‹ Correspondance inedite scientifique et littéraireChapitre 27 sur 41 · ALEX. DE HUMBOLDT AU MONITEUR (129) UNIVERSEL · texte numérisé non relu

ALEX. DE HUMBOLDT AU MONITEUR (129) UNIVERSEL

Berlin, le 23 février 1828.

J'ai lu avec la plus grande surprise dans votre journal du 7 février, monsieur, que j'ai ouvert des cours de géographie physique à Berlin par souscription, « le cachet se payant trois louis. » Vous donnez cette nouvelle sur la foi d'un journal étranger, qui m'est resté inconnu jusqu'ici. J'ose croire que toute réfutation est superflue pour la France, où j'ai résidé si longtemps; mais le Moniteur étant répandu dans les deux Mondes, j'ai pensé devoir signaler la fausseté et l'inconvenance d'une assertion dont je ne veux point examiner les

motifs. J'ai ouvert deux cours publics ; et en Allemagne comme en France, on ne paie pas pour assister à un cours public.

Agréez, monsieur,

A. DE HUMBOLDT

Je m'empresse de remercier Monsieur Defrance de l'aimable permission qu'il veut bien me donner. Je demanderai à M. Arago son intéressant mémoire (130^. Je connais le bon esprit et la sagacité qui caractérise [sic) toutes vos recherches ; après avoir fourni de si beaux matériaux à l'étude de la géologie, vous allez encore enrichir la météorologie qui ne marche pas, parce qu'on raisonne plus qu'on n'obsei've.

Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'hommage réitéré de ma haute considération et de mon affectueux dévouement (131).

A. HuMBOLDT.

Ce dimanche.

Paris, 1828.

J'ai enfin obtenu la lecture de votre excellent mémoires sur les trombes (132), Monsieur, et je vous en

parle dans la nuit de mon départ pour Londres. On aime dans ces derniers moments à s'entretenir avec des personnes qui réunissent, comme vous. Monsieur, la sagacité de l'observateur aux nobles qualités du cœur. Vos observations sur ces trombes qui n'ont pas lieu la nuit, pas avant dix heures, sur leur fréquence..., sont aussi vraies que curieuses. Je voudrais que vous ajoutiez quelques mots sur le mémoire de M. Monge.

Agréez mes tendres amitiés. M. Valenciennes me charge de ses respects pour vous.

HUMBOLDT

Dimanche, la nuit.

Sans-Souci, 18 août 1828.

Le neveu d'un de mes plus intimes amis, de l'aide de camp général du roi baron de Witzleben, désire rester quelques mois à Genève, pour nourrir son esprit de tout ce que la société la plus aimable offre d'instruction et de charme. J'ose vous adresser ce jeune officier, mon illustre confrère, parce que je lui ai donné le conseil de préférer Genève à Paris. Daignez lui donner quelques conseils. M. de Witzleben a vécu dans la première société de Berlin; il est vif, intelligent et doux de caractère. Il sait ce qu'il peut gagner dans un monde comme celui dont vous êtes un des plus beaux ornements. Veuillez de grâce le traiter avec quelque

bienveillance. Je n'ose écrire à notre respectable et noble ami M. Eynard ; on me dit qu'il a été à Florence. Veuillez bien le prier en mon nom de recevoir le jeune M. de Witzleben, officier des gardes dans sa charmante société. Qu'il doit être heureux de voir couronnées de succès ses admirables démarches pour la cause des Hellènes. J'ai le bonheur de vivre ici avec des personnes qui ne prononcent le nom de votre concitoyen qu'avec la plus vive reconnaissance. Je ne vous parle pas des quatre cents amis naturalistes qui m'arrivent d'Allemagne et de Scandinavie. C'est une irruption de savants qui fait trembler. Vous seul pourriez me rassurer, mais comment dans cette oasis, m'attendre à tant de bonheur.

Veuillez faire agréer mes respectueux hommages à votre charmante famille et à vos amis que je nommerais si volontiers les miens, s'ils voulaient bien augmenter le nombre des quatre cents.

HUMBOLDT

Sans-Souci, 18 août 1828.

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