; votre nom restera attaché au souvenir d'Alexandre de Humboldt, et comme ce souvenir vivra toujours, on sera toujours obligé de recourir à votre ouvrage pour apprendre tout ce qu'il a fait pour les sciences pendant sa longue carrière. Si je ne craignais de blesser votre modestie, j'ajouterais que vous seul étiez capable ici d'un travail aussi complet et de si longue haleine. La Société de géographie ne vous doit pas moins de reconnaissance pour avoir si pleinement acquitté sa dette envers l'illustre voyageur.

« Merci pour votre riche cadeau, qui va devenir un des meilleurs livres de ma bibliothèque moderne.

« Votre dévoué collègue,

JOMâRD.

« A monsieur de la Roquette, à Paris. »

(4) P. 18.VASCONCELLOs(don Manoel Guevaray),né en Espagne, de 1720 à 1722, était maréchal de camp lorsqu'il succéda (1799) à don Pedro Garbonell, en qualité de capitaine général et gouverneur des provinces de Caracas et Venezuela. Ce fut l'année suivante que Humboldt, qui avait eu beaucoup à se louer de ses bons offices, lui écrivit la lettre que nous publions. En 1810 les provinces que l'Espagne possédait en Amérique s' étant révoltées contre la mère patrie, Vasconcellos fut forcé d'abandonner son gouvernement. Un historien le fait cependant mourir subitement le 7 octobre 4807, ce qui serait tout à fait contradictoire. Nous ignorons exactement, au surplus, répoque précise de sa mort. On prétend que Vasconcellos gouverna despotiquement ses administrés et se rendit particulièrement odieux; à ce point que le n^ 33 de la Gazette de Caracas affirme que sa mort subite, dont elle ne précise pas répoque, excita dans le pays une impression profonde et fut attribuée à un châtiment du ciel ; assertion sans nul doute fort exagérée.

— Nous devons la lettre' de Humboldt, imprimée dans ce volume, et que nous avons traduite de Tespagnol, à TobligeaBce de M. Aristide Rojas, habitant et citoyen, à ce que nous croyons, de Caracas. M. Rojas, membre de la Société géologique de France, est un géologue et poète distingué, auquel on doit plusieurs ouvrages remarquables. Nous nous bornerons à citer son E studio geologico sobre los terremotos y tetnblores de tierra en Venezuela^ rédigé à Caracas au mois.de mai 1865 et publié dans le Federalista, et un recueil intitulé : Ciencia y pœsia^pensamientos de un bibliofilo, reproduit dans le Federalista. On trouve dans ce recueil une sorte de poème en vers, en langue espagnole, portant le titre de la Gota de agua^ la Goutte d'eau, qu'il aurait imité, à ce qu'il reconnaît luimôme, d'une pièce de vers sur le même sujet, dont une dame française est l'auteur.

— Alexandre de Humboldt^ venu dans les colonies espagnoles avec l'assentiment du roi d'Espagne qui l'avait autorisé aies

explorer, était muni de tous les instruments nécessaires pour y. voyager avee fruit et y faire des observations scientifiques. Arrivé au mois de novembre 1799 dans la capitale de Caracas, il y fut parfaitement accueilli et eut beaucoup à se louer de l'extrême obligeance du gouverneur Yasconcellos et en général de tous les agents du gouvernement espagnol. C'est grâce à leur protection qu'il put explorer avec succès non-seulement toute la province de Caracas, mais aussi les contrées voisines, et y faire de remarquables découvertes qu'il a développées dans sa lettre. Il y mesura plusieurs hauteurs restées jusqu'alors inconnues, y découvrit des granits, des pierres de calcaire primitif dont on fait le marbre, des pierres minérales de toute espèce, le nouveau métal titanique, des cristaux de roche, des grenats, la terre blanche dont on fait la porcelaine, la pierre d'aimant, la roche verte, la roche cornée, le lapis, le mica, les pirites de soufre, l'encens, etc., et une multitude de plantes dont il a donné plus tard une description détaillée. Après avoir passé quelques jours dans la ville de Valence, l'infatigable Prussien continua par terre son voyage en passant par Pao, Guigne, la bourgade de Cura, Calabozo et San-Fernando de Apuré. S'étant embarqué dans ce dernier port, il continua ses explorations jusqu'au haut Orénoque, dont il suivit Je cours, en faisant plusieurs observations astronomiques, physiques, etc. Descendant ensuite pendant près d'un an ce grand fleuve, jusqu'à la ville de Santo-Tomas de Angostura, il se rendit de là à Barcelonne, d'où il écrivît à Yasconcellos pour le remercier de l'appui qu'il lui avait prêté et lui rendre compte de ses travaux.

