‹ Correspondance inedite scientifique et littéraireChapitre 15 sur 41 · MO · texte numérisé non relu

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régnent entre le Phlox, THoitzia et le Bonplandia. Le jardin de Mexico n'est pas très-grand, mais il est parfaitement entretenu (cuidado) et disposé avec Thabileté bien connue de M. Cervantes. Ce professeur a beaucoup d'instruction et de mérite, et il est juste qu'il soit connu en Europe.

De la capitale du Mexique, 29 juillet 1803.

Je continue, mon digne ami, à vous donner des nouvelles des progrès de mon expédition; j'ai cherché tous les moyens possibles de faire parvenir des nouvelles à vous, au citoyen Ghaptal, au citoyen Desfontaines et à notre bon et cher ami Pommard. — Mais hélas ! me voilà depuis trois ans sans aucune réponse ;

je ne sais qu'en penser; cela m'afflige souvent — Je

ne perds pas courage; je travaille sans cesse, et je m'imagine que nous nous communiquons au moins par les satellites dont vous et l'immortel Laplace avez réglé la marche. J'ai donné au citoyen Ghaptal le détail de mes dernières courses dans la province de Quito, de notre entrée à l'Amazone par Jaën de Bracamoros, où La Gondamine n'avait pu déterminer la longitude, de notre séjour à Lima, de notre navigation d'Acapulco, dans laquelle j'ai achevé de me confirmer dans l'idée que la boussole d'inclinaison de Borda ne peut

pas seulement suppléer à la latitude, mais même dans certains parages (où les cercles de déclinaison suivent les méridiens) à la longitude sur mer. Je compte publier un grand nombre d'observations à ce sujet, et je ne doute pas que la théorie ne trouve des moyens de suppléer à celles qui me manquent encore. Je ne vous parle aujourd'hui que d'une découverte que je crois avoir faite sur la longitude de la capitale du Mexique où j'ai observé, sous un ciel nébuleux et perfide (à 1,160 toises au-dessus de la mer), depuis le 11 mai. Excusez si je vous parle d'après l'ancien style; malgré toutes mes prières, je n'ai pu me procurer vos Connaissances des temps. Vous vous souvenez sans doute que Ghappe n'a pas observé ici, et qu'avant 1769 on plaçait Mexico à 106° 1' de Paris...

(Suit le détail d'observations astronomiques, d'où il résulte que la longitude de Mexico est de 10 T 22' 30", ou de 6** 45' 30" à l'ouest de Paris, et celle d'Acapulco de 102" 10" ou 6'* 48' 40".)

J'ai aussi observé des satellites dans ce climat affreux d'Acapulco, mais Jupiter était trop près de la conjonction. En outre du grand nombre d'observations que j'ai faites dans l'intérieur des terres, depuis la mer du Sud jusqu'au Mexique, j'ai déterminé aussi plusieurs points au nord-est vers Actopan et Totonilco.

Je pars dans trois jours pour les parties du nord, vers Goanaxoato où les mines produisent plusieurs millions de piastres par an. J'ai commencé l'analyse des eaux des lacs du Mexique, qui contiennent beau-

coup de carbonate de soude et de muriate de chaux, du gaz hydrogène sulfureux... J'ai dessiné un plan très-curieux qui offre en profil la coupe du terrain depuis la mer du Nord jusqu'à celle du Sud, indiquant les élévations du sol, les vraies distances en longitude, jadis incertaines à trente ou quarante lieues, l'élévation à laquelle croît telle ou telle plante, par exemple les chênes, les sapins, le yucca filamentosa... J'ai continué ici les travaux minéralogiques, ceux sur l'analyse de l'air, sur l'hygrométrie... Je me flatte que nous rapporterons des matériaux très-précieux... Vous connaissez l'immense activité de mon compagnon le citoyen Bonpland; je puis me flatter que notre herbier est un des plus grands qui ait été rapporté en Europe. Nos manuscrits contiennent plus de six mille descriptions d'espèces; j*ai fait un grand nombre de dessins de palmiers, de graminées et d'autres genres rares; nous rapportons plusieurs travaux sur l'anatomie comparée, beaucoup de caisses d'insectes, de coquilles. Nous prouverons au public ce que deux hommes peuvent faire lorsqu'ils ont de l'activité et de l'énergie; mais le public voudra bien ne pas oublier de son côté qu'il est impossible que deux personnes soient capables de produire, d'exécuter ce que l'on a vu faire en d'autres expéditions à des sociétés de gens de lettres, réunies aux frais du gouvernement.

J'ai envoyé à l'Institut national comme une faible marque de ma reconnaissance, de Garthagène des Indes, deux caisses contenant plus de cent dessins

enluminés des plantes de M. Mutis, un travail sur le genre cinchona, des ossements de Téléphant Carnivore de Suache, à 1 ,300 toises de haut; de Guayaquil par le cap Horn, une collection de produits volcaniques de la province de Quito, surtout du Ghimborazo, sur lequel, le 25 juin 1802, nous avons porté des instruments à 3,015 toises de hauteur (4 à 500 toises plus haut que La Gondamine au Gorazon), voyant baisser le mercure à 13 p. 11,2 lign.; le froid n'était que de 1**,3 R. et l'air n'y contenait que 0,20 d'oxigène, tandis que 2,000 toises plus bas il y en avait 0,285. Gette collection de Quito est arrivée à Gadix, à ce que nous avons appris, sur la frégate la Guadelowpe; et je ne doute pas que M. Herrgen, directeur du cabinet minéralogique de Madrid, ne Tait remise à l'ambassadeur de la République. Je viens d'envoyer une quatrième caisse de minéraux du Mexique, adressée à l'Institut national par la voie du citoyen Goissin, qui part d'ici pour un des ports de France. Daignez me rappeler à la mémoire de cette illustre société, et la supplier de vouloir bien agréer avec bonté les faibles marques de mon attachement respectueux.

Je vous ai marqué plusieurs fois que la longueur de nos courses dans les Andes, l'état de nos instruments, le manque de toute communication avec l'Europe , et la crainte de risquer le grand nombre de manuscrits et dessins que nous possédons, m'ont fait abandonner le projet des Philippines. Je ne l'ai abandonné que pour le moment; car j'ai encore bien des projets sur

les Grandes-Indes ; mais je veux premièrement publier les fruits de cette expédition. J'espère être auprès de vous au commencement de l'aniiée prochaine; il me faudra au moins deux ou trois ans pour digérer les observations que nous rapportons. Je ne parle que de deux ou trois ans: ne riez pas de mon inconstance, de cette maladie centrifuge dont madame *** nous accuse mon frère et moi. Tout homme doit se mettre dans la position dans laquelle il croit être le plus utile à son espèce, et je pense que moi je dois périr ou sur le bord d'un cratère, ou englouti par les flots de la mer; telle est mon opinion dans ce moment, après cinq ans de fatigues et de souffrances; mais je crois bien qu'en avançant en âge et jouissant de nouveau des charmes de la vie d'Europe, je changerai d'avis; » Nemo adeà férus est^ ut non mitescere posait. »

Le vomissement noir fait des ravages affreux à la Havane, à La Vera-Gruz, depuis le mois de mai. Je ne pourrai descendre de ce côté qu'au mois de novembre. Ayez la bonté de présenter mes respects aux citoyens Laplace, Lalande, Ghaplal, Berthollet, Fourcroy, Vauquelin , Desfontaines, Jussieu, Ventenat, Guyton, Guvier, Halle, Adet, Lamarck, et à tous ceux qui m'honorent de leur souvenir. Mille amitiés et respects à la famille de ***; j'embrasse de cœur et d'âme mon ancien et cher ami le citoyen Pommard, etc., etc. (62).

A Bordeaux, ce 24 thermidor an XII (12 août 1804).

