INTRODUCTION
En publiant dans les derniers mois de 1889 une Notice * sur la vie et les travaux du baron Alexandre de Humboldt, nous crûmes devoir annoncer que pour compléter cette œuvre, nous la- ferions suivre plus tard de la correspondance de l'illustre Allemand.
Nous avions conçu, en effet, le projet de réunir en corps d'ouvrage les principales lettres écrites par Humboldt aux savants et aux personnages les plus distingués, avec lesquels il était en relation ; lettres où sont traitées avec plus ou moins de développements des questions scientifiques et littéraires. Nous annoncions en même temps que nous tâcherions d'y joindre, autant que possible, pour former un tout à peu près complet, les lettres qui avaient provoqué celles de Humboldt, ainsi que les réponses faites à ces dernières, s'il avait soumis à ses correspondants ses pro-
* Cette notice, lue par nous à l'Assemblée générale de la Société de Géographie du 10 décembre 1859, nous avait été demandée par sa Commission centrale, et nous l'avons reproduite en tète de ce volume avec quelques légères modifications.
près idées, en leur demandant des renseignements ou des explications.
C'était une sorte de monument que nous avions l'intention d'élever à la mémoire de cet homme, remarquable à tant de titres et qui nous avait honoré de sa bienveillance, en faisant mieux apprécier son immense mérite, sa prodigieuse activité, la variété infinie de ses connaissances, en même temps que sa parfaite modestie et son extrême obligeance. Il s'était constitué pour ainsi dire, sous ce dernier rapport, le protecteur de tout homme de mérite qui s'adressait à lui, à quelque nation qu'il appartînt, et jamais il ne refusa son appui à ceux qui le réclamaient. Notre Notice en offre plusieurs exemples que sa correspondance complétera.
Avant d'entreprendre notre travail, nous ne nous étions pas dissimulé les difficultés que nous aurions à vaincre pour l'exécuter convenablement ; mais tout en ne les considérant pas comme insurmontables, nous ne nous en étions pas fait une idée juste, et nous avouons aujourd'hui que si elles avaient été prévues, nous y aurions peut-être renoncé. Depuis cinq ans que nous nous occupons d'en réunir les éléments, nous avons eu pour les obtenir, plus de deux mille lettres à écrire aux différents détenteurs des correspondances de Humboldt, souvent trois ou quatre à la même personne, et cela dans presque toutes les parties du monde. Nous ne parlons pas des démarches faites par nous-mêmes, elles ont été incessantes. Notre persévérance a été heureusement récompensée, car nous pouvons, dès ce moment, présenter aux admirateurs de Humboldt, un premier volume de ses lettres, inédites pour la plupart, offrant un grand intérêt scientifique et littéraire, et qui ne tardera
pas, nous Tespérons, à être suivi d'un second, dont tous les matériaux sont à peu près préparés.
L'illustre sir Roderick Impey Murchison, directeur général du levé {survey) géologique de la Grande-Bretagne et de rirlande, président de la Société géographique de Londres, etc., a été l'un des premiers qui nous a donné, non-seulement des encouragements, mais nous a transmis d'importantes lettres de Humboldt. L'ordre chronolo* gique adopté dans le classement nous force malheureusement de ne les faire paraître que dans le second volume. Nous avons été obligé, par le même motif, d'en agir également pour tout ou partie des lettres écrites à M"*" la comtesse de Circourt et Etienne Geoffroy Saint-Hilaire, à MM. Arago, Cordier (P.-L.-A.), Élie de Beaumont, E. et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Jomard, Malte-Brun, tous, à Teiception du dernier, membres de l'Académie des sciences ou de l'Académie des inscriptions et belles-lettres ; à MM. d'Archiac, Brongniart (A.), Michel Chasles, Decaisne, Sainte-Claire-Dcville (C.-J.), membres de l'Académie des sciences; Egger, Stanislas Julien, appartenant à celle des inscriptions et belles-lettres ; Barbier (L.) et Ferdinand Denis, conservateurs , l'un de la bibliothèque du Louvre, l'autre de la bibliothèque Sainte-Geneviève ; Hoeffer, Amédée de Jonquières, l'abbé Moigno, etc.; au célèbre physicien danois Oersted, au professeur Rafn, secrétaire de la Société des Antiquaires du Nord, que la mort vient d'enlever récemment ; à l'astronome norvégien Hansteen, directecteur de l'observatoire de Christiania; aux voyageurs russes P. de Tchihatchef et Jacques de Khanikof, dont le frère, aussi voyageur et érudit, nous a, ainsi que A. Sédillot, si connu par ses travaux Sur l'astronomie des Arabes,
Barfai, Brasseur de Bourbourg, Ferdinand Denis, Vogel, et bien d'autres encore, prêté un concours si actif et si bienveillant.