(5) P. 34-75. Malte-Brun, voir sa notice, tome I", p. 418.

— Sur les dix-sept lettres écrites par Humboldt à Malte- Brun, que nous publions dans ce second volume et qui nous ont été communiquées en autographes par son fils, celles qui portent les numéros U , 12 et 42 sont les seules qui aient des dates. Quant aux numéros 13, 14, 15, 16, 19, 22, 27, 28, 29, 30, 31 , 44, 45 et 46, les lettres ne sont point datées. M. Malte- Brun fils a bien voulu nous indiquer pour çç3 dernières des

dates au moins approximatives. Les trois premières sont placées aux pages 34, 35 et 42 de ce volume et les quatorze autres aux pages 36, 37, 38, 41, 45, 54, 55, 56, 57, 59, 73, 74 et 75.

La table-carte que nous avons cru devoir faire graver sur pierre dans notre second volume était jointe à la lettre écrite

par Humboldt à Malte-Brun et portant le n» 22, p. 45-47.

(6) P. 39. Oersted (Jean-Chrétien), ou plutôt Ôrsted (Bans- Christian) ^ainsi qu'il écrivait toujours lui-même ses nom et prénoms, avec un 0 barré qui se prononce Eu^ l'un des chimistes et physiciens les plus célèbres du Danemark, et peut-être de l'Europe, était fils d'un pauvre apothicaire de la petite ville de Rudkioebing, chef-lieu de l'île de Langeland, où il naquit le 14 août 1777, Placé par son père dès son plus bas âge, chez un perruquier, dont la femme jouissait, ainsi que le mari» de la confiance de ses parents et qui tenait une sorte d'école , Oersted y apprit à lire , à écrire , en même temps que la langue allemande et l'arithmétique. Il donna de bonne heure des preuves d'une mémoire extraordinaire et d'une grande précocité d'intelligence. Entré à douze ans, et pour ainsi dire à contre-cœur, dans le laboratoire paternel, il y prit néanmoins goût aux opérations pharmaceutiques, et tout en y travaillant avec plaisir, il y lut avec 'avidité tous les ouvrages de chimie et d'histoire naturelle qu'il pouvait se procurer. Il apprit en même temps, et sans maître , le grec, le latin, la langue française et montra un goût prononcé pour la poésie En. 1797 il se rendit à Copenhague pour se perfectionner dans l'étude des langues anciennes, et y remporta un premier prix académique, en réponse à une question « sur la nuance à . observer dans le choix des expressions, suivant qu'on écrit en prose ou en vers )> et obtint en 1799 le grade de docteur en philosophie. Ce fut peu après qu'il publia diverses dissertations et des analyses critiques que les recueils périodiques s'empressèrent d'insérer. La littérature, la poésie et la philosophie ne l'occupaient pas exclusivement, les écrits de Kant, de Fichte, de Schelling lui devinrent familiers et lui firent

