‹ CorrespondanceChapitre 18 sur 102 · XXVIII LA VIE ET LES TRAVAUX · texte numérisé non relu

XXVIII LA VIE ET LES TRAVAUX

de son mieux. Il étudiait avec un soin poussé jusqu'au scrupule les causes déférées à son tribunal, les règlements ou les lois remis à sa défense. L'amour du devoir lui tenait lieu de vocation, et il était rare que les calculs delà cupidité, les ruses de la mauvaise foi ou Tobstination des plaideurs missent en défaut la perspicacité du juge ou l'habileté du conciliateur. Le souvenir de sa sollicitude et de ses succès vit encore à Montignac dans la mémoire des vieillards ; mais cette mission de paix, quelque habile qu'il fut à la remplir, n'en était pas moins une mission de contrainte et d'efforts. Aussi, quand, vers l'expiration des deux années que devait durer sa magistrature, ses concitoyens vinrent une seconde fois lui offrir leurs suffrages, il crut avoir acquis le droit de s'y soustraire et déclina formellement rhonneur d'un nouveau mandat.

Pendant ces deux années, d'ailleurs, l'horizon politique s'était couvert de nuages chaque jour plus sombres ; le tonnerre grondait de toutes parts, et les rugissements de la tourmente autour de l'édifice social annonçaient à M. Joubert que les fonctions publiques., même les plus modestes et les plus calmes , ne tarde» raient guère à devenir actives jusqu'à la violence. C'était pour lui le signal impérieux de la retraite. 11 ne voulait plus qu'un abri d'où l'on pût contempler l'orage, quand, par une conjoncture imprévue, Ville* neuve lui offrit l'asile qu'appelaient ses vœux.

DE M. J. JOUDERT. XXI%

Là vivait une de ces nobles filles qui, par une abnégation d'autant plus méritoire qu elle est moins admirée du monde, consacrent à quelques devoirs de famille, mesurés en silence, et les belles années de leur jeunesse et le doux espoir de la maternité. Celle-ci s'était dévouée à l'éducation d'une nièce , privée de mère dès le berceau, et au soin d'une maison considérable 011 plusieurs de ses frères vivaient avec elle près de leur vieille mère infirme. Peut-être, au surplus, le sacrifice d'un avenir de femme lui avait-il peu coûté. La distinction de son esprit la mettait fort au-dessus des prétendants de petite ville qui pouvaient aspirer à sa main, et un célibat utile, au milieu d'êtres qu'elle chérissait, avait pu lui sembler préférable aux chaînes de quelque établissement médiocre. Quoi qu'il en soit, sa famille était une de celles où M. Joubert avait reçu le plus cordial accueil. Non-seulement ses frères, qui étaient gens d'esprit, avaient su apprécier tout ce que valait un tel hôte ; mais il s'était formé entre elle et lui une de ces liaisons pleines de charme qu'épure déjà la maturité de l'âge, et que colorent pourtant les derniers reflets de la jeunesse.

Personne ne connaissait mieux que M. Joubert les secrets de ce commerce à la fois tendre et pur. Il y portait la courtoisie élégante qui était un des privilèges de la société de son temps ; mais ses empressements s'alliaient à des habitudes de respect où se discernaient

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