‹ CorrespondanceChapitre 101 sur 102 · A M. FRISELL · texte numérisé non relu

A M. FRISELL

trente fois. Si vous l'aviez voulu, vous l'auriez fait. Quant à moi, je n'exécute jamais que ce que j'ai résolu cent fois. Agréez mes sentiments déjà anciens et toujours vus comme s'ils ne faisaient que de naître.

Villeneuve-le-Roi , 29 septembre «820.

A M. Friselis àSemur,

Je ne vous écris pas pour vous parler de nos santés, mais pour vous demander des nouvelles de la vôtre, qui intéresse les âmes les plus insensibles « Il paraît que « ce pauvre M. Frisell est malade, et j'en suis triste, « car je l'aime sincèrement,» nous écrit madame de Chateaubriand, dans une lettre que nous venons de recevoir. Vous devez être bien touché d'une telle déclaration, si, comme on le dit et comme il est vrai, rien ne mérite tant de reconnaissance que les dons d'une main avare.

Nous sommes plus prodigues de nos sentiments et de nos témoignages d'amitié. Vous avez cependant, dans nos largesses en ce genre, et la lettre que je vous écris en ce moment le prouve assez, une part que nous n'accordons à personne, et je vais vous en dire la raison : je crois que nous vous sommes nécessaires.

Premièrement, personne ne vous apprécie, ce me semble, , aussi parfaitement que moi. Secondement, il n'y a, je crois, personne au monde avec qui vous puissiez être aussi pleinement à votre aise qu'avec nous. Votre raisonnons charme; votre bonté nous est connue; votre verve nous amuse; vos humeurs nous font

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rire, et vos injustices, même quand elles tombent sur uous par hasard, trouvent nos cœurs invulnérables, irouvez-moi des gens dont la société puisse aussi parfaitement convenir à un honnête homme qui n'aime pas à se gêner, et, dès demain, j'en fais la mienne.

Nous sommes en peine du chemin que prend votre goutte. Donnez-nous son itinéraire. Et vous , à quel parti êtes-vous décidé sur vos mouvements ou vos résidences? Rentrez-vous à Paris? Irez-vous en Bourgogne? Vlendrez-vous nous voir ou nous attendrez-vous? Venez. Nous vous reverrons et nous vous recevrons avec une extrême joie. Attendez-vous pourtant à dix fois plus de cousines que vous n'en trouviez quelquefois dans nos soirées à Paris, quand vous étiez tenté de fuir. Je dois vous prévenir en outre qu'il vaudra mieux voyager dans une quinzaine de jours qu'à présent, si les pays qui sont au-dessus de nous ressemblent à celui-ci. Figurez-vous qu'en ce moment nous ne pouvons trouver, à trois lieues à la ronde, ni un morceau de lard ni un poulet, et jugez de la cuisine. Mais elle va s'améliorer. Nous faisons venir du lard de Paris, et les fermes voisines sont pleines de poules qui couvent, de sorte qu'à la fin d'octobre nous aurons des poulets de grain. Ils viendront un peu tard; mais il vaut mieux tard que 'amais. J'aime à citer les vieux proverbes, quoique madame de Genlis les ait proscrits. Ils me délassent, et lors même que leur sens n'est pas nécessaire, leurs mots naïfs me sont agréables. Leur trivialité jette dans le langage familier, devenu trop sérieux, une teinte de bonhomie, et parla de variété, qui, n'en déplaise à la dame, vaut mieux qu'une élégance toujours soignée et un bon ton toujours tendu. Pardonnez moi cette petite bouffée de digression littéraire. On peut parler de tout

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avec \ous, ot j'écris tout ce qui me vient. Une autori*.ô collet monté s'est présentée un moment à mon imagination, et j'ai voulu, la chiffonner en passant. Voilà qui est fait. Je reviens à notre cuisine, et par la cuisine à mon estomac, dont il faut bien vous dire un mot, car j'aime à parler aux gens que j'aime d'eux et de moi.

Mon estomac donc, je n'en ai point. Les chaleurs que j'ai trouvées ici me l'ont ôté en arrivant^ et la mauvaise chère que nous faisons m'est devenue fort indifférente. Je vis de mon principe de vie, car d'ailleurs je ne mange rien. Mais aussi ma poitrine est en repos; tout le mal est chez le voisin. Je ne sais si le frais que quelques heures de pluie ont ramené hier causera quelque changement dans ma manière d'exister, et me rendra mes incommodités accoutumées; j'attends avec patience ce que le ciel opérera. Du reste, je me porte à mon ordinaire, toujours fort bien selon vous et vos préventions , toujours fort mal selon moi et mon sens intime.

le viens devoir que Clausel vous citait, dans les notes de son mémoire, comme une autorité décisive sur la constitution de votre pays , et qu'il avait imprimé votre nom en toutes lettres, entre deux crochets.

