‹ CorrespondanceChapitre 33 sur 102 · DE M. J. JOUBERT, \A · texte numérisé non relu

DE M. J. JOUBERT, \A

salon, de son lit même, si la souffrance Ty retenait, il pouvait entendre les éclats un peu bruyante, mais reconnaissants et naïfs, de la joie qu'il avait su leur ménager. Les inégalités de sa santé n'apportaient point en effet d'inégalité dans son humeur. S'il ne pouvait écrire une lettre, soutenir une conversation un peu vive, mener à terme quelqu'une de ses. hautes méditations , sans que d'insurmontables accablements s'ensuivissent, son corps du moins éprouvait seul, après ces efforts, une douloureuse réaction. Ni l'activité de son esprit, ni la chaleur de son âme n'en étaient atteintes. Soit qu'il acceptât une santé débile comme la condition nécessaire de l'exquise délicatesse de son organisation intellectuelle; soit, ainsi que M. de Chateaubriand le lui écrivait un jour, « qu'il voulût voir « l'enfer même du bon côté, » il gardait jusque dans ses plus grands abattements sa bienveillance et sa sérénité. J'en rencontre un exemple qu'on me pardonnera de citer. Atteint d'une maladie grave, pendant l'été de 1810, il avait été forcé d'interrompre son journal; voici comment, lorsqu'il put le reprendre, il remplit la lacune qui séparait les dates :

« Du jeudi 7 juin au jeudi 12 juillet : ma grande « et bonne maladie ! Deo grattas ! »

De pareils traits sont plus propres que mes paroles à peindre cette aménité singulière qui ne pouvait se démentir en face même de la souffrance. 11 y avait là

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