« L'auteur de la lettre de Baltimore parle de mes travaux d'une manière trop avantageuse pour ne pas l'accuser d'un peu de partialité pour ma personne. Quant aux faits je dois y relever une erreur qui pourrait se répandre dans d'autres gazettes. Je ne suis pas parvenu à la cime du Ghimborazo; mais, favorisé par des circonstances heureuses, nous montâmes jusqu'à 3,031 toises de hauteur, donc à peu près 3,000 pieds plus haut que jamais on a porté des instruments dans les montagnes. Ce fait avait déjà été publié dans une des lettres que j'ai adressées à l'Institut national de France. L'article de Baltimore dit aussi que j'étais venu aux tropiques, renonçant à l'aisance que me procurait ma propre fortune comme aux faveurs dont le gouvernement espagnol m'honorait particulièrement. Cette phrase mène à des idées inexactes. Il est connu que je ne suis venu à Madrid l'an 1799 qu'afin d'y solliciter la permission de la cour pour faire à mes propres frais des recherches dans les vastes colonies soumises à l'Espagne. Cette permission m'a été accordée avec cette libéralité d'idées qui caractérise notre siècle, et à laquelle on doit le progrès rapide des connaissances humaines. Sa Majesté catholique, intéressée au succès de mon expédition, a daigné m'ho-

norer de la protection la plus magnanime, et c'est en profitant de cette faveur, qu'elle m'a continuée pendant cinq années de courses dans l'Amérique espagnole, que j'ai pu faire des observations dont quelques-unes peutêtre seront dignes de fixer l'attention des physiciens. » Agréez, monsieur, etc.

ce HUMBOLDT. »

A Rome, le 10 juin 1805.

Que vous êtes aimable, mon bon et tendre ami, de m'écrire si souvent et d'une manière si intéressante; mais qu'il est triste d'être dans un pays où les courriers vont si lentement qu'il faut quarante jours pour demander et recevoir une réponse. J'espère qu'à la fin vous aurez reçu de mes lettres d'ici, surtout les notes que je vous ai envoyées sur le quinquina et qui peutêtre vous ont été intéressantes. Je réponds à vos dernières lettres des 20 et 28 floréal. Vous saurez par mon antérieure que vos lettres adressées à Turin sont aussi enfin arrivées, de sorte que je crois qu'aucune ne manque. Il a fait ici le même froid que chez vous. J'ai un rhumatisme dans le bras que le Grand Médecin (65) croit scorbutique; cela m'incommode un peu et rend ma jolie petite écriture encore plus intéressante. Depuis trois jours le therm. est au 27 et 28° R. et je commence à me porter mieux. J'ai beaucoup ri

de la lettre de Née; citez-le donc aussi souvent que vous pourrez et avec éloge. Faites-vous une liste des gens qu'il faut louer perpétuellement et louez à la fois Née, Zea, Mutis, Gavanilles, Sessee, Peron et Koez et Tafalle et Olmeda. J'en agis ainsi dans mes manuscrits et il faut que les vôtres soient en harmonie avec les miens, car nous ne faisons qu'un corps et je veux que l'on sache que nous ne nous déclarons pour aucun parti. Je vous conjure de répondre à Peron plein d'amitié, il serait très-désagréable d'avoir des affaires et nous pouvons l'éviter. Si vous voyez les neveux de Née, enfants d'un cocher, faites-leur quelques politesses en mon nom, faites-les dîner chez un restaurateur ou achetez-leur quelque chose à mon compte. Cela ferait plaisir à l'oncle et nous paraîtrons moins aristocrates que Ventenat dont Née se plaint. Quant à la satira que l'on a dit se fabriquer, peut-être est-elle une belle invention de M. Zea. Il faut l'écouter, mais en rire si cela se fait. Je serai très-content si M. Zea me traduit, mais il pourra se contenter des premiers exemplaires , il serait imprudent de lui envoyer des feuilles et personne ne le préviendra avec la lenteur espagnole. Quant à Pictet, ayez la grâce d'en faire souvenir SchôU; je lui ai envoyé par le dernier courrier deux tiers de la traduction allemande et je l'ai sommé encore une fois d'envoyer les épreuves (les feuilles à Pictet pour la traduction anglaise). J'ai fait beaucoup dessiner ici; il y a ici des peintres qui, de mes plus petites esquisses font des tableaux. On

a dessiné le Rio Vinagre, le pont d'Icononzo, le

Cayambe J'ai aussi trouvé chez Dergia un trésor

en manuscrits mexicains, dont je publierai plusieurs planches. J'en ai déjà fait graver ici.

Je vous ai mille grâces de la bonté avec laquelle vous corrigez mes manuscrits. Ce n'est pas un travail agréable, mais vous êtes si bon et il n'y a que vous qui lisez bien ce que je griffonne. Je suis très-content de ce que vous faites graver les Cheirantostemon ; n'oubliez pas de mettre comme Cavanilles du Conzocar auctore... Cervantes. J'ai bien ri de l'histoire de

' Peron. Je ne sais pas pourquoi il a pris tout au tragique, ce qui ne pouvait guère me blesser. Si encore on avait dit que je n'étais pas savant, mais alors qu'un autre Test autant, cela ne blesse pas. Dites à M. Peron

• combien je suis sensible à ces bontés et combien ce procédé fait honneur à sa délicatesse.

Hélas! votre argent muriaté vous me Toffrez : il serait beau à moi de ne pas l'accepter, mais non, je l'accepte, car le morceau est digne d'un cabinet royal, et je saurai vous dédommager. Mais, mon cher Bonpland, vous devez pousser- votre générosité plus loin. Il faut, il faut que vous me donniez sept à huit insectes coléoptères. J'ai un ami, le comte de Hagen, qui me tue pour cette vermine ; il possède un très-grand cabinet, mais pas un seul coléoptère du Pérou. Voyez donc avec Peron, si vous ne pourrez pas me procurer quelques insectes de leur voyage, 7-8-12, et je suis content. M. SchôU se chargera de la boîte pour me

Teûvoyer à Berlin et je saurai vous dédommager en livres, cryptogames. Je promets à d'autres sans tenir parole ; je n'en agis pas ainsi envers vous, mon cher Bonpland*

Je me réjouis que vous faites des mémoires, que voufi êtes membre de rEcole de Médecine, philomathique* Si vous vouless, je vous ferai recevoir ici aux Arcades. Gela vous coûtera quarante francs, et on vous donne un nom grec et une cabane en Grèce ou en Asie Mineure. Je m'appelle Megasténe d'Éphèse et j'ai

une terre tout prés du temple de Diane Vous me

demandez des notions sur les maladies actérées, comme si vous n'en saviez pas plus que moi ; et puis je suis ici sans livres. Il ne faudra pas s'avancer beaucoup dans la partie d'histoire naturelle descriptive. Il suffit d'autant plus de donner les genres, qu'il y a certainement beaucoup d'espèces très-différentes qui font le mal. Je crois bien que VAcarus sanguisugus est le Garapati. Le Nuche du petit Derceux est le (Bstrus humanns de Mutis. Sans doute que Guvier croit que le Mosquito est le Culex pipiens i mais j'en ai fait les espèces différentes. Voici mes descriptions sur lesquelles vous pouvez consulter Dumeril ou Guvier.

Sanjudo Culex cyanoptefus Humb. abdomine fusco pilosOy annulis 6 albis notato, alis cœruleis ciliatis^ pedum exlremitate atro fusca, annulis albis variegata; étal locis paludosiSj maris littora et ad fluvios Americ. aUstralis. Il disparaît à la Havane quand le therm. descend à 8-9** H. Thorax fusco-ater pilosus. Abdomen

supeme fusco-cœrulescensy annulis 6. Hirtum Alœ cœruleœ nitore submetallico venis virescentibus atque pulverulentis. Pedes fusci, cruribus hirsutis extremitate nigriores annulis 4 niveis Maris antenœ pectinatœ. Les mâles sont très, très-rares.

Culex lineatus Humb. violaceo fmcescens thorace lineolis lateralibus argenteis longittidilaniter notato. Alœ virescentes. Abdomen annulis sex. Pedes posteriores cru^ ribus albis extremitate alba. Thorax fuscus et quocumque latere linea argenteo-alba inferiusque maculis argenteis notatus. Sanjudo. Hab. Rio de la Magdalena Tamalameque.

D'ailleurs, vous parlerez bien de l'antagonisme des fonctions de la peau et du système gastrique, et qu'aux tropiques on vit plus et trop dans sa peau.

Je pourrai vous remplacer le morceau de fer natif, j'en ai encore. Pressez Thénard pour l'analyse du quinquina, et saluez-le bien comme Biot, pour lequel je fais des extraits pour la seconde édition de sa belle astronomie. Dites-lui que nous vivons jour et nuit dans les expériences magnétiques, que les ux et reflux horaires de l'aiguille sont très-marqués, et que Gay- Lussac et moi nous donnerons un travail étendu là-dessus, sur lequel l'ingénieuse théorie de Biot pourra très-bien s'appliquer.

