XXX LA >IE ET LES TKAVAUX
aisément les chastes influences de l'éducation maternelle. Son culte pour les femmes était désintéressé de tout calcul de vanité personnelle ou de secrets triomphes. Il les aimait pour elles-mêmes, et ne les croyait ^as moins nécessaires aux plaisirs de l'esprit qu'aux illicites du cœur. Habile, dans les relations du monde, à féconder, même au fond des esprits inactifs ou timides, les germes inertes de la pensée, et à les faire fleurir par une attention bienveillante , il aimait que, près de lui, chacun eût toute sa valeur et la sentît; je ne sais même si son aimable industrie n'ajoutait pas sous ce rapport un peu d'illusion à la réalité. Mais c'était pour les femmes surtout qu'il se montrait prodigue de cette sorte de complaisance inspiratrice. Il se plaisait à interroger leur intelligence, à encourager leurs idées, à ménager même aux plus réservées un rôle dans la conversation, ce concert de la parole où quelque chose manquait, à son gré , quand des sons doux ne s'y mariaient point aux sons graves, des voix naïves aux voix savantes. Aussi, plus confiantes près de lui, les femmes se sentaientelles plus fortes et devenaient -elles plus aimables. Parmi celles qui l'ont connu et qui lui survivent, il n'en est point qui ne se rappellent avec reconnaissance, j'ai presque dit avec attendrissement, les délices de son intimité. Qu'on juge des regrets qu'il avait dû laisser en Bourgogne après un séjour dont
DE M. J. JOUUEUT. XXXf
aucune distraction n'était venue depuis effacer les souvenirs î
L'absence, qui dissout tant de liaisons éphémères, c'avait donc servi qu'à affermir celles qu'il y avait (ormées. Une correspondance active s'était établie entre Villeneuve et lui. Bientôt même des lettres s'étaient succédé d'autant plus rapidement qu'on avait eu besoin de ses consolations. Deux fois déjà, depuis son départ , des pertes douloureuses avaient porté le deuil au sein de la famille dont je viens de parler, quand le frère aîné , qui en était le chef, fut enlevé par une mort soudaine. Il était entré pour une grande part dans les calculs d'avenir de sa sœur, et celle-ci, en le perdant, se voyait privée de l'objet le plus cher de son dévouement et du soutien sur lequel s'appuyait sa vie. Vainement, pour adoucir la douleur dont elle était accablée, M. Joubert appelait à son aide toutes les puissances de la raison, tous les trésors de la philosophie : il avait affaire à un de ces caractères énergiques qui, s'alliant aune sensibilité profonde ^ alimentent les peines de Tâme aux sources mêmes de la volonté. Mais durant cette lutte inutile de consolations et de douleurs, de plaintes et de conseils, ils s'étaient, à leur insu, tous les deux engagés dans des . voies nouvelles. La tendresse se gUsse aisément sous les larmes, et ils ne tardèrent pas à s'apercevoir que, sans y songer, ils étaient devenus nécessaires l'un à