A cette énupaération déjà si longue et cependant bien incomplète, nous pourrions ajouter MM. H. Schlagintweit, ces habiles explorateurs de l'Inde et de l'Asie centrale; Heidinger, président de l'Académie des sciences de Vienne ; les Anglais : lord comte Minto, le lieutenant de vaisseau Bedford Pim, John Brown, dont nous avons esquissé la vie scientifique devant la Société de géographie ; le baron Plana, président de l'Académie des sciences de Turin, mort associé étranger de notre Institut ; les Américains : général Frémont, voyageur et homme d'État, le colonel Mercher, le professeur Ahrens, de Guatemala, etc., etc.
Quant aux noms de toutes les personnes qui nous ont fait des communications épistolaires insérées dans le premier volume, ils sont indiqués dans la table alphabétique placée à la fin de ce volume.
Parmi les académies ou sociétés savantes qui nous ont donné des encouragements, nous mentionnerons en première ligne la Société impériale de géographie de Saint- Péte^^sbourg, qui a eu l'obligeance, d'après le désir manifesté par Son Altesse Impériale le grand-duc Constantin, son président, de faire insérer dans le procès-verbal de l'assemblée générale du 12 avril 1861, l'invitation aux membres de cette société de nous communiquer les lettres scientifiques du baron de Humboldt qu'ils pourraient avoir en leur possession. Nous devons citer aussi les académies d'histoire et des sciences de Madrid, et des sciences de Lisbonne, auxquelles nous appartenons à titre de correspondant.
Nous serions ingrat si nous omettions de mentionner, parmi les hauts personnages qui ont applaudi à notre entreprise, le nom de Son Altesse Impériale la grande-duchesse Hélène de Russie. Nous savions que Son Altesse Impériale avait entretenu une correspondance suivie avec Alexandre de Humboldt, et nous lui avions adressé notre notice sur cet homme célèbre. Voici un extrait de la réponse que Son Altesse impériale voulut bien nous faire le 24 juillet/5 août de Oranienbaum :
« Votre Notice sur M. de Humboldt m'a paru d'autant plus » intéressante, qu'elle renferme un exposé clair et concis » des rapports de l'illustre savant avec les principales som- » mités scientifiques de l'Europe. Ces rapports, ainsi que » l'association de Humboldt à leurs investigations les plus » spéciales et les plus profondes, donnent le mot de » l'énigme sur la manière dont il sut étendre l'horizon de » ses connaissances, presque au delà des limites accessi- » blés à une intelligence humaine.
» L'histoire des relations savantes de M. de Humboldt, » ajoute S. A. I., explique aussi comment il parvint à cons- » tater les liens, jusqu'alors inconnus, qui unissent les » différentes branches du savoir humain, et comment il » acquit une influence prépondérante sur la marche géné- » raie de la science.
» La gloire échue en partage à son nom, est donc celle » de toute une pléiade de ses contemporains illustres, dont » il formait le centre, et c'est à ce point de vue surtout que » j'applaudis à votre entreprise de publier un recueil com- » plet (1) des correspondances scientifiques de M. de Hum-
* Nous sommes bien loin de vouloir donner un recueil complet des lettres de Humboldt, qui en écrivait parfois 2,000 par an, et qui formeraient, suivant
» boldt, recueil qui fournira des matériaux importants à » l'histoire de la science, et fera apprécier à leur juste va- » leur tous ceux auxquels il doit une bonne part de sa » gloire.
» Je vous prie, Monsieur, de croire que je prends un vif » intérêt à cette nouvelle publication, et de recevoir l'ex- » pression de ma sincère bienveillance.