Quoi! le Cu^pare publié! Fi! c'est bien vilain à vous de pouvoir croire un moment que je le savais. A quoi aurait servi cette singerie? Gomment pouvais -je le savoir? et sans doute que Wildenow n'en parle pas

dans ses dernières lettres parce qu'il nous Taura dit dans quelques lettres perdues; sur mon honneur je n'en ai pas su un mot, et au fond j'en suis content. Vous avez le plus beau genre, le genre le plus intéressant, le plus souvent cité qu'un botaniste peut avoir. Votre vilaine Bonplandia Gavanilles peut à présent se détruire. Les morts ont tort et vous pourriez publier vous-même les Hoitzia et ce Bonplandia de Wildenow. La plante n'en est pas moins la vôtre. Je m'en réjouis si fort que vous ayez ce genre, que je veux même y avoir quelque mérite, et effectivement je me souviens que de la Havane j'écrivis à Wildenow que je lui permettais de décrire quatre à cinq de nos plantes sous la condition qu'il vous dédiât un genre, chose qui me ferait beaucoup de plaisir. Mettez-le dans le troisième fascicule et mettez au bas de la gravure Bonpl. trif, (Wildenow Act. ber,)y afin que l'on voie au premier coup d'œil que ce n'est pas vous ou moi qui vous faisons cette gentillesse à l'imitation de Ruiz. Voyez si dans les feuilles de ma Géographie des plantes et dans la gravure où vous trouverez Cuspare tout au bas vers la côte à droite, vous pouvez placer le nom Bonpland trifol; en effaçant le Cmparia febrifuga; sinon, ayez la bonté de mettre dans les PI. œquinoxiales , au-dessous de B. trif. y comme synonyme : Cusparia febrifuga Humb. Géogr. des plantes... Sans cela, le public croira qu'il y a deux plantes. Votre répartition des exemplaires, Jussieu, Desfontaines,Ventenat, Richard, Zea, rimpératr., Tlnstitut, votre père, vous-même, est

très-juste ; ajoutez un à GandoUe, un à Pérou à qui je récris moi-même pour la paix générale, un à Wildeuow que SchôU voudra bien envoyer, et j'eu garde deux à ma disposition à Paris, car je vous supplie de ue m'envoyer qu'un exemplaire pour mou frère, mais au plus vite ici ; car vous savez que cela fait plaisir de se voir accouché. N'en faudra-t-il pas donner de séparément à votre frère, ou le partage-^t-il avec votre père. Je vous conjure de me dire si SchôU n'a pas fait un titre pour le palmier seul, cela me donnerait la facilité de faire beaucoup de cadeaux que je ne hasarde pas de faire avant cela. Engagez SchôU à ce titre séparé et mar*quez-moi le prix de cette. monographie.

Ecrivez-moi donc en quel état se trouve la gravure de la géographie des plantes? Vous paie-t-on au ministère ? Gomment vont vos finances ?

Je vous embrasse.

ALEX. DE HUMBOLDT A VAUGHAN, DE LA SOCIÉTÉ PHILOSOPHIQUE DE PHILADELPHIE (65).

Rome, 10 juin 1805.

Mon digne et respectable ami,

Je tente cette fois-ci la voie de Livourue pour vous donner un signe de vie et pour vous répéter les assurances de mon tendre attachement. Quand dans ma dernière, datée de Paris (et adressée à M. Pichon), je vous annonçai à vous et à la respectable société qui a

daigné ma recevoir parmi les siens, que je comptais vou^ adresser en un mois le petit cadeau des premiers deux volumes de mes ouvrages, je ne me doutais pas que même aujourd'hui je viendrais encore les mains vides. La gravure est si lente qu'il n'y a encore que le J •' fascicule de mes Plantes équinoxiales d'achevé. On ne me Ta pas encore envoyé de Paris et j'attends la fin de l'impression de mon Tableau physique des régions équatoriales, pour les adresser à vous, au respectable Président et à M. Barton, dont la mémoire m'est restée chère à jamais. Qu'a-t*il fallu? vous voir, vous, vos amis et ce superbe pays que vous habitez et qui présente un si beau tableau moral, pour en être séparé. Vous verrez que pourtant, dans mes écrits, je reviens sur les Etats-Unis. C'est une passion en moi que de les louer — et quand, quand serài-je de nouveau avec vous, — quand pourrai-je m'enfoncer dans ces immenses régions de l'Ouest pour lesquelles M. Jefferson(dans sa nouvelle place) serait plus en état de procurer des secours que jadis? Je n'ai pas perdu ces espérances. J'aide vastes.projets, mais il faut deux ans de repos pour publier ce que je possède aujourd'hui. J'ai beaucoup travaillé à Paris ; j'ai lu neuf mémoires à l'Institut, que l'on imprime. Je ne vous 'envoie pas mes mémoires sur le Magnétisme et l'analyse de l'air, l'un avec Biot, l'autre avec Gay-Lussac. Vous les aurai (sic) vus dans le journal de Lametherie. J'ai été depuis faire des expériences comparatives à celles des Andes, au mont Cenis, à l'ex-république de Gênes...

Je jouis depais deux mois du bonheur de vivre avec un frère qui brûle du désir de vous être utile. Je vais d'ici à Naples et je compte me trouver en septembre en repos à Berlin. Le roi m'y a appelé pour l'Académie qui est un hôpital dàlabré. On m'y comble de bontés, j'y serai autant que cela est utile pour mes publicatîous, pais j'ai des projets du Missury (sic), du cercle IHtlMrt^ et de l'Asie. Il faut profiter de sa jeunesse et |iut!i mourir en citoyen de Fridonia! Ce n'est que lorsi\av ji< senti à Berlin que je vous serai un correspondant utile. J'ai déjà ouvert la souscription pour les tnuiaiiotions de votre société, et arrivé en Allemagne je vous eu donnerai de bonnes nouvelles. M. MontuHor est à Madrid où le prince de la Paix m'a fait de belles promesses pour lui; M. Bonplanda3,000 francs (le pension de l'Empereur et la moitié de toutes mes publications. Il est resté a Paris et y est très-aimé. Je ne vous parle pas de l'accueU que j'y al trouvé, moi.

\^a ville est aussi intéressante que jadis, mais Le

domestique mulâtre et Cachy (le chien) sont sur le retour à Cumana. Voilà toute notre histoire. M. Turvatlle beaucoup pour moi, et mourrait sans cela 1 comme tous les gens à, talent. Dites mille et choses de ma part à toutes les personnes qui comblé de bontés aux États-Unis. Je ne puis Bndre une gazette, entre les mains, sans sentir m on me veut du bien dans votre beau pays, encez à saluer l'aimable et savant M. Bere bon M. Wister, MM. Peale, Hare, Mease,

Wordhouse, Pierce Butler, Robert Palterson, Ellicott, D' CoUin, M. Mislin

Mille respects, si vous leur écrivez, au Président et aux grands hommes d'Etat, M. Gallatin et Madison. N'oubliez pas M. Smith et l'ingénieux D*" Thomton, à Washington, de Fothergill et le quaker, M. Samuel Roads, à qui je dois tant de politesses, etc., etc.

M. Pictet fait une traduction anglaise de mes ouvrages, que l'on imprimera en Angleterre. Pourriezvous faire imprimer aux Etats-Unis le prospectus. J'en publierai sous peu un plus grand.

Salut et respect,

Alexandre Humboldt.

A Rome, ce 10 juin 1805.

Paris, !•' février 1808.

Je prends encore recours à vos lumières, monsieur; M. Pinkerton, dans le dernier numéro de la Bibliothèque américaine y donne des détails sur le Mexique pour lesquels, comme il le dit en note, il s'est servi de mes manuscrits. Cette naïveté est assez singulière dans un homme qui m'a taxé autrefois de naturaliste français insemé ^ et pour une personne à laquelle je n'ai jamais, jamais donné de permission de publier mes manuscrits. Mais ce qui m'intéresse de plus, c'est

la titre d'ua otivrage sur la Mexique» de M. Estalla, publié, je crois, en 1799. Auri6z-vouB la bonté de répondra an nMxga^ije respecta votre loisir) à cea questions; .'• .«}

i'' Connaissez^vous cet ouvrage d'Ëstalla, est^il anglais ou, comme le nom Tannonce, espagnol, et axis* terait-il à Paris f

2" La nouvelle géographie de Pinkerton, la dernière édition, existe-t-elle à Paris?