entrevoir dans le monde physique une grande loi générale d'unité qui resta toujours un des sujets h|ibituels de ses méditations. Ses débuts à Copenhague, où aucun ouvrage important de la littérature danoise ou allemande et de l'ancienne littérature française ne lui demeura étranger, y furent remarqués, et les publications qu'il y lit annoncèrent un véritable talent. Reçu en 1800 adjoint de la Faculté deniédecine, Oersted s'occupait à cette époque très-activement de chimie. Lors de la découverte de la pile électrique de Volta qui mit tous les chimistes en émoi, Oersted fit diverses expériences avec cet instrument merveilleux qu'il appliqua notamment à la décomposition de plusieurs solutions salines. Le premier il formula cette loi, que les quantités d'alcalis et ^'acides mises en liberté dans une dissolution, par l'action de la pile, sont en. proportion avec leurs capacités respectives; c'était déjà un pas dans la carrière où il devait un jour s'immortaliser. En 1801, il se rendit en Allemagne, dont il visita une grande partie, il s'arrêta six mois à Berlin, et séjourna quelque temps àFreiberg^ àléna et à Munich. Tout en prêtant attention aux nouvelles doctrines allemandes, il ne se laissa néanmoins jamais détourner de la voie sévère et positive de l'étude des faits et de l'expérience. Ce fut à^ cette époque qu'il se lia avec les savants les plus distingués de l'Allemagne, et en particulier avec le physicien S.-W. Ritter, déjà célèbre par ses expériences sur le galvanisme, et qu'ils exécutèrent en commun une suite de travaux remarquables. En quittant Munich, Oersted se rendit à Paris, où il passa quinze mois en relations habituelles avec Guvier, Haiiy, Vauquelin et Télite des savants français dont il suivait assidûment les cours. Ce fut pendant son séjour dans cette capitale qu'il traduisit en français un mémoire allemand de Ritter sur la pile à charger ou secondaire, qu'il présenta à l'Institut et qui fut imprimé dans le Journal de physique. Rentré dans sa patrie en 1804, Oersted fut nommé en 1806 professeur extraordinaire à l'Université de Copenhague où ses leçons furent très-suivies. En 4812 il retourna en Prusse, s'arrêta trois mois à Berlin où il fit paraître en langue allemande un de ses ouvrages les plus impor-

tanfs , V Aperçu des lois chimiques et naiurelks. Parcourant ensuite TAllemagne, Dersted entra en relations avec les nombreux savants de ce pays, et entre autres avec l'habile physicien Seebeck, destiné à découvrir la thermo-électricité, et revint ensuite à Paris où il fit un assçz long séjour. Rentré à Copenhague en i814, il fut nommé deux ans après chevalier de Danebrog et secrétaire de la Société royale des sciences de Danemark, et devint, en 4817, professeur ordinaire et secrétaire du Consistoire. Pendant les années 1818 et i819 Oersted entreprit un voyage scientifique à Bornholm pour examiner la constitution de cette île, au point de vue de l'exploitation de la houille et du minerai de fer qui s'y trouvent et dont il fit l'objet de plusieurs publications. Il n'interrompit point pour cela le cours habituel de ses travaux sur les sciences naturelles et sur la philosophie. Convaincu qu'il devait exister une relation entre le galvanisme et l'électricité , Oersted fut le premier à pressentir que ce ne serait pas l'électricité en repos accumulée aux deux pôles d'une pile chargée , mais l'électricité en mouvement le long du conducteur par lequell'un des pôles se décharge dans l'autre, qui aurait action sur l'aiguille aimantée. Pour démontrer l'exactitude de sa découverte, Oersted, dans une leço'n devant tous ses élèves réunis, prend une boussole, la pose près de la pile électrique, attend que l'aiguille soit parvenue à l'état de repos, puis, saisissant le fil conjonctif traversé par le courant de la pile, le place audessus de la boussole, en évitant soigneusement toute espèce de choc. L'aiguille?... tout le monde le voit... Taiguille fait des mouvements. La question est résolue I Oersted vient de couronner par une grande découverte les travaux de toute sa vie. Le 20 juillet 1820 il communique à l'Europe savante le grand fait dont son génie venait d'enrichir la science, dans un petit écrit en latin de quatre pages in-4, intitulé : Expérimenta circa effectum... Expérience sur V effet du conflit électrique sur l'aiguille aimantée^ dont une traduction fut reproduite dans les Annales de chimie et de physique. L'explication que Oersted proposait pour le fait capital qu'il venait de découvrir rappelait un peu, suivant Arago, les tourbillons de Pescartes ; aussi