On m'écrit que l'abbé de Lamennais est fort blâmé à Saint-Sulpice, où l'on trouve, avec raison, qu'en détruisant tous les fondements des certitudes humaines, pour ne leur laisser d'autre appui que l'autorité, il détruit l'autorité même. Il a eu tore de ne pas la consulter avant de publier son H^tc.

Voilà tout ce que je sais de nouvelles politiques et littéraires ; c'est à peu près vous dire que je ne sais rien.

Paris, 20 décciv.')re 18?0.

A madame de Vintimille.

Il y a plus de huit jours que je veux vous envoyer ce livre, avec une grande lettre pleine de remercîments, de reproches, d'explications, de tendresses, et surtout de regrets de ne pouvoir plus vous dire ni vous écrire, sans réserve, tout ce que je pense. Réduit à ce demisilence par la paresse de ma main, devenue incurable à force d'être invétérée, par la faiblessse de ma poitrine, qui ne me permet presque plus que d'être écou-^ leur, dans les entretiens où je prends le plus de plaisir, et enfin par la nature des temps où nous vivons, et qui ont tant de faces qu'il est impossible de les voir sous le même aspect, si on n'est pas précisément placé dans le même point de perspective, ni d'en parler diversement sans se diviser, si l'un des deux prend, comme vous, aux hommes qui y jouent un rôle un intérêt que l'autre ne partage pas. Enfin, je voulais encore une fois vous montrer à découvert et sans nuages ce cœur où vous avez régné, et cette âme, toujours la même, où les souvenirs agréables sont empreints pour l'éternité. Mais je l'ai éprouvé et je l'ai dit plus d'une fois : Il faut du temps pour être sincère, c'est-à-dire, pour savoir exprimer au juste tout ce qu'on pense et tout ce qu'on sent. Je renonce donc à la grande lettre, réservant pour des temps meilleurs, s'il en arrive, tout ce qu'elle eût pu contenir;, et je hâte l'envoi d'un livre qui, je l'espère, vous causera quelque plaisir.

A MADAMK DE VINTIMILLE. 2C/.)

J'cspcre aussi que vous n'aurez pas eu le temps d'en connaître l'existence, ni d'en avoir la possession ])iir quelque autre voie que ce soit. S'il en était autrement, j'en serais désolé. Mais, en ce cas, je garderais pour moi cet exemplaire, et je vous chercherais quelque autre étrenne. Je devance le ["janvier 1821 pour vous présenter celle-ci, de peur qu'on ne me gagne de vitesse. J'attacherais un grand prix à placer le premier ce gros volume dans votre bibliothèque.

C'est un fatras délicieux, une énorme meule de foin, où l'on trouve des fleurs exquises : enfin un livre indispensable au bonheur de ceux qui, comme vous et moi, aiment éperdument La Fontaine et son siècle, et n'en veulent rien ignorer.

Agréez mon présent, mes bonnes intentions, mon inaltérable constance, et dites-moi quel est le jour de la semaine prochaine où vous pourriez m'accorder une demi-heure d'audience, si les oppressions où je vis me permettent de respirer.

Paris, 22 juillet 1821.

A madame de Vintimillc.

Est-il possible que je me sois fait méconnaître, ou que vous ayez pu vous méprendre à un tel point? Je vous jure, avec toute la sincérité que je vous dois, et dont, pour rien au monde, je ne voudrais me départir en aucun temps , surtout à pareille heure et en un tel jour, je vous jure, dis-je, par vous, par moi, par sainte Madeleine et parles tubéreuses, les plus chers de mes

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souvenirs , je vous jure sur ma conscience et par toute mon amitié, par toute ma véracité, par toutes mes fidélités, que je ne vous ai fait aucune visite où j'aie goûté auprès de vous tant de douceur, tant de repos, que dans celle dont vous avez été presque tentée devons plaindre. Vous avez pris ma confiance et mon abandon pour de la langueur de sentiment, et mon recueillement pour un nuage. J'arrivais souffrant (car toutes mes faiblesses sont devenues douloureuses) ; je m'assis, je me calmai, je vous fis parler, je vous écoutai. Je sortis presque restauré, et je me dis, au fond de ma voiture, en arrivant sur le boulevard : S'il m'était possible de quitter, tous lés jours, mon lit à pareille beure, de courir par un pareil temps , et de trouver au milieu de ma course un tel plaisir, assurément je vivrais mieux et plus longtemps.

