‹ Correspondance inedite scientifique et littéraireChapitre 4 sur 41 · XXX! I · texte numérisé non relu

XXX! I

Nous ignorons quel a été le montant total des souscriptions reçues en Angleterre, c'est le général Sabine qui a bien voulu se charger de les recueillir et de les transmettre à Berlin. Nous n'en savons pas davantage sur celles qui ont été faites en Prusse ou ailleurs. 11 parait cependant, d'après un compte rendu à Berlin le 9 avril 1861 par les curateurs de la Fondation'Humboldtf que la somme brute des recettes s'élevait à cette époqueà 39, 1 23 tblr. 3 sgr. 6 pf.

M. de Humboldt, qui n'a laissé qu'une fortune médiocre, avait légué par un testament olographe du 25 novembre 1858, tous ses biens mobiliers, y compris sa bibliothèque, an sieur Seiffert, son valet de chambre^ qui l'avait servi pendant quarante-trois ans ; un procès ne tarda pas à s'engager entre celui-ci et la famille de son ancien maître. Mais après un jugement de première instance ordonnant la délivrance du legs, un arrangement à l'amiable a été conclu entre les parties. Seiffert a gardé la riche bibliothèque du défunt, qu'il a vendue à un libraire de Londres, et les neveux et nièces de Humboldt ont été déjà mis en possession de vingt-deux cartons dans lesquels leur oncle conservait les journaux de son voyage d'Amérique, ses écrits manuscrits et se^ brochures, et de plus ses correspondances et différents autres objets tels que les insignes des ordres dont il avait été revêtu, des portraits de souverains, la médaille d'or de Gopley qui lui fut décernée en 1852 par la Société royale de Londres, etc.

La maison de librairie Cotta a publié de 1859 — 60 en 4 vol. in-8" une traduction allemande du Voyage aux contrées équinoxiales du nouveau continent que M. de Humboldt avait fait précéder, peu de temps avant de mourir, d'un avant-propos adressé au peuple allemand pour le remercier de l'intérêt qu'il avait pris à ses travaux.

Pour satisfaire à un désir généralement exprimé, nous donnerons, à la un de cet ouvrage, la liste aussi complète que possible, des nombreux ouvrages, mémoires, etc., dus à la plume de M. de Humboldt, des comptes qui en ont été rendus dans les diffé-

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rents recaeiis scientifiques et des ouvrages qui ont été publiés sur sa yie et ses travaux, soit en France, soit dans les autres pays. La réponse qu'il fit un jour à une personne qui lui demandait des renseignements sur sa vie : « Mein Leben sucht in meinenSchrifïeny) (c'est dans mes écrits qu'il faut la chercher) *, justifierait, s'il en était besoin, cette partie de notre travail.

Avant de clore cette notice, nous croyons devoir résumer en un petit nombre de lignes les traits les plus saillants des travaux et du caractère de l'homme illustre qui a été une des gloires de la Prusse, que la France revendique à juste titre comme un de ses enfants, en ajoutant que Delambre, secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences, disait» dans un rapport présenté à l'Empereur Napoléon I^, en parlant de la grande expédition de Humboldt en Amérique « qu'elle ferait honneur à une nation. »

Comme géologue, Humboldt, un des meilleurs élèves de Werner, a adopté une partie des idées de ce grand homme; mais, par ses travaux sur les volcans, sur le gisement des roches dans les deux hémisphères et par d'autres œuvres bien connues, il a montré que, tout en admirant son maître, il av^it néanmoins conservé toute son indépendance.

Comme botaniste et comme physicien, personne ne lui conteste la gloire d'être le premier qui ait nettement posé le principe d'après lequel la différence qui existe entre les végétaux est intimement liée à la distribution de la chaleur, d'être le créateur de la géographie botanique et le fondateur de la physiologie nerveuse, d'avoir contribué avec Gay-Lussac à perfectionner l'analyse de l'air^ et établi avec Biot la variation du magnétisme terrestre aux différentes latitudes, et la diminution de la puissance magnétique à mesu/re qu'on s'éloigne de l'équateur terrestre, d'avoir introduit enfin le système des lignes isothermes, ou, ainsi que

* Àktanàw von BumhMt — Min hiographishes Denkmàl — Alexandre de Hamboldt. — Souvenir biographique, par le professeur D' H. Klencke. Leipzig, 18S0. Broch. de X-252 p. in- 8, avec une petite carte de la bifurcation de TOrénoque.

HumbokU le dit lui-môme, des lignes qu'on suppose passer par les lieux où la température moyenne est la même.