» 3"* Aurez-vous la bonté de demander, par écrite à M. Walckenaer, s'il possède la grande carte d'Ar« rowsmith {West-Indies) en 4 feuilles, 1802; je l'ai laissée à Berlin.

Mille et mille pardons de mon indiscrétion.

HUMBOLDT

A rËcole polytechnique.

Paris, 17 mai 1808.

Il serait bien utile pour le libraire si vous vouliez indiquer, en deux lignes, ce qui a déjà paru. Vous le trouverez dans le commencement du prospectus qui accompagne le conspectus longitud, et lat.

La population du Mexique est plus inégalement répandue encore que celle des États-Unis. La civili^ sation y est plus inégale encore. Mexico, la ville, a

plus d'établifisemeDts littérairae que Calcutta. Il y a uae Académie de peinture et de sculpture. Ou y voit tous les jours dessiner d'après le nud. La ooUectiou des plâtres antiques est une des plus grandes qui existent. Jardin botanique sous la direction de M. Cervantes. Laboratoire de chimie. École des mines aux frais des mineurs. Les hautes mathématiques y sont enseignées avec succès. On a imprimé à Mexico deux traductions des éléments de chimie de Lavoisier, à Madrid aucune. Le nouvel édifice que les mineurs du Mexique font construire pour l'école des mines leur coûte 700,000 piastres == 3,500,000 fr. La ville de Mexico ressemble à Berlin, mais elle est plus belle, l'architecture y est d'un goût plus sévère.

La Nouvelle-Espagne a de. revenu de l'Etat 20 millions de piastres ; en 1712 la rente n'était encore que de 3 millions; le roi d'Espagne ne tire du Mexique que 6 millions de piastres,

M. de Humboldt prouvera dans cet ouvrage qu'à mesure que la civilisation augmente au Mexique, il doit aussi augmenter la masse d'argent dont l'Europe sera inondée.

La Nouvelle-Espagne n'exploitait^ en 1700, qu'à peine 5 à 6 millions de piastres fortes ; aujourd'hui 22-24 millions.

Depuis la conquête jusqu'en 1804, la Cana de Moneda, de Mexico, a monnoyé pour plus de 1,900 millions de piastres, que M. de |H, va détailler année par année.

Voici quelques notes générales. Il est inutile que je vous prie de ne pas dire que je vous les ai communiquées.

HUMBOLDT

Possédez-vous mon Essai sur la géographie des plantes? Je vous le donnerais volontiers.

21 jaillet 1808.

Les remerciements que les auteurs adr^sent aux savants qui publient des critiques partent rarement d'une source très-pure. Tantôt ils prennent l'apparence d'un compliment fade, tantôt ils ne sont que des amorces ou des moyens de sûreté pour l'avenir.

Vous me connaissez trop pour m'accuser de ces motifs, monsieur; j'ai l'âme franche. Si j'ai eu quelques succès dans la vie littéraire , j'ai eu aussi des revers dans la vie morale qui auraient pu me rendre insensible à ces petites jouissances d'auteur; j'ai eu avant de vous avoir connu personnellement, et sans vous avoir redouté (car vous m'avez toujours traité avec distinction), j'ai eu de tout temps une honnête et sincère considération pour vos talents et la précision de vos connaissances. Ce n'est que par de simples motifs de reconnaissance que je vous témoigne ma gratitude pour la manière vraiment affectueuse de la-

quelle vous avez annoncé mes études. J'avais un besoin moral de vous le dire.

Agréez,' monsieur, l'expression de mon attachement inviolable,

HUMBOLDT

Mercredi matin.

Je me flatte, monsieur, que vous avez reçu mon petit billet dans lequel je vous annonçais le plaisir que M. Laplace aurait de vous recevoir chez lui. Il m'a proposé aujourd'hui de voir si vous êtes libre jeudi prochain^ à midi. Si ce jour vous convient, je vous prie de vouloir bien vous rendre à cette heure chez M. Oltmans, rue de la Vieille-Estrapade, n"* 11. Je m'y trouverai aussi et j'aurai l'honneur de vous conduire au Luxembourg, chez M. Laplace.

Agréez, je vous prie, l'expression de ma haute considération,

HuMBOLDT.

Ce mardi.

Monsieur, M. de Buch eist arrivé à Paris il y a trois jours; il est simple et modeste comme toutes les personnes qui

réunissent de grandes connaissances à beaucoup de dignité de caractère. Il loge chez M. Gay-Lussac. Me permetlrez-vous, monsieur, de vous amener mon compatriote? Ayez la bonté de me donner Theure qui vous gêne le moins, samedi ou dimanche. M. de Buch verra avec satisfaction l'auteur d'une belle géographie physique.

Qu il serait aimable à vous si vous aviez occasion de parler dans votre journal du voyage en Laponie. Je suis plus intéressé à la gloire de mes amis que je le Suis à ce qui m'arrive de bien à moi-même.

Agréez, monsieur, Tassurance de ma haute considération.

HuMBOLDT, Hue de ta Vieille-Estrapade^ n* 11, ce rendredi.

l^»»Hi I ■ «■ I I ■■! I ^

ALEX. DE JatJMBOLDT A MALTE-BRUN (70 Hê).

J'ose recommander à la bienveillance de M. Malte- Brun, un jeune géographe anglais, M. Gary, neveu du célèbre Gary, ingénieur d'instruments astronomi-^ ques. Il est occupé en ce moment à publier une grande carte géologique de l'Angleterre, et je le charge avec plaisir de me rappeler à votre aimable souvenir.

HuMBOLDT- Ce mardi.

Paris; n tèiner 1809.

Le comte de Kotschouboi, vice-chancelier de Tempire et cî-devant ministre de l'instruction publique en Russie, m'a chargé, monsieur, de lui procurer la jouissance d'admirer de près les trésors que votre Institut a rapportés de l'Egypte. Je puis assez compter sur votre bienveillance pour oser m'adresser directement à vous. Le mercredi ou jevAi prochains seraient des jours qui conviendraient assez à ce ministre, depuis midi. Ayez la bonté, monsieur, de nous indiquer tout autre jour ou toute autre heure qui vous détourneraient moins de vos grands et utiles travaux ^ et agréez, je vous prie, l'assurance de ma haute considération.

Le B'* DE HuMBOLDT.

Ce24fétfJer, ru» Saint-DomiBique-d'ËofiBr» n° 20* .

ALEX* DE HUMBOLDT A BEHNAllD (70)*

PaMs, 5 juin 1809..

Je regrette beaucoup de n'avoir pas eu l'honneur de voir M. Bernard. Je doute que la princesse Sapîeha pourrait le décider, si M. Bernard doit déjà partir cette semaine. La princesse est à Saint-Germain. C'est une femme spirituelle et très-instruite qui cherche un

instituteur pour son enfant. Elle n'est pas pressée pour le choix, parce que le prince n'a que huit à neuf ans, mais elle désire choisir bien, parce qu'elle s'occupe elle-même beaucoup de l'éducation de ses enfants. Je ne puis guère engager M. Bernard de diflférer son voyage, parce que je suis sur que la princesse ne voudra pas se décider à la hâte.

HUMBOLDT

En hâte.

Paris, 28 février 1811.

Monsieur,

Je viens d'avoir une lettre de M. Roentgen datée, Portsmouth, le 14 janvier.

Gomme vous avez parlé de ce voyageur dans vos intéressantes Annales, vous serez aise d'apprendre qu'il est parti pour Mogador, non aux frais de la société africaine, mais aux frais d'une famille qui protège les sciences, et qui lui fournit, pour un temps indéterminé, dix mille francs par an. Les tempêtes ont forcé le bâtiment sur lequel se trouve M. Roentgen de retourner deux fois à Portsmouth.

Agréez, je vous prie, l'expression réitérée de mon estime vraie et profonde,

HuMBOLDT.

Ce mardi soir.