Maintenant, soyez franc, ouvert, transparent, et montrez-vous tel que vous êtes, pour avoir Vai?^ gêné, embarrassé, mal à l'aise aux yeux de ceux qui peuvent le mieux vous connaître et qui savent le mieux juger ! Je vois avec douleur qu'il vient un temps où Ton ne ressemble plus à ce qu'on est, et où, pour être apprécié, il vaut mieux employer la mémoire de nos amis que notre présence. Souvenez-vous donc de ce que j'ai été pour vous, et croyez que je serai toujours le même, en dépit de mes dehors.

J'entends plus difficilement ce qu'on me dit, je dis moins volontiers ce que je pense, parce que le parler m'ennuie quand je suis de sang-froid, et me fatigue quand on m'échauffe. Je n'en pouvais plus, en arrivant auprès de vous, et je mis ma poitrine à l'aise par mon silence. Vous remplîtes ce vide par la plus agréable conversation. Je sortis content, ranimé, et ranimé si

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bien, que j'eus la force de faire, en vous quittant, deux visites de bienséance dont la seule idée m'aurait fait frémir le matin.

J'allais vous écrire, au moment où j'ai reçu votre lettre. Elle m'a fait un grand plaisir, quoiqu'elle ait fort étonné ma paisible sécurité. J'étais loin de penser que vous me demanderiez une explication; mais j'avoue pourtant que je suis flatté de l'injuste sollicitude que Je vous ai causée si innocemment. On n'a point cette susceptibilité pour les gens que l'on n'aime plus. Nonseulement je vous pardonne Garât, mais je vous dirai quelque bien de son livre. La lecture en estunpeu fatigante, à mon gré, mais point du tout ennuyeuse. Cet homme peint faux, mais il est peintre. Il y a même de la vérité dans ses peintures les plus fausses, parce que, s'il ne peint pas les objets dont il parle tels qu'ils sont, il les peint, du moins, tels qu'il les voit, et cette sorte de vérité fait toujours quelque plaisir. Enfin, s'il est fou et arcbi-fou, il est homme d'esprit et bon homme, mais bon homme à un excès digne d'observation, et qui m'a beaucoup occupé.

Voilà une lettre bien ennuyeuse. C'est le sort de toutes les apologies, et vous m'avez mis dans la nécessité de faire la mienne.

J'aurais été plus gai, plus leste et plus court, si, comme je l'espérais, je n'avais eu à vous entretenir que de cette excellente année de 1801, quia joué dans ma vie un si beau rôle, et dont vous m'avez rendu le souvenir éternellement précieux. Croyez-le bien , et à jamais.

272 A xMADAME DE VINTIMILLE.

Paris, 30 août 182Î.

A madame de Vintimille.

Je ne puis aujourd'hui vous parler d'aucune autre douleur que de la vôtre; j'y prends une part bien sincère, je vous assure, et par des motifs indépendants de votre propre affliction.

J'avais vu chez vous, une fois, ce modèle touchant de la plus haute patience, cette image delà bonté, qui se peignit si doucement dans ma mémoire, et qui n'en sortira jamais. Je penserai toujours à madame deLaborde, quand je voudrai me faire une vive idée de l'inaltérable égalité d'humeur et d'âme que peuvent donner la raison et la vertu.

Mon frère, que les affaires de son beau-père ont appelé et retenu forcément depuis six semaines à Villeneuve, doit arriver à la fin de cette semaine. Ses travaux judiciaires n'ont point été interrompus par cet éloignement indispensable; il avait emporté tous ses dossiers, et n'a fait que changer de cabinet. Je lui ai fait rappeler madame de Montmorency, et sûrement il n'aura rien omis de ce qui lui aura été possible pour vous donner satisfaction.

Les manuscrits de Fontanes sont enterrés dans une espèce de coffre-fort où il n'est permis à personne de les voir. On ne s'en occupera qu'après les autres intérêts.

Je n'ai eu aucune occasion de lire le discours de Villemain, que je crois bon. Celui de Roger m'a plu,

surtout la pieinière partie. Je ne m'attendais ni à mieux, ni même à aussi bien.

Notre départ approche, et les préparatifs en seraient aidievés, sans les occupations que nous donne la présence du pauvre Frisell, toujours inconsolable, et qui no nous quitte pas. Sa lille est charmante, et entre demain au couvent de la Visitation, très-digne de l'éducation qu'on y reçoit, et impatiemment attendue par ces excellentes religieuses.

