‹ CorrespondanceChapitre 47 sur 102 · DR M. J. JOUBERT. LXXXIX · texte numérisé non relu

DR M. J. JOUBERT. LXXXIX

hoiit, dans son cabinet ou pendant ses promenades, à pied ou en voiture, il a toujours avec lui son petit crayon d'or, son petit cahier, et ses impressions y sont consignées avec une constance qui ne se dément jamais, mais sans suite, sans prétention, sans le moindre souci d'un regard étranger. Ainsi s'étaient amassées d'immenses richesses que ne devait pas mettre en œuvre la main qui les avait rassemblées. « Mes idées ! » s'écriait M. Jûubert, « c'est la maison pour les loger qui me coûte à bâtir !» Elle lui coûtait tant qu'il ne la bâtit pas. Sa vie s'écoula à songer. Il colora de l'éclat de son imagination ou de sa parole tout ce qui s'offrit à sa réflexion ou à son regard. 11 jeta sur toutes choses les vives lumières d'un esprit à la fois scintillant et profond; mais là s'arrêta son action. Peut-être le livre qu'il méditait était-il impossible à ses efforts ; peut-être cet élan de tous les moments vers une perfection idéale et suprême avait-il porté sa pensée si haut, qu'il ne pouvait plus descendre aux pratiques du métier littéraire. Il y a, en effet, dans les livres une pâte, si je puis dire, vulgaire et sans saveur, qui sert de lien aux idées de l'écrivain, un métal plus ou moins précieux où s'enchâssent les diamants et les perles. Lui, dédaignait de s'en servir, et je crois qu'à force de dédain il s'en était rendu l'usage impossible, a J'ai voulu me passer des « mots, )j disait-il, « les mots se vengent par la difficulté. » Cela était vrai, en un certain sens du moins,

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