» Signé : Hélène. r>
Les lettres de Humboldt que nous faisons paraître en ce moment d'après ses autographes, ou sur des copies certifiées par les personnes qui nous les ont confiées, sont toutes publiées en langue française. Nous avons traduit ou fait traduire celles qu'il avait écrites en allemand, en anglais, en espagnol ou en italien, et nous ajouterons que nous avons cru devoir reproduire quelques lettres déjà imprimées, mais isolément, dans des recueils scientifiques français et étrangers, et qui ont un intérêt véritable.
Deux portraits de Humboldt, l'un fait par lui-même au miroir en 1814, et l'autre copié sur une photographie exécutée d'après nature en 1857, ont été gravés et sont placés en tête de ce premier volume.
Et nous donnons à la suite des lettres de Humboldt : 1® la biographie de ses correspondants, avec une série de notes, classées, comme la correspondance, d'après l'ordre chronologique, que nous avons rédigée, où dont nous devons une partie soit à Humboldt lui-même, soit à l'extrême
M. le professeur Buchmann, plus de 22 gros volumes, d'abord parce qu'il serait tout à fait impossible de se procurer toutes celles qui ont une véritable importance scientifique, et puis, y eût il possibilité, ce n'est pas lorsqu'on a atteint sa quatre-vingt-unième année, qu'on pourrait tenter une œuvre aussi colossale.
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obligeance de quelques savants. Ces notes sont destinées à fournir des éclarcissements sur certains passages des lettres qui ont paru en avoir besoin; 2° pour la facilité des recherches, une table alphabétique des noms des personnes et des établissements scientifiques auxquels les lettres ont été adressées, et 3° à la fin du volume, le fac simile d'une lettre que Humboldt nous a écrite de Paris le 1" juin 1831, imprimée page 314 de la correspondance, et sur laquelle on trouvera des explications page 437 des Biographies et Notes.
A la fin du second volume sera placé le fac simUe d'une autre lettre que Humboldt nous adressait de Berlin le IS mars 1889, c'est-à-dire moins de deux mois avant sa mort, pour nous recommander les frères Schlagintweit, qui venaient d'exécuter leur mémorable exploration de l'Asie centrale et qui ont obtenu, sur notre rapport, la grande médaille d'or de la Société de géographie. Nous publierons également dans ce volume le catalogue raisonné des ouvrages de Humboldt, des communications faites par lui et de celles qui lui ont été faites, dont il a été rendu un compte si favorable par M. Élie de Beaumont, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences dans la séance du SO mai 1861. Nous y insérerons enfin, par ordre alphabétique, un certain nombre de lettres sans date, dont plusieurs sont adressées à des personnages importants» parmi lesquels nous citerons seulement les noms d'Arago, d'Élie de Beaumont, de GeoflFroy Saint-Hilaire et de Malte-Brun, qui se trouvent déjà dans le premier volume et que nous n'avons pu classer autrement, quoique nous ayons vainement consulté plusieurs savants français, attendu que Humboldt se bornait souvent à donner au bas de ses lettres le jour
de la semaine, sans indiquer la date, et quelquefois même le lieu d'où il écrivait. Nous ajouterons quelques opuscules inédits de Humboldt.
Quant aux lettres datées que contiendra notre second volume, nous en énumérons une partie page xxxix de cette introduction, en faisant remarquer que nous aurions dû citer en première ligne celles qui ont été écrites par Humboldt à S. M. I. l'Empereur de Russie Nicolas I", et à S. A. L l'archiduc Jean d'Autriche.
Notre intention avait été dans l'origine de ne publier qu'un seul volume des lettres de Humboldt ; mais le nombre de celles qui nous sont parvenues, ou annoncées de toutes parts, ayant considérablement augmenté, nous forcent d'en faire deux ; c'est à deux que nous nous arrêterons.
Avant de terminer cette introduction, rédigée un peu à bâtons rompus, nous ne croyons pas inutile de faire connaître que notre second volume contiendra l'indication d'un véritable trésor archéologique. C'estune lettre adressée par Humboldt à M. Jomard, le ISjanvier 1845. L'illustre Prussien y déclare en effet que le magnifique soleil d'or orné d'émeraudes, connu sous le nom de Soleil ou Collier de Pizarre (aujourd'hui en la possession de M"'* Boselli, fille du savant président de la Société de géographie) « provient, a n'en pouvoir douter, de Cusco, et a été entre les mains du célèbre Conquistador. »