Donnez-moi encore une fois de vos nouvelles, je vous en conjure. Vos deux dernières lettres m'ont fait un plaisir particulier. Il y avait là un accent du cœur très-marqué, et qui a fortement ému le mien. Mais que disiez-vous que je vous ai fait des reproches? Je ne l'ai ni osé ni voulu.

Quoi que vous fassiez, je penserai toujours que vous avez raison, même quand j'aurai Tair de gronder; j'en ai perdu l'habitude depuis longtemps, et quelquefois je le regrette.

A vous , depuis près de vingt ans, et pour jamais.

Paris, 1" mai 1822.

A madame de Vintinàlle.

C'est le mois où je suis né , et le mois où je vous ai connue, il y a vingt ans. Je vous vis le 1", je vous revis le 6, et depuis.

Je crois toujours vous voir pour la première fois.

Venex donc, venez souvent; venez quand il vous

plaira, depuis midi et demi jusqu'à deux heures et demie. Venez sans me prévenir, ou en me prévenant, à votre choix; venez à temps et à contre-temps. En quelque temps et à quelque heure que ce soit, vous n'arriverez jamais sans avoir été désirée. P. S. Tout le reste vous sera dit dans nos entrevues.

Paris, 13 juillet 1822.

A madame de Vintimille.

Vous deviez revenir, et je ne vous ai point revue; mais vous avez été retenue ou détournée par des soins, des devoirs et des douleurs si respectables que je n'ai pas murmuré.

Je voulais aller vous voir, commencer par vous les deux ou trois visites dont j'avais le projet, quand elles me seraient permises par le retour d'un peu de force; vous offrir enfin les prémices d'une convalescence que Ton me faisait espérer. Cet espoir n'a été qu'un rêve. Mes essais de mouvement n'ont abouti qu'à quelques promenades qui m'ont nui. 11 a fallu reprendre le repos et la réclusion et attendre de meilleurs temps.

Impatienté de ces contrariétés, et ne. pouvant plus me passer de vous, j'ai envoyé savoir où vous étiez, dans l'intention de vous prier de venir adoucir ma captivité. On a répondu à votre porte que vous partiez le lendemain de ce jour-là, à cinq heures du matin, et qu'ainsi il fallait déjà vous considérer comme absente.

Je vais m'éloigner aussi. Je pars demain, et je ne puis plus espérer de vous revoir que cet hiver. Je vais

essayer d'un autro air et d'une autre vie. Adieu donc, et conservez-moi, je vous en conjure, un peu de cette amitié dont l'idée et les témoignages me sont si précieux, et que si peu de gens conservent pour ceux qui leur deviennent inutiles, et qui ne peuvent plus les aimer que de loin et dans le silence.

Voici le plus joli petit Horace qui existe dans le monde entier. Rien n*est si lisible ni si peu volumineux. Vous pourrez le porter toujours avec vous et le lire où il vous plaira. Je suis ravi de pouvoir vous l'offrir. Ce sera, si vous le voulez bien, mes étrennes de cette année et mes tubéreuses pour le 22 juillet qui approche, et dont je me souviendrai à Villeneuve.

J'ai substitué ce livret à celui dont je vous avais parlé , et qui n'aurait pas pu avoir pour vous le même mérite.

Portez-vous toujours bien, femme aimable, femme excellente, vous en qui la santé couronne tous les dons du ciel et en permet le libre usage. Pour moi, je ne suis plus qu'une âme, un souffle, un cœur qui vit de souvenirs, et le vôtre fait mes délices.

Paris, 22 juillet 1823.

A madame de Vintimille.

J'attends M. Frisell, qu'on me dit de retour, pour avoir de vos nouvelles. J'apprendrai de lui, avec joie, que A'ous vous portez bien, que vous vous amusez, que vous animez tout par votre aimable esprit, par votre heureuse liuraaur, par votie parfaite raison , par votre

présence riante, dans le lieu que vous habitez. Vous étiez plus jeune, il y a vingt ans^ lorsque je marchais à vos côtés, et que vous donniez le bras à Chateaubrianà, à pareil jour, à pareille heure, en parcourant certainp allée que je vois presque de mon lit, et où, à mon très^ grand regret, je ne puis pas aller célébrer cet anniversaire; mais vous n'étiez pas plus aimable. Votre présence et votre souvenir font également mes délices. Continuez à vous faire adorer, et aimez-moi toujours un peu. Les tubéreuses ne sont pas encore en fleur cette année. J'avais pris toutes les précautions possibles poui' en avoir à mon réveil; mais on n'a pas pu en trouver. J'ai souscrit pour les premières qui paraîtront.