Paris, 24 mars 1812.

Il y a quelque temps, mon excellent ami, que M. Bonpland vous a importuné d'une prière : je vais aujourd'hui suivre son exemple et vous ennuyer pour la dernière fois, par mes doutes sur les plantes des Canaries. Je fais en ce moment un travail géographique sur les arbres à feuilles acéreuses et je regrette de n'avoir pas de certitude sur les deux espèces de pins de Ténériffe. J'avais pris l'une pour le pin AU pensiSy mais vous m'avez fait l'honneur de m'écrire que cette espèce ne se trouve pas dans les herbiers des Canaries ; Broussoiinet m'écrivait : ce Nos pins de Ténériffe sont voisins des pins d'Ecosse. » Si les cônes manquent je conçois que vous ne pouvez me dire rien avec certitude, mais vous qui avez une si grande habitude de reconnaître les végétaux par leur physionomie, vous jugerez toujours de quels pins ces espèces se rapprochent le plus.

Gay, avec lequel je demeure à présent pour être plus rapproché du centre de Paris, rue d'Enfer, n*" 67, MM. Berthollet et Laplace me chargent de mille amitiés pour vous. Nulle part vous trouverez de plus justes appréciateurs de la profondeur et de la variété de vos connaissances, de l'amabilité de votre caractère et de la pureté de votre amour pour les sciences que dans le sein de notre petite société. Que ne pouvez-

vous venir bientôt au milieu de nous ! L'Institut a été très-orageux depuis quelques semaines à cause de la lutte inégale de Poisson avec la nymphe de l'Ourcq (75). Cette personne, peu poétique, a manqué l'emporter sur les triangles et les cornues d'Arcueil. Pensez que Poisson ne l'a emporté que de quatre voix ! Toutes les passions ont été en jeu et j'ai regretté que le spectacle ait été de si courte durée. Depuis que l'Institut ne s'occupe plus de la théorie de la morale, les membres en sont réduits à la simple pratique.

Ma santé est très-bonne au bras près, dont je ne suis pas maître. Je travaille toujours à cet interminable voyage qui m'ennuie furieusement. Je vous prie, mon cher ami et confrère, de présenter l'expression de mes sentiments respectueux à M""® de GandoUe, et de faire mille amitiés à Provençal.

HUMBOLDT

R. d'Enfer, 67, 24 mars 1812.

Paris, 26 septembre 1812.

Monsieur,

Je me flatte d'avoir bientôt occasion de rendre grâce personnellement à M. Jomard du grand nombre de belles observations qu'il a bien voulu me communiquer. J'ose vous demander la permission d'en faire usage pour servir de terme de comparaison. Mais je

vous supplie, Monsieur, de vouloir me dire par une ligne si les degrés exprimés dans votre lettre P. e. 16 juin 99 au Caire 32%7 Moyenne de mai au Caire 27**, 05 sont du thermamètre centigrade.

Je le suppose parce que vous réduisez les 85* de Fahr. de Niebuhr en 28°, 7, ce qui suppose la division centésimale (77).

Ce que vous dites sur les causes de l'excessive chaleur m'a infiniment intéressé; mais il me semble pourtant que l'Egypte se distingue plutôt par la durée des fortes chaleurs que par des extrêmes inconnus en Europe.

Si l'on s'est servi du thermomètre centigrade en Egypte, il faudrait savoir si cet instrument a été vu de beaucoup au-dessus de 38^7/10 (3rR.) qu'il atteint souvent en Portugal, à Cadix et même quelquefois en France. On a cru reconnaître que les miaxima de chaleur sont les mêmes sous toutes les zones, mais que les degrés au-dessus de 27** R. (33**, 7 Gentig.) se présentent bien- plus rarement sous la zone torride que sous la zone tempérée.

Agréez, je vous supplie, l'expression de ma vive reconnaissance .

HUMBOLDT

Ce jeudi, rue d'Enfer, 67.

L'observation de 22"* de l'eau de mer m'intéresse beaucoup s'il est question du th. cent. Elle me paraît

très-probable. Cela fait 17®,6 R. et les mers indiquent à peu près dans chaque lieu la température moyenne qui appartient à cette latitude. En effet, la température du Caire est de 18** R. Il serait bien intéressant d'avoir la température de l'eau du Nil à sa surface, là où la rivière est bien profonde.

Paris, 7 mai 1814.

Votre lettre n'a point été perdue. Monsieur, et je m'empresse de vous demander mille pardons du retard de ma réponse. Je vous ai manqué, comme cela m'arrive quelquefois, voulant aller vous remercier moimême de votre aimable souvenir. M. Poulet aurait pu vous dire que j'étais abonné, pour ma personne, aux 40 livraisons de votre intéressant journal. Le roi, à ce que m'assure un de ses secrétaires, y est abonné aussi. Je ne doute aucunement que cet ouvrage ne perce au milieu de tant d'entraves qui en empêchent la célébrité. Je vous prie, Monsieur, de vouloir bien me recevoir demain dimanchey entre 9 ^M 0 heures, chez vous. Mes conseils seront de bien peu d'utilité, mais vous me trouverez toujours également disposé à rendre hommage à vos talents et à vos vastes connaissances. J'espère que vous ne m'en voudrez pas de mon retard. J'ai été hier soir en chemin pour la rue Christine , lorsque j'ai rencontré M. Arago qui était arrivé inopi-

nément de Perpignan • après une longue séparation. Cette circonstance m'a fait retarder le plaisir de vous voir.

HUMBOLDT

Ce samedi.

Paris, 1814.

Je vais vous faire une prière, mon cher et bon ami. Ce que je vous demande est peu de chose pour vous, et d'un grand intérêt dans ma position actuelle. Vous ne direz pas, j'espère, que ma prière ressemble à une ' querelle. Les querelles, vous le savez, donnent de la vie aux Académies. La société d'Arcueil manque de cette illustration quand *** (80) n'y est pas. Je vous donne à deviner sur quoi roule ma pétition, la prière que je vous adresse. Vous ne le devinez pas malgré toute votre sagacité, parce que vous avez eu trop bonne opinion de moi jusqu'ici. Vous m'avez cru modeste, ou du moins peu exigeant ; vous avez pensé que M. Dupetit-Thouars et moi n'étions pas également irritables. Vous vous trompez. Tout le monde a son Mirbel, M. Strohmayer est le mien. Vous avez fait l'historique des ouvrages sur la géographie des plantes. Vous nommez Giraud Soulavie (vous avez bien raison) , Strohmayer ; sa dissertation, dont je n'ai pas eu connaissance, lorsqu'à Goyaquil je dessinai ma carte, a paru avant mon ouvrage (vous avez encore raison), puis

vous dites enfin M. H ; quelle plaie profonde vous

m'avez fait par ces deux syllabes enfin Hélas! moi

qui m'étais vanté jusqu'ici d'avoir exécuté ce qui n'était qu'un projet chez d'autres, qui croyais avoir donné la première carte et le premier seul ouvrage fondé sur des mesures exactes de hauteur et de température moyenne. J'étais armé à Passy de la dissertation de M. Strohmayer, je voulais vous faire la prière de me rendre la vie; je n'ai pu vous voir seul et je me trouve forcé de vous laisser un monument durable de ma vanité et de la petitesse de mon caractère. Tout votre mémoire prouve la plus grande bienveillance pour moi; . vous me citez à chaque page, il y a même une phrase sur la diversité des opinions, phrase amicale et aimable comme tout votre caractère qui ne doit pas rester dans un volume publié par des hommes les plus intimement liés. Mais cet historique : je n'en suis pas malade tout seul ; il a laissé la même impression sur plusieurs de nos amis. Voici à présent une prière, mon cher GandoUe, voyez si cela s'accorde avec vos idées de vérité historique, jetez encore les yeux sur M. Strohmayer, et voyez si ce livre contient un chiffre, une mesure j si c'est plus qu'un amas de citations. Je n'ai pas eu la première idée de géographie des plantes. Quand les hommes ont dit : plantes alpines, ils ont posé la base de cette science. Vous ne devez pas changer un mot à ce que vous avez dit de Giraud Soulavie qui parle déjà de limites supérieures des oliviers, qui en trace même les lignes par le Vivarais; il mérite de justes

éloges. Vous ne devez pas changer un mot pour M. Strohmayer qui a développé une partie des idées qu'en 1794 j*ai énoncées dans la Flora FribergensiSy sur les migrations des plantes et sur la différence qui existe entre la géographie des plantes et leur histoire, le précis des événements qui ont favorisé les migrations. Tout ce que je vous demande se réduit à l'observation que j'ai donné la première a carte botanique et le premier » ouvrage fondé sur des mesures réelles et des obser- » valions de températures. »

La voilà donc énoncée ma prière, mon cher CandoUe. Elle m'intéresse parce que M. Strohmayer fait de la géographie des plantes une nouvelle édition très-augmentée et dans laquelle je profite de vos précieuses observations, comme je l'ai fait de chaque instant de l'itinéraire. (Voy. p. 227.)

