DE M. J. JOUBERT. XLV
C'était l'asile préparé à ses rêveries, le temple élevé è ses écrivains chéris. On y trouvait peu d'ouvrages modernes ; mais les siècles de Louis XIV, d'Auguste et de Périclès y tenaient une grande place, à côté de l'histoire ecclésiastique, de la métaphysique, des voyages et, le dirais-je, des contes de fées, récits merveilleux et naïfs oii sa raison aimait à se distraire. Il ne fallait chercher là ni Voltaire, ni J.-J. Rousseau, ni les autres écrivains de l'école philosophique ; on y rencontrait, en revanche, toutes sortes d'éditions de Platon, d'Homère, de Virgile, d'Aristote, de Plutarqiie, une foule de ces vieux livres où les seizième et dixseptième siècles ont recueilli les débris épars de l'antiquité grecque ou romaine, et les curiosités bibliographiques que recommandait le double mérite de la rareté et de l'originalité. Sa passion pour les livres n'était pas celle du bibhomane qui, comme l'avare, amoncelle des trésors dont il ne sait point user. Il lisait tout, et la plupart des volumes de sa bibliothèque portent encore les vestiges du passage de sa pensée : ce sont de petits signes dont j'ai vainement étudié le sens, une croix, un triangle, une fleur, un thyrse, une main, un soleil, vrais hiéroglyphes que lui seul savait comprendre et dont il a emporté la clef. Son heureuse mémoire cependant aurait pu se passer d'un tel secours. Il n'oubliait rien, en eifet, des choses qu'il avait lues ; l'aspect seul du volume, un regard jeté sur