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LVIII LA VIE ET LES TRAVAUX

mieux que du stoïcisme, il me semble, plus même que de la résignation chrétienne, car on n'y saurait découwir la préméditation d'aucun calcul ni l'indice d'aucun effort. On dirait l'épanchement continu d'une âme d'où les pensées heureuses, les joies tendres et naïves rayonnaient comme une auréole de douceur et de paix. C'est par là surtout que son souvenir est demeuré déhcieux à sa famille et à ses amis. Combien de fois, dans la crainte que mon jugement ne s'égarât au miUeu des influences du foyer, n'ai-je pas interrogé, avant d'écrire cette notice, les étrangers qui ont vécu dans son intimité ! Je n'en ai point rencontré qui ne gardassent une sorte de culte pour sa mémoire et ne s'associassent à nos regrets avec une spontanéité dont la vive et sympathique expression m'a bien souvent touché. Qu'il me soit permis de dire ici quelques mots de l'un des hommes qui m'ont semblé l'avoir le mieux compris et le plus aimé.

Parmi les personnes qui fréquentaient le salon de madame de Beaumont, j'ai nommé M. Mole. M. Mole, fort jeune encore, se distinguait par une maturité précoce. Son éducation venait de s'achever au milieu des grandes scènes de notre révolution , et aux leçons de l'histoire s'étaient joints pour lui les enseignement? des faits contemporains. 11 avait vu se dérouler le drame d'un œil plus ferme qu'il ne semblait appartenir à son âge et à sa condition. Je m'en étonne peu

DE M. J. JOUnFRT. LIT

toutefois. Il me semble en effet que raristocratie française devait être, suivant son origine, différemment impressionnée par les modifications survenues dans notre ordre politique. Je comprends à merveille les regrets amers , la longue fidélité , la résistance même désespérée des familles qui devaient à l'affection privée de nos rois leur nom, leurs honneurs, leurs richesses; mais je conçois aussi que celles qui puisaient leur illustration dans les services rendus au pays plutôt qu'à la cour, acceptassent, avec moins de répugnance, des événements qui, d'ailleurs plus forts qu'elles, laissaient encore la France debout. C'est surtout par ces vieilles races patriciennes qui, à la tête des communes ou dans le sein des parlements, s'étaient signalées par une résistance séculaire aux désordres de l'administration et aux envahissements du pouvoir, que devait être jugée avec plus d'indulgence une révolution au travers de laquelle , malgré ses écarts , malgré ses excès , on pouvait entrevoir l'ordre légal comme but suprême du public effort. Dominé plus qu'un autre par ces grands souvenirs de famille, M. Mole ne se croyait donc pas quitte envers le pays. Il s'initiait en silence, par de sérieuses études philosophiques, à la science du gouvernement des peuples, et, dès le commencement de ce siècle, il consignait dans un écri^, célèbre le fruit de ses premières méditations. Il ne m'appartient pas d'examiner ici l'ouvrage ^ 'U fit pa-

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