Je dois paraître bien ridicule devant vos yeux, mais les Prussiens sont devenus guerriers, et quand on n'a pas d'ennemis, on s'en crée dans son imagination. Je finis cette lettre en vous protestant par tout ce qui est de plus sacré, que je n'ai jamais douté un instant de votre bienveillance et de votre amitié pour moi, à laquelle je mets tant de prix depuis quinze ans !

Vous voyez, mon cher ami, combien il est difficile de contenter la vanité d'un auteur. La mienne est du moins toute franche.

HUMBOLDT

Je vous offre mon "tableau des neiges que vous vou-

drez bien conserver. Je vous embrasse de tout mon cœur. Je vous prierai de me donner une heure chez vous, pour vous lire quelques pages de mon itinéraire (81).

Paris, 1814.

Monsieur,

C'est me rendre justice, monsieur, que de croire au vif intérêt que je prends aux importants et solides travaux dont vous enrichissez les sciences géographiques et rhistoire philosophique des peuples. Je sens combien il est douloureux de voir qu'une faible partie de votre temps vous reste pour ces travaux, cependant votre journal marche, il me semble, environné de l'estime publique et se distinguant des autres entreprises de ce genre, par l'exclusion de notions hasardées et démenties le lendemain.

Vous connaissez la candeur de mon attachement pour ce pays, et vous ne croirez certainement pas que l'intérêt que, par mes liaisons avec un grand libraire d'Allemagne, M. Gotta, je porte à l'entreprise récente de la Herlha, puisse diminuer les éloges que je ne cesse de donner dans mes relations sociales aux Annales des Voyages. La Hertha vous emprunte à chaque instant, mais le goût qu'on a dans ma patrie pour les

données plus arides, mais bien utiles, de la géodésie et des mesures barométriques, lui prescrivent une marche qui tuerait tout journal en France, ce qui rend cette concurrence tout à fait insignifiante. Il est bien difficile d'agir sur les autres; cependant je me flatte d'exercer cette influence sur M. E., qui se fonde sur la bienveillance dont il m'honore. Son grand amour pour l'indépendance rendra la négociation un peu épineuse ; j'agirai avec prudence : malheureusement je ne le vois que de 3 à 3 mois, mais je me ferai un plaisir de lui adresser de temps en temps des livres allemands ou anglais que je crois utiles à votre entreprise.

Je pense par exemple, que le seul ouvrage des Canaries, de M. Léopold de Buch, le premier géologue de nos temps, pourrait fournir des articles pour plusieurs de vos numéros, même en évitant les détails minéralogiques. Le morceau sur les volcans du globe, p. 323, est d'une grande importance ; j'ai l'honneur de vous adresser ce livre. Vous me direz si vous voulez vous en servir vous-même d'abord, ensuite (ou si) je dois le porter chez M. E. qui, je pense, ne le possède pas encore. M. de Buch étant dans les Alpes-Maritimes et n'ayant pas pu vous l'adresser. Quant à la carte dont je vous ai fait hommage et qui se trouve déjà répétée dans la Hertha et la corresp. de Zach, il me semble que d'après les lettres que m'écrit Bowdich et d'après ce que dit le B'*" de Zach, vol. XIII, n. 1 , p. 36-43, il ne reste aucun doute sur son authenticité. Elle prouve « il veder nostro quarter è corto, »

Agréez , je vous supplie, T expression de ma haute et affectueuse considération.

HUMBOLDT

Ce jeudi.

Vos chiffres de population et d'area contre M. Hoffmann m'ont paru de toute exactitude; mais nous différons ce me semble beaucoup sur les possessions anglaises en Amérique. N'avez-vous pas dit 1,800,000. Je ne trouve que Canada anglais au plus 608,000 (Sel. hist,, t. III, p. 182); Antilles anglaises 626,800 (t. III, p. 331); Guyane, 130,000. Somme, 1,367,000.

Paris, ce 19 novembre 1814.

Je connais toute votre amitié pour moi, Monsieur, et je n'ai qu'une prière à vous faire, c'est celle de ne pas vous livrer à toute votre indulgence. Il est dangereux aussi d'être trop heureux. J'ai deux autres prières à vous adresser, l'une est de nommer mon ami et compagnon de voyage, M. Bonpland (84), et la seconde de vouloir bien dire que les trois quarts des ouvrages que j'avais annoncés lors de mon retour ont paru et sont tous terminés. Ces ouvrages qui sont déjà publiés, sont :

1) La Géographie des plantes.

2) Essai politique sur le royaume de la Nouvelle- Espagne .

3) Recueil d'observations astronomiques et nivellement des Cordillères.

4) Observations de zoologie et d'anatomie comparée.

5) Plantes équinoxiales.

6) Monographie des mélastomes.

7) Monuments des peuples indigènes de TAmérique. Ces sept ouvrages distincts forment, sans le premier

volume de l'Itinéraire, six volumes in-4", et cinq volumes in-folio. Il est d'une haute importance pour l'ouvrage d'apprendre au public quelles parties sont terminées. Il ne reste plus à publier que les trois volumes de l'Itinéraire, la fin de la zoologie et des mélastomes. Daignez, je vous prie, excuser cette importunité.

A. HUMBOLDT

Ce vendredi.

Paris, 13 septembre 1815.

C'est un devoir bien doux à remplir que de s'intéresser pour la liberté individuelle si cruellement compromise par des violences militaires. Quoique je ne puisse avoir une influence directe sur ce genre d'affaires, j'y mettrai tout le zèle que mérite cet affreux événement. C'est moi-même qui avais provoqué M. Cauvin à me fournir plus de données. Je vous témoigne ma vive reconnaissance, Monsieur, pour cette nouvelle marque de votre confiance.

A. HuMBOLDT. Ce mercredi.

11 mars 1816.

J'avais été moins indiscret dans ma demande, Monsieur, que vous avez dû le croire par la proposition qu'on vous a faite. Je n'avais pas énoncé le vœu de voir répéter les expériences ingénieuses dans lesquelles vous soumettez les productions volcaniques à une nouvelle espèce d'analyse moléculaire. J'avais désiré seulement assister à une lecture de votre mémoire, chez M. Ramond ou chez vous-même. Je serai entièrement à votre disposition, lorsque vous trouverez le temps favorable pour me faire profiter de cet avantage, et je me hâterai de vous renouveler. Monsieur, l'hommage de ma haute considération.

A. HuMBOLDT.

Ce lundi.

Je pars pour Londres et pour Aix-la-Chapelle. On aime, dans les derniers moments du départ, se souvenir des personnes pour lesquelles on professe les sentiments delà plus haute admiration. Oserais-je espérer que vous accepterez, comme une faible expression du plaisir que j'ai éprouvé en étudiant votre beau travail sur la géologie des volcans, la carte géologique d'An-

gleterre. M. Ramond m'a dit une fois que vous ne la possédiez pas.

Daignez excuser cette démarche qui est presque une témérité.

HUMBOLDT

Dimanche, la nuit.

Paris, 30 décembre 1816.

Si Ton ose distraire un nouveau marié, j'ose prier mon excellent ami, M. Jomard, de vouloir bien m'envoyer (pour une de mes épreuves) la température du puits de Saint-Joseph, au Caire (88 bis). Mille amitiés.