Ck)nsidéré comme géographe, il suffit de jeter un coup d'œil sur les relations de ses nombreux voyages, en Amérique surtout et en Asie, pour s'assurer des prodigieux progrès qu'il a fait faire à la géographie, de même, au surplus, qu'à toutes les siences qu'il a cultivées et résumées dans son Cosmos.

Ajoutons qu'indépendamment de. son universalité dans les sciences, Alexandre de Humboldt n'était pas moins familier avec les plus importantes et les plus hautes questions d'art et d'archéologie.

Mais si, après avoir parlé du savant infatigable et de l'amateur éclairé des beaux-arts, on vient à s'occuper plus spécialement de l'homme, que n'aura-t-on pas à dire des aimables qualités de Humboldt, de sa bienveillsmce inépuisable, de sa rare modestie? de cette alliance si rare des mérites du savant et de l'homme du monde, sachant se mettre à la portée de ses auditeurs, quels qu'ils fussent, et les enchanter tous en traitant avec aisance les matières les plus sérieuses et les plus diverses. Poussant Tobli* geance jusqu'à ses dernières limites, Humboldt ne refusait jamais, nous le savons par notre expérience personnelle, et par plusieurs faits parvenus à notre connaissance, ses conseils ou son appui à tous ceux qui s'adressaient à lui et il les prévenait souvent même de la manière la plus délicate. C'est ainsi que M. le professeur Agassiz, lui-même nous l'apprend, venu à Paris pour y terminer ses études, et ayant épuisé ses ressources, allait se voir forcé, bien à regret, de les discontinuer et de quitter la France, lorsqu'il reçut de M. de Humboldt, sous la forme la plus délicate, une sonune de 1,200 francs, secours qui nous a valu un savant de plus.

Quoiqu'il fût l'ami de cœur du roi Frédéric Guillaume IV, qui l'appelait son cher Alexcmdros, comme il l'avait été de son prédécesseur, on n'a jamais pu l'accuser de courtisanerie. — Ses opinions libérales étaient si bien connues, qu'on souffrait, même

à la cour, ses spirituels sarcasmes contre les abus du pouYoir monarchique, comme venant d'une personne qui, ainsi qu'il le disait lui-même, y était traité Ae jacobin français.

En m' appuyant du témoignage d'un homme on ne peut plus compétent, de M. Hittorff, membre de l'Institut, qui a été pendant plus de trente ans le correspondant assidu de Humboldt, pour tout ce qui concerne l'archéologie et les beaux-arts, nous ajouterons qu'il fut toujours le provocateur et le guide des hautes et honorables faveurs accordées par le roi de Prusse aux artistes et aux archéologues les plus célèbres de notre nation, avec la plupart desquels il était intimement lié, et dont il connaissait et savait apprécier les ouvrages.

Quant à Textréme modestie de Humboldt, un dernier trait qui peint parfaitement l'homme, terminera dignement ce tableau.

Doué d'une imagination vive et ardente, et joignant à une érudition aussi riche que variée, une prodigieuse facilité pour exprimer ses idées , Humboldt laissait quelquefois courir sa plume sans trop s'occuper de la composition méthodique de ses ouvrages, qu'il envoyait par parcelles à l'imprimeur; aussi Arago lui disait-il un jour, avec la brusquerie et le sans-géne d'un ami :

« Humboldt, tu ne sais pas comment se compose un livre ; » tu écris sans fin ; mais ce n'est pas là un livre, c'est un por- » trait sans cadre. »

La franchise de cette critique, qui avait au surplus quelque fondement, adressée, en présence de témoins, par un savant à un autre savant, sans blesser en aucune façon celui qui en était l'objet, est une preuve de l'étroite intimité qui les unissait ; elle les honore tous les deux, et prouve le bon goût et la modestie de celui qui en acceptait gaiement l'expression bienveillante.

Aussi cher à la France qu'à TAllemagne, le nom de Humboldt, désormais inséparable de ceux des Gay-Lussac, des Arago, des Guvier, des Biot, des Léopold de Buch que l'immortel Prussien appelait le profond et ingénieux explorateur de la nature^ le plus

grand géognoste du siècle, des Élie de Beaumout, des Murchison, des Hansteen et de tant d'autres célébrités contemporaines, brillera toujours du plus vif éclat au milieu de cette pléiade de savants français et étrangers qui, depuis soixante ans, ont honoré ou honorent encore les deux mondes par leurs travaux, en répandant sur notre époque un lustre incomparable.

De la Roquette.

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