ne fut-elle pas généralement adoptée. Il en résulta qu'au bout de quelques semaines à peine, Ampère l'avait remplacée par une autre, basée sur une loi d'attraction. Ce dernier avait, en effet, deviné que deux fils conjonctifs parallèles s'attirent quand Télectricité les parcourt dans le même sens, qu'ils se repoussent au contraire, si les courants électriques s'y meuvent en sens opposés, et enfin que l'action réciproque des éléments de deux courants s'exerce suivant la ligne qui unit leurs centres , qu'elle dépend de l'inclinaison mutuelle de ces éléments, et qu'elle varie d'intensité dans le rapport inverise du carré des distances.

U électro-magnétisme est donc devenu la gloire commune d'Oersted et d'Ampère ; sans Oersted, en effet, l'électro-magnétîsme n'aurait pas existé, et sans Ampère, il aurait pu se réduire à une expérience infiniment curieuse, mais circonscrite. Quoi qu'il en soit, Oersted partit en 1822 de Copenhague pour visiter de* nouveau l'Allemagne ; il y fit alors la connaissance de Goethe, et s'occupa avec Seebech d'expériences thermo-électriques. A Paris, où il se rendit ensuite, il entretint l'Académie des sciences de plusieurs séries d'expériences, dont les plus curieuses étaient celles qu'il avait faites avec Fourier. Vers le milieu de l'été, il alla en Angleterre et en Ecosse, et, de retour à Copenhague, il y reprit sa vie de travail avec plus d'ardeur que jamais, et obtint, après des efforts prolongés, le chlorure d'aluminium. Nommé, le 9 juin 1823, correspondant de l'Académie des sciences de Paris pour la section de physique, il devint, le 11 août 1842, Tun des huit associés étrangers de cette même Académie ; c'était la plus haute distinction scientifique dont elle pût disposer.

L'un des derniers travaux d'Oersted se rapporte aux célèbres découvertes diamagnétiques de M. Faraday; il en présenta les premiers résultats à la Société royale des sciences de Copenhague le 30 juin 1848, en' donna d'abord un aperçu dans les Comptes rendus de cette Société, et bientôt après en rédigea un mémoire plus complet, qui a paru en langue firançaise et dans lequel il admet une progression magnétique décroissante qui renferme les corps magnétiques proprement

dits, les corps magnétiques attirables et les corps magnéti*" ques repoussables.

Le poids des années ne ralentit jamais l'activité d'Oersted ; les dernières publications qu'il fit paraître à Copenhague, dans les vingt-cinq dernières de sa vie, ne pourraient être énumërées ici, quelque mérite qu'on doive leur reconnaître. Nous croyons devoir ajouter que, nommé en 1829 directeur d'une École polytechnique, différente sous bien des rapports de l'institution qui porte le même nom en France, Oersted, qui en avait depuis longtemps sollicité la création, y professa la physique, conçut et fit mettre à exécution le plan d'une autre Société pour la propagation de l'élude de la nature^ avec l'appui de laquelle des cours d'histoire naturelle furent créés non-seulement à Copenhague, mais dans d'autres villes du royaume. Nous ne dirons rien non plus de plusieurs excursions qu'il fit dans les pays étrangers. Nous ne pouvons cependant passer sous silence la célébration solenr\elle du cinquantième anniversaire de son entrée dans les fonctions publiques, qui eut lieu le 7 novembre I8o0,et à la suite de laquelle ses anciens élèves et ses nombreux admirateurs réunirent la somme nécessaire pour lui assurer la jouissance viagère d'une jolie résidence d'été appelée le Château des Faisans, dont il ne put même prendre possession, étant mort peu après à Copenhague, le 9 mars 1851, à l'âge de soixante-treize ans sept mois. Peu de jours auparavant, le roi l'avait nommé conseiller de conférence intime. La mort de Oersted fut un deuil profond et général pour tout le Danemark ; et deux cent mille personnes, précédées par les princes de la famille royale, suivirent son convoi.