A. HuMBOLDT.

Je me prends bien tard à offrir à Monsieur Gordier l'expression de ma vive reconnaissance pour son excellent mémoire sur les roches volcaniques. Je n'ai pu m'en occuper que dans cette semaine ; mais la lecture m'en a causé la plus grande satisfaction. J'ai revu depuis mes pauvres petits échantillons des Andes et j'ai vu (avec M. de Buch) que nous nous étions presque toujours trompé, que la partie qui domine est la pyroxéne et non l'amphibole. Outre cette belle idée

d'analyse mécanique, votre mémoire renferme nombre d'idées lumineuses sur les prétendus passages et les formations volcaniques. Vous verrez dans le travail que je publierai bientôt sur les Dolérites et les Trachites des Andes, combien j'ai profité de vos idées et combien je me fais un devoir de le dire. Je me flatte toujours que dans les beaux jours du printemps vous permettrez que j'aille vous prier de me faire voir notre manipulation.

Je vous supplie. Monsieur, d'agréer l'expression de mon estime profonde et de toute ma reconnaissance.

A. HUMBOLDT

Quelques basaltes dans ma patrie, ceux de Bohême et du Fulda renferment de l'amphibole, mais ils sont rares et vous citez vous-même des exceptions.

Paris, 28 janvier 1818.

Je profite, mon cher et excellent ami, du départ de M. Thonnin pour te donner de nouveau signe de vie et te renouveler l'expression de mon constant et afifectueux attachement. Je l'ai déjà écrit cette même semaine par la voie de M. Charles de VIsmes. Je ne connais pas personnellement M. Thonnin, mais on m'en a dit beaucoup de bien et on m'a engagé à te le recommander. Hélas !

mon cher ami, toutes les personnes autour de moi, M. Delille, Lafon, Delpech, ont des lettres de toi, dans lesquelles tu leur parles de ta (sic) situation et de ton bonheur domestique, et moi depuis ton départ jusqu'aujourd'hui, je n'ai eu que ce seul petit billet qu'a porté M. Alvarez. C'était une simple lettre d'introduction qui ne dit pas un mot de ce qui m'intéresse si vivement, de tes travaux, de ton contentement, de la considération dont tu jouis à si justes titres. Ceci n'est pas un reproche, mon excellent ami, cette lettre unique m'annonce même que tu m'en as écrit d'autres. Peutêtre ne me sont-elles pas arrivées, justement parce qu'elles portaient mon adresse. Il y a tant de personnes qui se croient payées pour lire les lettres des autres. L'idée ne me vient pas que tu pourais m'oublier, mais c'est une privation pour moi que de ne pas avoir tes lettres. M. Thonnin veut bien se charger de ta lettre de nomination à l'Académie des sciences comme correspondant. A cette énorme distance tu y mettras peut-être quelque prix. Tu l'as emporté dès le premier scrutin sur M. Smith, ce qui n'était pas facile a cause de la sotte question d'âge si importante pour les vieux académiciens. Premier tour de scrutin, M. Bonpland, 24 voix, M. Smith, 21. Second tour, majorité absolue pour M. Bonpland, je crois 40. Les personnes qui nous ont le plus soutenu dans cette lutte honorable sont : Arago, Gay, Thenard, Ghaptal, M. Laplace, Berthollet. Les botanistes penchaient comme toujours pour M. Smith. M. Laplace a parlé de ton mérite avec

beaucoup de chaleur, ce qui a produit d'autant plus plus d'eflfet qu'il y a généralement beaucoup d'économie de chaleur dans ce noble père {sic). Mais je parle trop longuement d'une académie, ce n'est pas un objet bien imposant lorsqu'on a, comme toi, le bonheur d'être environné de la nature majestueuse des tropiques. J'ai eu le plaisir de voir M. Alvarez à Londres où j'ai passé six semaines pour y visiter mon frère, et trouvé conjointement avec Arago et Biot (aujourd'hui amis) les expériences du pendule à Greenwich. J'ai vu MM. Lambert, Salisbury, Brown, Baraje, beaucoup de personnes qui te sont tendrement attachées. M. de Vismes te portera le 2® volume (la 2® partie du 2® volume in-4®) de ma Relation et les 2 cahiers du 2® volume des Nova gênera imprimé en même temps à mes frais, tout le 4® volume des composées. Il y en a 18 feuilles achevées et cela avance beaucoup. M. Thonnin te porte le volume d'Arcueil qui renferme mon mémoire sur la distribution de la chaleur, ou ma nouvelle théorie des lignes isothermes qui a beaucoup fixé l'intérêt du public. Tu l'auras bientôt imprimé séparément. Je te conjure, mon cher Bonpland, de nous envoyer les plantes que tu nous a promis {sic) pour les Nova gênera et qui ont été placées dans tes caisses, même contre ta volonté, tu sens combien elles nous manquent et nous espérions que tu les enverrais dès ton arrivée à Buenos- Ayres. Tu peux adresser ces plantes ou à Londres, à mon frère ministre de Prusse ou à M. Pank, ou à moi à Paris, ou au président de l'Institut. Je mets

beaucoup de prix à cette prière. Adieu, mon cher et ancien ami, présente les expressions afifectueuses de mon souvenir et mes respects à madame B. Kunth; me charge de mille choses pour toi. Je te renouvelle ma tendre amitié.

Al. de Humboldt.

Paris, 28 janvier 18t8, quai de TÉcoIe, n*26.

Je ne parle pas de politique, cQpendant il est agréable de donner un aperçu général à cette distance. Je dirai donc qu'il n'est pas à prévoir que quelque chose puisse de longtemps troubler ce repos de l'Europe, que le régime constitutionnel fait des progrès en France, que probablement les souverains se réuniront en septembre à Manheim pour décider la question. Si dès à présent on doit retirer les troupes, et que l'on pense qu'un vrai soulagement pour la France sera la suite de cette réunion sur laquelle on a répandu tant de sots bruits.

Paris, ce 10 avril 1818.

Mon cher ami et respectable confrère, Nos communs amis, MM. Delessert, avec lesquels je m'entretiens toujours de vous et de vos excellents travaux, m'avaient fait espérer votre arrivée à Paris. On disait que vous passeriez chez nous pour vous rendre à

Londres où je comptais vous voir aussi. J'apprends que cet espoir est plus éloigné, que vous n'arriverez qu'à la fin de l'été. Tout ce qui est au delà de trois mois me parait un siècle dans le monde agité dans lequel nous vivons. Il n'y a de stable et de fixe que ces monuments de la nature que vous êtes assez heureux de contempler journellement. Je neveux plus attendre pour vous offrir, comme un hommage de notre vive admiration, en mon nom et en celui de nies collaborateurs, MM. Bonpland et Kunth, les 5', 6* et 7' cahiers de notre Nùva gênera ; daignez les agréer avec indulgence. Dans un ouvrage de si longue haleine tout ne peut pas être travaillé avec le même soin. Ne le comparez pas à vos travaux, c'est tout dire en un mot. Je suis assez heureux de voir la fin de cet interminable ouvrage. Sous peu de jours le deuxième volume sera terminé. J'imprime en même temps, à mes frais, le 4" volume des composées (800 espèces), dont 30 feuilles sont tirées. M. Schoell a déjà commencé le 3" volume et je ferai encore le 5®, ainsi tout est achevé. Il a fallu quelque courage pour achever un ouvrage de botanique dont les deux éditions coûteront 180,000 francs de frais de fabrication Si peut-être il vous manquait quelque cahier de ceux qui sont déjà publiés, daignez m'en avertir. J'ai été présent en Angleterre de l'effet qu'a produit le l*** volume de votre magnifique species Je n'ai pu en lire à Londres que la préface, et j'ai été touché des expressions de bienveillance que j'y ai trouvées pour moi et mes travaux. Puissiez- vous, mon cher ami, tout en

avançant ces monographies de familles rédigées dans les principes d'une philosophie nouvelle, gagner sur vous-même de publier un petit synopsis. C'est le vœu de tous vos amis en Angleterre, de ceux qui aiment votre gloire littéraire comme moi et qui pensent comme moi qu'elle ne peut péricliter. Vous feriez à la fois un ouvrage excellent et utile ; ce serait une œuvre de charité. Vous retrouverez Paris plus éloigné des études et de l'activité littéraire que jamais. Je ne sais si les agitations politiques sont la cause de cette stagnation, mais pour ne pas plus avancer dans la carrière de la liberté, il vaudrait encore mieux s'occuper des sciences. Si dans l'Institut on travaille peu, on ne s'en querelle pas moins. L'étude de la nature adoucit tant les mœurs!! Adieu, mon excellent ami. Venez me voir. Votre présence nous ferait tant de bien. Offrez mes hommages à l'aimable M°® de CandoUe, et parlez à M. Pictet de mon constant attachement.