Quatre heures.

Ce M. Frisell ne me vient point. Il est apparemment à quelque club ou à la Bourse. Quelles vilaines occupations il se fait là ! Puisque je ne puis pas même savoir positivement où vous êtes, j'adresse ma lettre à Paris. Il ne sera pas dit que le jour de Sainte-Madeleine s'achèvera sans une missive de moi à vous, puisque je ne vous ai point écrit la veille. Je ne vous parle ici que de mon souvenir; mais dans ce souvenir, que de choses!...

J'ai vu ces jours-ci feu Chênedollé qui ne s'est informé que de vous , qui ne m'a parlé que de notre ancien bon temps, qui ne s'occupe comme moi que de ce qu'il a connu d'aimable, et de ce qu'on peut lire de bon. Ce que c'est que de survenir à propos ! je l'ai trouvé un homme incomparable.

Si vous avez autour de vous M. Julien, dites-lui que je ne l'ai pas oublié. Celui-là aussi est fidèle à nos souvenirs. Adieu, adieu.

A MADAME DE VLNTIMILLE. 277

Paris, IG août 1823.

A madame de Vt'ntimille.

îl y a des choses bonnes à savoir et meilleures à ignorer; mais quand on lès sait, le mieux est de les savoir parfaitement. Telle est cette querelle du quiétisme dont vous et moi et tant d'autres avons été plus ou moins occupés, dans le noble loisir où nos oisivetés nous laissent. Un homme a traité ce sujet avec plus de soin et d'exactitude qu'on ne l'avait encore fait. J'ai parcouru son livre; il y a du vrai et du nouveau : du vrai qu'il me semblait avoir seul connu jusqu'à présent, et du nouveau qui m'a appris que je n'avais pas tout su. Vous êtes curieuse, éclairée, et véritablement amie de la justice; cela pourra vous intéresser.

J'ai donc fait donner ordre à Le Normant de vous envoyer ce livre par la poste, à Dieppe, où j'espère que vous l'aurez déjà reçu. Ce sont vos étrennes au mois d'août, et pour le moins, vous ne vous plaindrez pas de l'exiguïté de leur dimension. Elle est presque immense comme la mer où vous baignez votre parente. Ce sera, par la circonstance, un mérite de proportion.

Au surplus, il y a bien là du fatras, comme dans tous les gros livres. L'auteur ne sait pas en taire de minces. C'est un abbé Guillon^ de la bibliothèque Mazarine, qui a écrit l'histoire du siège de Lyon, il y a vingt ans, et un nécrologe des martyrs de la révolution, il y a deux ans. Il est diffus, mais il est laborieux, instruit, et il cherche la vérité, m'a-t-on dit, avec une infatigable

obstination. M. de Féletz qui, par parenthèse (j'aime fort les parenthèses, et je voudrais les remettre en honneur), s'est chargé de faire partir le volume- doit en rendre compte incessamment dans les Débats; je vous exhorte à lire son article : je crois qu'il sera excellent

Je vous adresse cet avertissement â Paris. J'ai supposé, pour le livre, que la poste saurait vous décou vrir à Dieppe, sans autre désignation que votre nom En tout cas, ma dernière précaution remédiera à tout En recevant le billet, vous pourrez réclamer le volume s'il ne vous a pas été remis.

Nous nous sommes écrit le 22 juillet; mais je n'ai reçu votre lettre qu'à cinq ou six jours de date. J'espèra que la mienne aura été plus diligente.

Je désire que vous reveniez à Paris , ferrée à glace par l'abbé Guillon, et toute prête à instruire les ignorants et à faire taire les entêtés. Mais je désire aussi que, lorsque vous aurez terminé avec l'abbé Guillon, en dépit de sa glace et de son mâchefer, car il en a, vous reveniez bien vite, afin que je puisse, du moins, m'imaginer que vous n'êtes pas loin de moi. È (ratanto^ je baise vos aimables mains.

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Avant-Propos c - . c 5

Notice sur la Vie, le Caractère et les Travaux de M. J. Touberl. i

Jugements littéraires de MM. Sainte-Beuve, Silvestre de Saci,

Gérusez et Poitou xc\

î. A M. le baron de J*. — 19 octobre 1788 . i

II. A mademoiselle Moreau de Bussy. — 21 novembre 1792 .. . 4

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