De son mariage avec la fille d'un ministre luthérien nommé Ballum, il eut cinq filles et trois fils ; à sa mort^ trois filles et deux fils lui ont survécu. Oersled était membre des principales académies des deux hémisphères, grand'croix des ordres danois de Danebrog et suédois de l'Étoile polaire, membre de l'ordre du Mérite de Prusse et officier de la Légion d'honneur.

Nous ne citerons des derniers et nombreux ouvrages de

Oersted, que celui qu'il publia en i850 et 1851, sous le titre Aanden i Naturen, littéralement « l'Esprit dans laNature,» qui excita un vif intérêt en Allemagne, où il a été traduit sous le titre îde Der Geist in der Naluren. Nous avons donné la substance de cet ouvrage, dont Oersled avait bien voulu nous envoyer un exemplaire, à la suite de la notice que M. Élie de Beaumont a consacrée à ce savant, notice que nous n'avons fait qu'abréger, en consultant toutefois celles des compatriotes de Oersted. Nous ne devons pas omettre de dire ici que c'est à Oersted qu'on doit la découverte qu'un fil chargé d'électricité fait dévier l'aiguille aimantée, et que c'est à M. Vogel que nous devons la traduction de l'allemand en français des deux lettres de Humboldt à Oersted que nous avons publiées dans ce volume et que M. de Beaumont a imprimées à la jpage 45 de sa notice sur le savant danois.

— On trouve dans le tome II du Dansk-Norsk Littérature lexicorij de R. Nyerup et J.-E. Kraft, imprimé à Copenhague en 1820, p. 691, la liste des ouvrages publiés jusqu'à cette époque par Oersted.

— Nous avons rendu compte de l'un des derniers ouvrages de Oersted, intitulé : Aanden i Naturen: f Esprit {qui se manifeste) dans la Nature, compte rendu que M. Élie de Beaumont a cru devoir publier à la suite de sa Notice sur le savant danois.

— C'est à l'obligeance de M. Oersted, professeur de botatique à l'Université de Copenhague, et neveu du célèbre physicien du même nom, que nous devons la communication des deux lettres de Humboldt à son oncle, dont nous publions la traduction dans notre second volume.

(7) P. 42, BoNPLAND (Aimé). Voir sa notice biographique, t. I, p. 406.

— Nous devons la communication de la lettre autographe de HumboldtàBonpland, dont nous donnons ici une copie sous l3 n° 20, p. 42, et qui porte la date du 30 septembre 1840,à l'obligeance de M. Chasles, membre de l'Académie des sciences, etc. Ce savant avait bien voulu nous communiquer précédemment

l'autographe d'une autre lettre que Humboldt écrivait de Rome à Bonpiand, portant la date du 10 juin 1805^ publiée par nous, page 176 de notre premier volume.