HUMBOLDT

Paris, le 24 août 1818.

Oserais-je vous prier, mon excellent ami et confrère, de me dire où se trouve cité ou exposé le fait a que vous ou vos compagnons d'Egypte ont entendu ou cru entendre dans un monument, des sons attribués au changement de température vers le lever du

soleil. » J'arrête une épreuve dans laquelle je parle de ce qu'à rOrénoque, on nomme roches de musique. On entend des sons souterrains lorsqu'on dort sur ces rochers. Tout cela semble avoir donné lieu au Memnon (93).

Mille affectueuses amitiés,

HUMBOLDT

24 août 1818.

Paris, 1820.

Je serai toujours à vos ordres, Monsieur, pour le rendez-vous avec M. Cuvier. Je serai libre, si vous daignez m'avertir quelques jours d'avance, tous les jours me conviendront. Je suis de votre avis sur les difficultés qui se présentent, il est plus facile à Paris de fonder une Académie qu'un comité actif et une caisse pour faire voyager. Je vous demande mille pardons d'être revenu à la charge chez M. Bertinque j'ai rencontré chez M. Gérard. J'aurais voulu vous conserver la juridiction des messieurs qui sont ici, M. Alaman, M. de Fagousa, le marquis del Apartado. Ils croyaient que personne n'avait des nouvelles plus fraîches que du 6 avril de Mexico, et je crains que ces personnes communiquent dans la suite leurs nouvelles à d'autres journaux. Vous sentez bien que je suis souverainement indifférent à ces choses-là, mais je vois par les lettres de Mexico : T que le différend d'Iturbide a été

très-léger et exagéré par les Havaneros ; V que le pays jouit de la plus grande tranquillité, et 3" que tout ce qu'on a dit d'offre de couronne (94 bis) à un prince d'Autriche sont d'insignes mensonges. Le congrès gouverne au nom de Ferdinand VII, et jusqu'à ce que la nouvelle arrive de la non ratification du traité de Cordova, pas un mot ne peut être dit dans les Cortès sur le gouvernement futur.

Je vous supplie de vouloir bien me renvoyer la notice espagnole, l'ayant promise à M. de Montmorency, le ministre des affaires étrangères.

Je vous renouvelle, monsieur, l'expression de ma haute considération et de mon affectueux dévouement.

HUMBOLDT

Ce jeudi.

Paris, 7 septembre 1820.

J'ose recommander à vos bontés très-particulières, mon cher ami et confrère, le porteur de ces lignes, un de mes compatriotes, M. Spinger, conservateur de la Bibliothèque royale de Berlin. C'est un homme trèsinstruit, d'une conversation agréable et bien digne de vous approcher. Il a fait un ouvrage estimé sur l'Angleterre et il publie un journal sur les découvertes géographiques. Je voudrais pouvoir l'accompagner dans un pays dans lequel votre présence a fait tant de bien. M. Arago est revenu enthousiasmé de tout ce qu'il a

éprouvé à Genève. Il a presque l'intolérance d'un nouveau converti, et vous pensez bien que ce n'est pas moi qui blâmerai un zèle qui se fonde sur des sentiments de la plus vive reconnaissance. Nous nous flattons toujours ici de l'espoir de vous posséder cet automne; cependant M. Arago ne nous a guère donné de certitude à ce sujet. Gomment avez-vous pu douter un moment du plaisir que j'aurais de savoir que vous voudriez vous charger de l'article géographie des plantes ? Vous l'enrichiriez de vos nombreuses découvertes, et comme je prépare en français un nouveau travail, dont tous les nombres seront réformés, corrigés, je serai bien aise de pouvoir m'appuyer de vos observations. J'ai constamment refusé cet article, préférant celui de formations géologiques, comme une matière quim^est plus propre. M. Levrault avait d'abord chargé de cette géographie M. Mirbel, qui à son tour en avait chargé un sous Mirbel. Quel bonheur pour la science que vous ayez cédé aux prières de M. Levrault. Je n'ai qu'une grâce à vous demander; M. Brown a rectifié beaucoup des proportions numériques que renferme mon tableau de familles {de distrib. plant.). Il est dangereux pour la science de dégoûter le public en lui donnant les chiffres anciens et nouveaux. Il en est de la physique du globe comme du système du monde : l'un et l'autre ont leurs éléments numériques : ce sont des coefficients qu'on parvient peu à peu à connaître. Ce qui est vrai pour la zone torride de l'Amérique, ne l'est pas pour la même zone de l'Afrique. Il y a un changement

régulier dans les fractions sur un même méridien du Rio-Gongo en Suède, et de rOrénoque à la baie d'Hudson; mais sur le même parallèle les proportions ne sont pas les mêmes. C'est d'après ces principes que j'ai formé un nouveau tableau de proportions que j'aurai l'honneur de vous adresser et que peut-être vous voudriez bien insérer dans l'article, sauf à le combattre bien franchement, le rectifier et le changer d'après vos propres résultats. C'est ce tableau que je substituerai à celui de ma nouvelle édition de la géographie des plantes en français. M. Gauss a été nommé et par son mérite éminent, et parce que cela a causé quelque chagrin à Mr L. avec lequel il partage l'empire des chiffres. Partout ces chiffres causent du malheur : c'est d'ailleurs une insigne injustice que votre nom n'ait pas orné la liste. Mais le Jardin des Plantes s'est arrangé ses principes de légitimité ! Ils ne rêvent que M. Brown et même M. Smith; je reconnais le grand mérite du premier, mais cette grande distance à laquelle on le place de tout autre me paraît absurde ; comme ce qui est trop absolu. C'est absurde aussi de ne jamais changer d'anciennes listes de présentations, comme si de nouveaux travaux ne changeaient pas Tétat de la question. Il y avait une époque où M. Laplace cherchait des voix pour Frémery contre Gay-Lussac !

Mille tendres amitiés,

HUMBOLDT, Paris, 7 septembre 1820.

P. -S. Veuillez bien présenter mes affectueux hom-

mages à l'aimable M"" de GandoUe. M. Kunth me charge de mille choses pour vous. Il est midi : croyezvous toujours que l'éclipsé aura lieu? Avec deux de ces bonnes fautes d'impression dont les tables de M. Delambre fourmillent, il n'y aurait pas spectacle. Un roi mexicain a fait écorcher un astronome Huetzelzamilzen, non pour n'avoir pas prédit une comète, mais pour ne l'avoir pas empêchée de paraître. C'était très-dur.

Paris, 4 octobre 1820.

Vous savez déjà, mon respectable confrère, l'arrivée de lady Davy. Elle est accompagnée de la famille Hamilton, sœur, frère... du sous-secrétaire. On est venu avec d'alarmants projets de tout voir, écoles, fabriques, hôpitaux, tableaux, l'Institut d'Egypte.

On soupire après vous. On connaît votre extrême obligeance. De grâce allez voir ces dames, place Vendôme, hôtel de Londres. C'est une bonne œuvre dont je vous serai bien reconnaissant.

HuMBOLDT.

Ce mardi.

Paris, 6 octobre 1820.

Voici le voyage de Burkhardt, mon respectable ami et confrère ; mille pardons de vous l'avoir soustrait si longtemps.

Auriez-vous la grâce de vous sacrifier quelques heures à Lady Davy, pour la conduire au Conservatoire des arts et métiers une de ces matinées. Elle vous demande à grands cris et elle prendra volontiers votre jour si vous voulez bien l'en avertir (place Vendôme, n** 10, hôtel de Londres) la veille par la petite poste. Ce sera une bonne action de plus.

HUMBOLDT

Jeudi.

Paris, dimanche mars 1822.

Je suis bien indiscret, mais l'arrivée de la pomme de discorde de Denderah (99) me force de demander à mon respectable ami, monsieur Sédillot, si peut-être il trouverait parmi ses brochures :

1) Le mémoire de Fourier sur l'astronomie des Egyptiens ;

2) Le mémoire de Dupuis sur le Zodiaque avec pi. que je crois lui avoir prêté avec mes monuments.

HuMBOLDT.

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