(8) P. 43-363. GmzoT (François-Pierre-Guillaume), homme d'État, l'un des premiers écrivains dont la France s'honore, membre de l'Académie française (1836) et des Académies des inscriptions et belles lettres (lQ3i), et des sciences morales et politiques, naquit à Nîmes, le 4 oct. 1787, d'une honorable famille protestante. Après la mort de son père, qui périt sur l'échafaud révolutionnaire le 8 avril 1794, la mère de Guizot se réfugia avec lui à Genève. Il s'y livra avec autant d'ardeur que de succès à l'étude des littératures et des langues; vint en 1805 faire son cours de droit à Paris, et devint l'année suivante précepteur des enfants de M. Stapfer. Introduit par cet ancien ministre de Suisse à Paris, chez M. Suard et cRez d'autres personnages distingués dans les sciences et dans les lettres, Guizot y connut mademoiselle Pauline de Meulan, à cette époque l'un des rédacteurs du Publiciste; il l'aida de son concours et l'épousa en 1812. Guizot avait publié auparavant (en 1809) le Nouveau Dictionnaire des synonymes français^ et plusieurs autres ouvrages remarquables ; ils attirèrent sur lui l'attention de M. de Fontanes, qui le nonuna professeur suppléant du cours d'histoire de la Sorbonne. A là chute de l'empire, Guizot devint secrétaire général au min:' stère de l'intérieur et fut destitué sous les Cent -Jours. Il quitta peu après sa chaire, se rendit à Gandpour y plaider la cause des idées libérales, et devint, en 1816^ maître des requêtes. Ce fut la même année^ qu'il publia sur le Gouvernement représentatif et Petat actuel de la France^ une intéressante brochure refondue par lui en 1824, et qu'il fit partie avec Royer-Collard de la réunion appelée alors l'école doctrinaire. Éloigné du pouvoir sous le ministère de M. Decazes, et ayant perdu toutes ses places pendant le ministère de M. de Villèle, à l'exception de sa chaire, dont le cours fut même interdit en 1825. Guizot se livra dès ce moment tout entier à l'étude, et publia un grand nombre d'ouvrages importants, parmi lesquels nous cite^

rons son Nouveau Dictionnaire des synonymes françaisy parvenu en 1809 à sa quatrième édition. En 1828, il reprit, sous le ministère Martignac, sa chaire à la Sorbonne et au Conseil d'État. C'est à son professorat que se rapportent ses ouvrages historiques les plus répandus. A la révolution de 1830, Guizot se prononça en sa faveur, et [devînt membre du cabinet Laffitte, dont il ne tarda pas à se séparer. A la chute de ce ministère, il fut mis à la tête du département de l'instruction publique, qu'il quitta à la dissolution du cabinet, en 1836, pour le reprendre sous le ministère de M. Mole, et dont il ne tarda pas être écarté de nouveau. Ce fut à cette époque qu'on le nomma ambassadeur en Angleterre, poste dans lequel il fut maintenu, lorsque M. Tbiers fut appelé au pouvoir en 1840. A la retraite de ce dernier, Guizot obtint le portefeuille des affaires étrangères qu'il conserva jusqu'à la révolution de 1848, qui renversa du trône la famille d'Orléans. Guizot se retira ensuite en Angleterre, pendant que le gouvernement provisoire le mettait en accusation avec ses collègues. Mais la Cour d'appel ayant rendu en leur faveur une ordonnance de nonlieu, Guizot qui, pendant son exil, avait repris la plume de publiciste, rentra en France où il écrivit encore de nouveaux ouvrages , en rééditant les anciens , se présenta et fut repoussé comme candidat de l'Union électorale aux élections générales, s'unit aux chefs des différents partis hostiles à la République, et devint un des patrons du système ^ de fusion entre lés deux branches royales déchues. Parmi les ouvrages qu'on doit à M. Guizot nous citerons : 1® ses Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps ^ dont le septième volume, qui a paru en 1865, s'étend jusqu'en 1846.

2^ Méditations sur l'essence de la religion chrétienne, Paris, 1864, 1 vol. in-8.

3** L'Église et la Société chrétienne en 1861* Paris, 18... > qui eut trois éditions.

M, Guizot, qui avait perdu sa première femme au mois d'août 1827, en épousa > en 1828, la nièce, Mlle Élisa de Dillon, morte en 1833, lui laissant deux fils ! l'un, Maurice-

Gaillaume, qui s'est distingué par ses succès dans les lettres, et le second que la mort lui a enlevé en 1837.

— * Dans les vingt-trois lettres de Humboldt à Guizot, que nous publions dans le tome second de sa Correspondance, la première et la dernière, écrites toutes deux de Paris, portent les dates du 4 mai 1811 et du 22 décembre 1847. Parmi les autres, il en est quelques-unes également de Paris, et plusieurs autres de Berlin et de Potsdam. Toutes offrent de Tintérêt parles sujets qui y sont traités. Celle qui porte le n® 47 n'est point datée, mais V Essai politique sur lîle de Cuba^ dont Humboldt venait de faire hommage à Guizot, ayant paru en 1826, nous avons cru devoir lui donner cette date,

— L'autographe de la lettre écrite de Paris, le 18 décembre 1842, et portant le n^ 148 et les pages 250-264, nous a été communiqué par M. Faugères. On n'y indique pas le nom de Ja personne à laquelle cette lettre est adressée , mais comme on lui donne le titre d'Excellence, et que M. Guizot était à cette date ministre des affaires étrangères, nous avons pensé qu'il en était le destinataire.

(9 et 10) P. 51-204. Humbold à Cordier et Cordier à Humboldt. — Voir la notice sur Cordier , au tome P% page 414, n° 50 des Biographies et Notes et les lettres de H., p. 204, 205, 218, 312, 313 et 332.

— Nous avons cru devoir joindre aux lettres écrites par Humboldt à Cordier (Pierre-Louis-Antoine), et publiées par nous dans ce second volume sous les n**' 25 et 32, p. 50 et 60, les réponses que ce dernier a adressées au savant prussien. N^' 26, p. 51, et 33, p. 61. Nous devons des- autographes de ces différentes lettres à l'obligeance de M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.

— C'est à M. Read, gendre de M, Cordier, que nous sommes redevables de deux autres lettres de Humboldt à Cordier, portant le n« 172, p. 293, le n^ 200, p. 340, et d'un billet de Humboldt inséré dans le même volume, n^ 204, p. 350.

Nous publions dans ce deuxième volume 5 lettres de Humboldt à Gordier (Pierre -Louis- Antoine) et 2 de Gordier àHumboldt.

(11) P. 66... Gautier (Madame). — Nous avons vainement cherché à obtenir des renseignements sur madame Gautier auprès de sa famille, afin de lui consacrer quelques lignes en forme de biographie. Nous avons appris néanmoins qu'elle avait été fort estimée par Jean-Jacques Rousseau, qui lui aurait dédié ses Lettres sur la botanique, etqueDolomieu etbeaucoup d'autres savants et littérateurs en faisaient un très-grand cas.

— La lettre écrite par Humboldt à madame Gautier, sœur de MM. Delessert, au mois d'août 1814, quoique fort courte, offre cependant de l'intérêt. Elle fait connaître, en effet, d'abord que cette dame cultivait beaucoup les lettres, et ensuite qu'elle était intimement et scientifiquement liée avec le comte deRumfort, physicien et philanthrope célèbre, né en 1753 aux États-Unis d'Amérique, dans le New-Hampshire, canton de Rumfort,dont il adopta le nom,car il s'appelait réellement Benjamin Thomson. Nous ajouterons ensuite que celte lettre renferme des réflexions piquantes de Humboldt qui paraîtraient fondées sur l'indifTérence avec laquelle la perte de ce savant, mort subitement à Auteuil, au mois d'août 1814, fut accueillie à Paris. Le comte de Rumfort était cependant associé de notre Académie des sciences et membre des principales académies de l'Europe. Plus tard. Cuvier a prononcé son éloge, terminé parles lignes suivantes, qui ne sont pas complètement en harmonie avec la lettre de Humboldt : « L'avis des obsèques de Thomson, arrivé presque en même temps que la nouvelle de sa maladie, n'a pas permis à ses confrères de lui rendre sur sa tombe les honneurs accoutumés. »

(12) P. 67-68. Inconnu, que nous croyons être Grille. — L'autographe de la lettre écrite par Humboldt le 30 août 1821 à une personne dont nous ne connaissons pas le nom, lettre que nous donnons ici sous le n° 38, nous a été communiqué par M. Ghasles, membre de l'Académie des sciences. Gette lettre, que nous avons en ce niument sous les yeux, ne fait

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